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Ben Harper : "Mon enfance m'a appris qu'il fallait que je bosse dur"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Lundi 5 septembre, le multi-instrumentiste, auteur, compositeur et chanteur américain Ben Harper. Il a sorti en juillet dernier son 18e album, "Bloodline maintenance".

Article rédigé par franceinfo - Elodie Suigo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 272 min
Ben Harper sur scène lors du Festival Ecaussystème, à Gignac (Hérault), le 29 juillet 2022 (ST?PHANIE PARA / MAXPPP)

Multi-instrumentiste mais d'abord guitariste, Ben Harper est aussi auteur et compositeur. Le chanteur américain, que la musique accompagne depuis ses premiers pas, vient de sortir un nouvel album, Bloodline maintenance, soit 11 nouveaux titres pour rendre hommage à un ami disparu. 

franceinfo : Vous avez grandi au milieu des guitares et banjos du magasin de musique de vos grands-parents. La musique est-elle une quête de sens à votre propre existence ?

Ben Harper : Absolument. Ça a toujours été une quête existentielle pour moi. Une quête ou un voyage de découvertes pour trouver un sens aux émotions.

Il y a un amour inconditionnel de la musique qui s'est développé chez vous depuis que vous êtes tout petit. Vous avez grandi aussi au côté de vos grands-parents qui tenaient un magasin de musique. À quel moment avez-vous compris que cette musique faisait partie intégrante de vous et que donc elle allait faire partie de votre quotidien ?

La musique a toujours été une partie intégrante de ma vie. Pendant toute ma jeunesse, on n'a jamais éteint les platines. Il y avait toujours un disque sur la platine, tout le temps. Et quand on arrêtait d'écouter un disque, on entendait quelqu'un qui jouait dans la maison d'un instrument.

À quoi rêviez-vous, enfant ?

Ce serait facile de dire que je rêvais en musique. C'est un peu cliché de dire ça. Néanmoins, je rêvais de façon sonore parce que j'étais élevé dans un magasin de musique. J'y passais dix heures par jour. Je crois que j'ai entendu plus d'instruments que de voix humaines au cours de ma vie. Mais je rêvais aussi d'une enfance plus facile parce que je n'ai pas eu l'enfance la plus facile.

"D'une certaine façon, le son, la musique m'a donné un moyen de me réconcilier avec mon enfance difficile."

Ben Harper

à franceinfo

On a le sentiment qu'enfant, justement, vous étiez assez réservé et que vous subissiez un peu cette vie, justement. Est-ce que la musique vous a permis de vous exprimer, de raconter des choses et de reprendre confiance en vous ?

Oui. Il ne faut pas se tromper, il y a des environnements, pour des enfants, qui sont bien pires que ce que j'ai vécu. Je ne fais pas tant la victime que ça, il y a des situations vraiment intenables. La mienne était un peu particulière, j'ai fait des petits boulots. Je sais que je travaillais dur, quelle que soit l'activité. Et j'ai toujours été fier du fait que je bossais dur. Alors, mon enfance m'a appris qu'il fallait que je bosse dur. Aux États-Unis, les Noirs sont obligés de travailler deux fois plus dur pour arriver à la moitié du chemin. Donc il y avait cet obstacle aussi.

Quand vous avez commencé à faire de la musique, vous avez choisi le lap steel. Cela rejoint finalement ce que vous racontez, cette mémoire de l'esclavage. Vous avez utilisé cet instrument pour rendre hommage à toute une Histoire, pour faire avancer les choses, pour rappeler ce qu'on ne doit pas oublier. C'est ça aussi votre "mission" en tant qu'artiste ?

"Le son qui m'a attiré au-delà de tous les autres, c'était le lap steel. C'était un miroir de ma douleur, de ma souffrance, de ma protestation et aucun autre instrument n’égalait celui-là."

Ben Harper

à franceinfo

La deuxième chanson que j'ai écrite, c'est Like a king, Comme un roi, et les paroles sont : "Le rêve de Martin Luther King est devenu le pire cauchemar de Rodney King", car, à l'époque, un Noir ne pouvait pas se balader dans la rue une fois la nuit tombée. Et la première fois que j'ai joué ce titre, c'était dans un café qui faisait partie d'un campus universitaire. Le lendemain, je suis retourné à la boutique de musique et un étudiant, blanc, qui avait mon âge, est venu me voir, alors que je balayais, et il m'a dit que c'était vraiment important pour lui de me dire l'importance de cette chanson. Et je me suis rendu compte que la musique pouvait communiquer des choses de façon vraiment particulière. Ça ne veut pas forcément dire que je suis quelqu'un d'exceptionnel, ça signifie que la musique peut transmettre un sens d'autonomie de pouvoir et moi, j'avais transmis ça à cette personne.

Le titre qui clôture cet album s'appelle Maybe I can't. C'est un titre qui en dit long sur la palette des sentiments qui vous a envahi quand vous avez perdu un ami. Est-ce que c'est la chanson qui représente le plus finalement l'écriture et la construction de cet album ?

Je crois que c'est l'épicentre émotionnel du disque, oui.

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