"Ça aide de voir qu'il y a autant d'amour pour lui" : le fils de Jean-Paul Belmondo se confie après la mort de son père, disparu en septembre

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le comédien Paul Belmondo. Le fils de Jean-Paul Belmondo prend exceptionnellement la parole pour remercier toutes les personnes ayant témoigné à sa famille, leur attachement à Jean-Paul Belmondo, décédé le 6 septembre dernier. 

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min.
Paul Belmondo, invité du monde d'Elodie Suigo, sur franceinfo. (FRANCEINFO)

Paul Belmondo est le petit-fils de Paul Belmondo, sculpteur, et le fils de Jean-Paul Belmondo, acteur. Il est lui aussi acteur et est actuellement sur scène au théâtre de Longjumeau pour la pièce Boeing Boeing. Cette comédie créée dans les années 60 est inscrite au Guiness Book des records. C'est la pièce française la plus jouée au monde avec plus de 25 000 représentations dans 55 pays et on se souvient de la version réunissant Tony Curtis, Jerry Lewis et Kirk Douglas.

Il accorde un entretien exceptionnel à franceinfo car il souhaite remercier toutes les personnes ayant témoigné à sa famille, leur attachement à Jean-Paul Belmondo, décédé le 6 septembre dernier.

franceinfo : Dans Boeing Boeing, vous avez le rôle principal, Bernard, un homme plutôt volage, architecte de profession. Il a trois femmes dans sa vie, trois hôtesses de l'air. L'inconvénient, c'est qu'elles ignorent l’existence des autres. Ça fait du bien de remonter sur scène ?

Paul Belmondo : Bien sûr, ça fait beaucoup de bien. Il y a trois rôles vraiment équivalents et centraux dans cette pièce : la bonne et amie de Bernard, que j’interprète, jouée par Marie-Hélène Lentini et l'ami de Bernard, incarné par Roland Marchisio. C'est vrai que ça fait du bien et en particulier de jouer dans une comédie avec une troupe, puisqu'il y a aussi Valérie Bègue, Jessica Mompiou et Julie Nicolet, mes trois maîtresses.

La gloire de votre père est venue du cinéma, mais sa passion, c'était le théâtre. C'est aussi la vôtre ?

Oui, bien sûr. J'ai pu découvrir mon père au théâtre dans Kean. Et puis, surtout quand il a fait l'acquisition du Théâtre des Variétés, ça m'a permis, avec mon oncle Alain, d'être baigné dans cet univers pendant dix ans. Ça m'a permis d'un côté de le découvrir et en même temps, ça m'a énormément freiné, parce que j'avais peur. Je réalisais à quel point c'est difficile de faire du théâtre, à quel point ça demande du travail, de l'énergie. 

Vous avez décidé de franchir le pas. Votre père vous a poussé dans ce sens ?

Mon père m'a toujours laissé faire ce que je voulais. Il m'a laissé courir, encouragé comme pilote. Mais il me disait régulièrement : "Tu devrais être comédien, tu devrais faire du cinéma". Quand j'ai arrêté de courir, que j'ai décidé de prendre des cours de théâtre et de me tourner vers ça, il était très content de me voir sur scène.

Il est parti il y a plus d'un mois déjà et vous êtes resté très discret. Vous avez gardé le silence hormis une photo que vous avez postée avec un cœur et un message dans lequel vous remerciez le public. Cette distance était nécessaire ?

Bien sûr, elle est nécessaire parce qu'on a besoin d'abord de vivre ces moments entre soi, avec sa famille. Ce n'était pas le moment de s'exprimer mais d'attendre un tout petit peu. Et en même temps, il y avait tellement de gens qui l'ont aimé, qui ont exprimés leur tristesse et leur joie de l'avoir connu, qu’il n'y avait pas besoin d’en rajouter et de dire quoi que ce soit.

Aujourd'hui, j'ai décidé de faire une télé, une radio et un magazine pour remercier les gens de tous leurs témoignages, parce qu'ils ont partagé leur peine et la joie qu'ils ont eue de connaître mon père, d'une manière anonyme ou pas.

Il est mort dans une vingtaine de films dans lesquels il a joué, notamment A bout de soufflePierrot le fou, Borsalino...

Très souvent, on disait : "Delon meurt dans ses films et pas Belmondo". Mais en fait, mon père mourrait beaucoup dans ses films. En regardant sa filmographie, vous avez raison, on se rend compte que déjà dans A bout de souffle, qui le révèle, il meurt dans la rue Quincampoix sur des clous. C'est vrai que dans beaucoup de films, il meurt.

Ses morts, dans ses films, sont virtuelles, elles n'existent pas. Comment fait-on pour accepter qu'il ne soit plus là, physiquement ?

Physiquement, c'est difficile. Il est toujours en nous. Les artistes restent présents après leur mort par ce qu'ils laissent derrière eux, et ensuite par ce que lui, nous a transmis. Même si je ne le vois plus, même s'il n'y a plus ces déjeuners familiaux avec lui, il est toujours là. Et je pense que pour beaucoup de Français, pour beaucoup de gens, il sera toujours là.  

Est-ce que cet amour du public a allégé votre peine ?

Ça n'a pas allégé. Ça nous a touché de voir tous ces témoignages, de voir cette queue jusqu'à 3 heures du matin, de personnes venues lui dire au revoir. De lire tous les messages reçus, d’anonymes, que ce soit sur papier ou sur les réseaux sociaux...

L'autre jour, on m'a livré un colis à la maison et le livreur avait mis un petit post-it, sans mettre de nom, sans rien dire, en me remerciant. C'est ça, mon père. Il touche tout le monde d'en haut jusqu'en bas. Et c'est vrai que ça aide de voir qu'il y a autant d'amour pour lui.

Était-ce un père protecteur ? 

Très protecteur. L'éducation qu'on a eue, aujourd'hui je m'en rends compte autour de déjeuners familiaux avec mes grands-parents, ou le fait de passer des vacances avec eux, quelque part il nous transmettait une éducation et un équilibre dans notre vie.

Il n'avait pas besoin de nous dire de faire ci ou ça, juste il nous montrait le chemin. Je pense qu'il y avait aussi beaucoup de pudeur, ce n'était pas quelqu'un qui allait vous dire : "Je t'aime, t'es le plus beau, t'es le plus grand". Non, ce n'était pas lui, mais c'est quelqu'un qui respectait et faisait comprendre à quel point la famille était importante.

Belmondo par Belmondo, c'est le documentaire que vous avez réalisé avec lui. C'était aussi un cadeau que vous lui faisiez, mais que vous vous faisiez aussi, pour pouvoir enfin passer du temps avec lui ?

Oui, tout à fait. Je lui ai dit, écoute, tous les documentaires que j'ai vus sur toi sont très bien, parfaits, mais tu n'es pas là. Tout le monde parle à ta place, mais toi, tu ne t’exprimes pas, tu ne racontes pas ta vie. Ce serait dommage que tu n'exprimes pas ta vie, et il a accepté. Aujourd'hui, je lui suis reconnaissant d'avoir pu vivre ce moment-là et qu’il laisse cette trace avec ce documentaire et un livre, il laisse une trace de sa vraie vie à lui. Je suis très heureux qu'il m'ait permis de faire ça avec lui.

A votre naissance en 1963, il dit dans une interview : "Je ne désire de lui qu'une chose, c'est qu'il soit franc et courageux. Si mon fils grandit sous l'aspect dont je rêve, le principal sera accompli. Il sera courageux, pilote ou capitaine au long cours". Est- ce que vous êtes courageux ?

Oui . Je pense que je suis courageux et franc aussi. Ce qui nous a valu aussi des brouilles parce que je lui ai toujours dit la vérité. J'ai toujours dit que ce que je pensais. Quand j'étais petit et que j'étais en retard, ça le mettait excessivement en colère. Mais d'un autre côté, je pense qu'il savait aussi qu'il avait quelqu'un en face de lui, qui ne mentait pas, qui était franc. Et c'est ce qu'il aimait aussi voir.

Il fallait être courageux pour tenir tête à mon père, donc je peux dire que de ce côté-là, j'étais courageux.

Paul Belmondo

à franceinfo

La force de ce documentaire que vous avez réalisé, c'est qu'il a pris conscience à ce moment-là de l'amour que les gens lui portaient. Avant, il n'en avait pas conscience ?

Non, il ne réalisait pas. Je peux vous dire que quand il jouait au théâtre, il y avait des rappels infinis, les gens l'attendaient des heures dehors pour qu'il leur signe des autographes, l'hiver, dans le froid. Il aurait pu se rendre compte de ça, mais c’est après son AVC qu’il a vu que les gens continuaient à l'aimer. Je pense que c'est là où il prend conscience de ça.

Je vais terminer avec des mots "bravache", "moqueur", "familier", "pudique", "inclassable". Quel portrait pourriez-vous dresser de votre père ?

Mon père, ça a toujours été des mondes qui s'entrechoquent. D'un côté, il est comédien et pour être comédien, il faut avoir de l'ego, c'est indispensable. Et de l'autre côté, c'était quelqu'un qui avait énormément de pudeur. C'était quelqu'un qui était plein de talent, qui a réussi dans sa vie, qui a eu beaucoup de moyens, d’où sa générosité. Personnellement, ça ne l'intéressait pas d'avoir tout cet argent, ce n'était pas important, ce n'était pas sa motivation. Mon père, c'était d'un côté le soleil et puis de l'autre côté, il y avait cette personne très solide, très attachée à la famille mais qui ne résistait pas aux femmes non plus ! Voilà, il y a toujours eu ces deux mondes qui se sont entrechoqués pour mon père.

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