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Quand quinze think-tanks changent le débat public

Des économistes se sont rencontrés ce mercredi soir et ont échangé, partagé et débattu sur la France qui va mal, dans un restaurant parisien. Une première.

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(Vincent Giret 2015-2016 © Christophe Abramowitz)

C'était une soirée assez exceptionnelle ce mercredi, ou plutôt il s’est passé quelque chose d’assez exceptionnel  dans une salle d’un restaurant du XIVème arrondissement de Paris. Un petit événement, tout à fait inhabituel, dans notre culture hexagonale qui privilégie volontiers les postures et l’affrontement sans nuances. Hier soir donc, quinze think-tanks, ou cercles de réflexion ont lancé une initiative sans précédent : il y avait là représentées toutes les sensibilités ou presque, des plus à gauche, comme le mouvement Attac ou les Economistes Atterrés, aux plus libéraux comme la Fondation concorde, ou très proche des entreprises comme COE-Rexécode ; des sociaux démocrates aussi proches du parti socialiste, comme la Fondation Jean-Jaurès ou Terre Nova, mais aussi de l’autre côté, plus à droite, la Fondation pour l’innovation politique ou l’Institut Montaigne. Et tous ces gens, là, dont certaines têtes d’affiches qui ne se sont pas toujours ménagées ont accepté aussi de se mélanger avec de nouvelles générations, incarnées hier soir, par des jeunes de la Fabrique Spinoza et du bonheur citoyen ou ceux de GenerationLibre qui défendent un idéal citoyen et libéral.  

Mais quel était l’objectif de cette rencontre insolite ?

De se parler, de prendre le temps de s’écouter, de partager des diagnostics, des idées, des débats, des désaccords féconds, des propositions mêmes, pourquoi pas. Lancée à l’initiative du Cercle des économistes, et de son infatigable président Jean-Hervé Lorenzi, tous se sont engagés à poursuivre leurs échanges à travers une série de grands débats publics jusqu’à l’élection présidentielle.  Si toutes ces personnalités, ses chercheurs engagés, aussi déférentes ont accepté de travailler ensemble, de réfléchir ensemble, c’est qu’ils partagent un diagnostic très sombre : celui d’un pays qui va mal, d’une France souffrante, enfermée dans des débats stériles et travaillée par le populisme et dont le système politique se fissure chaque jour davantage. Dans une déclaration commune qui sera publiée par Le Monde cet après midi, ces quinze think tanks expliquent leur volontarisme aussi :  "Nous refusons le renoncement, la dégradation de notre économie et l’effritement de la cohésion de notre société. Nous refusons que notre pays compte durablement plus de 6 millions de chômeurs, que notre système éducatif produise autant d’échecs et d’inégalités, que l’Europe ne survive que grâce aux crises" .

Et sur quoi cela va-t-il déboucher ?

Je ne suis pas sûr que les intéressés eux-mêmes le sachent tous à ce stade mais c’est justement, ce qui est intéressant. Une dynamique d’échanges est en marche, avec une forte envie d’éclairer les débats publics, les grands enjeux dans un monde qui est en plein bouleversement et où les menaces politiques et géopolitiques sont particulièrement fortes. Hier soir, c’était la crise ou plutôt les crises de l’Europe qui étaient l’objet d’un débat passionnant, de la crise des réfugiés aux conséquences du Brexit, mais dans les mois qui viennent d’autres sujets seront débattus comme les politiques publiques, le logement, le système de santé, autant de domaines où il est désormais crucial de renouveler les approches, d’agiter des idées nouvelles. Voilà une initiative qui prouve que la société civile, des chercheurs, des économistes, des citoyens, peuvent se mobiliser, inventer de nouvelles formes de dialogues et d’échanges. Ouf, un peu d’air frais ! 

(Vincent Giret 2015-2016 © Christophe Abramowitz)