Elsa Zylberstein, à l'affiche du film "Tout nous sourit" : "Je voulais que la vie soit romanesque"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’actrice Elsa Zylberstein, à l’affiche du film "Tout nous sourit" de Melissa Drigeard qui sort aujourd’hui.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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L'actrice Elsa Zylberstein lors du Festival de Cannes le 16 juillet 2021 (FRED DUGIT / MAXPPP)

Actrice révélée grâce à son interprétation dans le rôle de Cathy dans le film Van Gogh de Maurice Pialat, Elsa Zylberstein frappe fort en recevant le Prix Michel Simon l'année suivante (1992). En 2008, elle obtient le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour le film Il y a longtemps que je t'aime de Philippe Claudel. Aujourd'hui, sort Tout nous sourit de Mélissa Drigeard avec Stéphane de Groodt, Guy Marchand et Anne Benoît.

franceinfo : La sortie initiale était prévue le 11 novembre 2020. Ça y est, il est au cinéma !

Elsa Zylberstein : Il a reçu trois Prix au Festival de comédie de l'Alpe d'Huez, alors on est heureux de montrer ce film enfin au public, que les gens le découvrent.

Vous jouez le rôle d'Audrey, mère de trois enfants, mariée à Jérôme. Le temps d'un week-end, vous partez chacun de votre côté avec vos amants respectifs. Vous allez avoir la même idée et vous retrouver dans la maison de campagne familiale. C'est un film qui nous oblige à réfléchir sur la force et l'importance des liens.

Je pense que c'est le postulat de base. Je prends un amant, chose que je n'avais jamais faite. Audrey veut s'encanailler, s'étourdir. Elle va dans sa maison de campagne avec cet Italien. Son mari fait la même chose au même moment. Les enfants dans la maison débarquent pour faire la fête avec leurs copains et mes parents viennent nous faire une surprise en voyant que les voitures sont là. Donc, tout le monde, toutes générations confondues, va se retrouver dans cette maison. 

"C'est un film drôle et émouvant. Il parle de la transmission, des secrets de famille. Bas les masques ! À un moment donné, on ne peut plus faire semblant. On va se dire ce qu'on pense, on va se dire qui on est."

Elsa Zylberstein

à franceinfo

Il y a presque un côté fou et fort dans ce film qui au départ démarrait comme un vaudeville. Audrey est dans le "paraître" et on va lui demander d'être dans "l'être" ce week-end-là.

Avez-vous toujours été dans l'être ?

Non. Ça prend du temps d'être dans l'être. Quand on est plus jeune, on a peur d'être jugé. Il faut un peu des deux. Quand l'être est beau, le paraître est magique.

Votre père est interprété par Guy Marchand. Il est sublime dans ce rôle, avec une âme de poète. Il est fan de poésie. Il parle du temps qui passe, du temps qui fuit, qui est une gageure. Quel regard avez-vous sur ce temps qui passe ?

Ce n'est jamais forcément agréable, après je n'y pense pas trop. Il faut vivre les choses comme elles sont. J'embrasse la vie tout le temps, tout le temps, tout le temps.

Votre papa est physicien, votre maman était esthéticienne chez Dior. Que vous ont-ils transmis ?

L'honnêteté, la droiture, la justesse, une sorte de rigueur aussi. Ils m'ont transmis ça.

"Je pense que pour faire le métier que je fais, il faut que l'éducation soit forte. Pour tenir, il faut être fort, que le socle soit fort."

Elsa Zylberstein

à franceinfo

J'étais très douée en danse. Ma professeure appelait mes parents tout le temps pour que j'aille à l'Opéra de Paris. Je n'ai pas voulu. J'étais très timide. Et après à 16, 17 ans, la danse, c'était trop tard. Je me suis demandé : qu'est-ce que je vais faire ?

À quel moment avez-vous compris que votre voie se trouvait dans le cinéma ?

Il y a eu plusieurs actrices qui m'ont donné envie. Isabelle Adjani, Romy Schneider, Annie Girardot. Je me suis dit : ça, c'est fort, c'est ça que je veux faire. Je trouvais que c'était plus grand que la vie. Ça faisait rêver. Il y avait du romanesque. Je voulais que la vie soit romanesque. Je fais tout pour que la vie le soit. J'aime un rôle et je me dis j'y vais et je fais confiance aux gens que j'ai choisi, sur un déjeuner, un dîner, trois séances de travail et je me dis bon, allez, on verra.

On dit souvent que le cinéma est une histoire de famille, pour vous aussi ?

Moi, je me sens très en famille dans le cinéma puisque j'y ai grandi. À 18 ans, je faisais déjà du cinéma. Là, je travaille avec Jean-Pierre Jeunet en ce moment et je le connais depuis quinze ans. C'est comme des rencontres amoureuses avec des metteurs en scène.

Un mot sur le film Van Gogh de Maurice Pialat car j'ai l'impression qu'il a été un tournant dans votre vie.

Bien sûr. C'est le doigt de Dieu. À un moment donné, on a l'impression d'avoir une petite aide de Dieu : "Toi, on va t'aider un tout petit peu". J'étais figurante sur Van Gogh, il est venu me regarder dans les yeux et m'a dit : "Regarde le texte", j'ai regardé le texte. Il m'a dit : "N'apprends pas, c'est comme ça qu'on devient mauvaise". Je lui ai dit la première phrase et il m'a dit : "C'est bon, tu as le rôle, va t'habiller". J'ai tourné pendant un mois. 

"Le film est allé à Cannes, j'ai été nominée aux César. Ça a totalement changé ma vie et pour moi, Pialat est comme mon papa de cinéma."

Elsa Zylberstein

à franceinfo

C'est avec Il y a longtemps que je t'aime que vous obtenez ce Graal, le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Ça change quelque chose pour vous ?

Bien sûr. Ça ne change rien à ta carrière, mais c'était comme si la profession me disait : "Vas-y, continue". Je l'ai pris comme un petit cadeau, un petit câlin, "c'est bien, on t'aime, continue". Je le prends comme ça et je suis contente de le voir dans mon salon.

En 2021, il y a pas mal de choses qui s'annoncent. Il y a Simone, le voyage du siècle d'Olivier Dahan. Ça doit être assez impressionnant d'endosser le rôle de Simone Veil.

C'était une expérience incroyable. Ce sont des personnes qui manquent aujourd'hui. Parfois, on se demande ce qu'elle aurait dit devant ça, ça et ça ? Gisèle Halimi aussi. Ce sont des voix de femmes fortes qui n'ont pas eu peur.

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