André Dussollier est à l'affiche de "Le Torrent" au cinéma : "Etre comédien, c'est vouloir vivre des vies supplémentaires"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le comédien, André Dussollier. Ce mercredi 30 novembre 2022, il est à l'affiche du film, "Le Torrent" d'Anne Le Ny avec José Garcia. Et à partir du 17 janvier 2023, il sera sur les planches du théâtre des Bouffes Parisiens pour le spectacle "Sens dessus dessous".

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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André Dussollier lors du Festival du Film Francophone d'Angoulême, en août 2022 (FRANCK CASTEL / MAXPPP)

André Dussollier est l'un des acteurs les plus incontournables du cinéma français. Césarisé à trois reprises pour ses rôles dans les films : Un cœur en hiver de Claude Sautet (1992), La Chambre des officiers de François Dupeyron (2001) ou encore On connaît la chanson d'Alain Resnais (1997). Il a également reçu un Molière, en 2015, pour son rôle dans la pièce Novecento . Sa justesse dans ses interprétations et sa voix sont ce qui le caractérisent et ce qui, d'ailleurs, lui vaut une reconnaissance de la part de la critique et du public.

Ce mercredi 30 novembre 2022, il est à l'affiche du film, Le Torrent, d'Anne Le Ny avec José Garcia. Il y joue le rôle du père d'une jeune femme et donc le beau-père du mari de celle-ci qui semble impliqué dans son décès. Ça débute par une dispute à la suite d'un adultère commis par l'épouse. Le mari demande des comptes, elle claque la porte. Il part la récupérer et là, elle va faire une chute mortelle que l'époux va décider de cacher, de ne pas assumer ce qui va l'emmener dans une spirale infernale puisque le corps de son épouse va être retrouvé.

franceinfo : Dans Le Torrent, d'Anne Le Ny, il y a une vraie histoire de filiation...

André Dussollier : C'est vrai. Anne Le Ny tricote tout ça avec quelqu'un qui n'est pas responsable, le personnage que joue José Garcia, et qui après essaye de cacher cette vérité. Et moi, j'arrive pour essayer de démasquer, de débusquer cette vérité. D'autant que c'est ma fille et que je suis très concerné et que bien que très douloureux, je vais quand même essayer de passer au-dessus du drame que j'éprouve et que je partage avec Christiane Millet qui joue ma femme et on va essayer de savoir exactement ce qui s'est passé.

Le père est un pilier dans une famille et là, on a un père qui perd sa fille. Il n'y a rien de pire dans une filiation d'ailleurs. C'est quoi être un bon père ?

C'est une mission impossible. Une mission très difficile en tout cas. J'ai toujours voulu être un père... J'étais dans un cadre assez autoritaire, on va dire conformiste. Il fallait aller à l'école et puis faire ceci, cela. Et après, j'ai voulu au contraire ouvrir les vannes, être dans la compréhension. Et ce n'est pas forcément ça qu'un enfant attend. Il attend aussi le cadre. De là, on conclut que toute éducation est imparfaite.

Votre père, d'ailleurs, a voulu que vous continuiez vos études. D'ailleurs, vous avez obtenu deux licences et une maîtrise.

Je suis allé jusqu'au bout de mes études pour me payer mon billet de train et ma liberté d'aller à Paris et de faire ce que j'avais envie de faire. Du théâtre.

André Dussollier

à franceinfo

Oui. Ce n'est pas seulement les parents. Quand on est en province, le milieu professionnel du comédien n'existe pas et donc du coup, il fallait aller à Paris. Mais j'avais caressé cette idée-là quand j'avais 17, 18 ans et donc je me disais : je vais tenter l'aventure parce que le théâtre, j'en avais toujours fait, je voulais faire ça, être comédien, jouer, vivre des vies supplémentaires. C'était ça qui me plaisait. À côté de celle de la vie réelle que je trouvais un petit peu morne, donc j'ai voulu faire ça et à 23 ans, je suis parti à Paris pour me lancer dans l'aventure.

À partir du moment où vous arrivez à Paris, vous suivez les cours Jean Périmony. Vous vous dites : "Ça va me servir pour entrer au Conservatoire". Vous obtenez le premier Prix en 1972. Ça va vous ouvrir les portes de la Comédie-Française dans laquelle, vous avez été pensionnaire pendant une année. On a l'impression que vous vous êtes découvert à ce moment-là.

Ah oui, oui. Tout d'un coup, c'était ma vie, c'était le plaisir. Ça me correspondait vraiment. J'avais l'impression d'être comme un papillon qui se réveille le matin et qui butine comme ça, qui va de rôle en rôle ou d'aventures en aventures. Parce qu'un film ou une pièce de théâtre, c'est vraiment une rencontre avec des gens et c'est très intense pendant deux mois. Et puis après paf, on passe à autre chose et ça m'allait bien.

Votre nom est indissociable d'une chose, votre voix. On sait que c'est vous, dès les premiers mots. Vous avez toujours été passionné de radio. Ça a joué ça ?

Oui, parce que j'ai découvert la télévision quand j'avais 13 ans seulement. Donc la radio, comme disait Orson Welles, "La radio a ceci de supérieur au cinéma, c'est qu'à la radio l'écran est plus large". Et c'est vrai que lorsque j'écoutais la radio, que ce soit je ne sais pas José Artur ou bien les reportages de l'arrivée du Tour de France, j'imaginais des choses. La radio, pour moi, a toujours été un lien avec le monde, incroyable.

Là, vous êtes en train de monter un spectacle Sens dessus dessous au Théâtre des Bouffes Parisiens jusqu'au mois de mars 2023. Ça commencera le 17 janvier. Le théâtre reste le pilier, la base ?

Le théâtre, c'est la base, c'est le lieu de naissance de l'acteur.

André Dussollier

à franceinfo

Pas besoin de moyens extraordinaires et onéreux au théâtre. Au contraire, plus c'est pauvre, plus ça excite l'imagination de l'acteur. Et là, le spectacle que j'essaie de construire actuellement, c'est vraiment le passage d'un texte à un autre, des choses de styles tout à fait divers, qui appartiennent à des époques différentes. Donc, ce voyage-là me plaît bien.

Êtes-vous heureux de ce parcours ?

Finalement, je suis content d'avoir fait ce que j'avais envie de faire. C'est ça qui était le plus important et c'est ce à quoi aspire chacun dans sa vie. C'est au moins ça qui était le plus important pour moi. Après le reste, on est toujours à la recherche d'aller le plus loin possible, de s'épanouir. Mais il faudrait une vie qui dure, qui dure beaucoup plus longtemps que celle dont on a hérité, mais qui est déjà belle, longue et riche, mais qui est courte finalement.

Ce qui est beau, c'est qu'on se rend compte aussi que vous avez encore des rêves !

Oui. Mes rêves sont toujours là, c'est ça qui est terrible. Mais cela dit, c'est bien suffisant d'avoir ces rêves-là, ne serait-ce que pour un spectacle. Parce que de jour en jour, nuit après nuit, il y a toujours des idées nouvelles qui viennent et concentrons-nous sur le présent.

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