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Quand la France paiera le prix de sa dette

Faut-il avoir peur de la dette française ? Depuis janvier 2012, les agences de notation financière ont dégradé plusieurs fois la note de la France et peut-être une nouvelle fois aujourd’hui. Mais est-ce vraiment grave ?

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François Hollande a répondu par avance, lors de sa conférence de presse, à la possible dégradation aujourd’hui de la note de la France par l’agence de notation financière Moody’s : même pas mal, nous dit en substance le Président, nous sommes dans une meilleure situation qu’en 2012, rappelant qu’alors la zone euro menaçait en effet d’imploser.

 

Et il a ajouté pour dédramatiser cette éventualité : alors que la France vit depuis 40 ans au-dessus de ses moyens, elle n’a jamais emprunté à des taux d’intérêt aussi bas, aussi attractifs : 1,40% pour des emprunts sur 10 ans ; la France s’endette même à des taux négatifs sur des échéances de court terme. C’est à peine croyable, presque miraculeux, la charge de la dette sera du coup moins forte que prévu.

 

Une dette presque à 100% du PIB

 

Mais il ne faut pas aller trop vite. Regardons d’abord le poids de notre dette : dans le document de loi de finances 2015 que Michel Sapin présentera le 1er octobre, il sera écrit que la dette française frôlera les 100% de PIB, soit plus de 2 000 milliards d’euros, soit donc presque autant que la totalité de la richesse nationale produite en une année. C’est considérable.

 

Laisser filer les déficits et la dette

 

Puisqu’il n’y a pas ou presque pas de croissance, François Hollande a fait le choix de laisser filer les déficits et la dette. La France n’est plus très loin du club des Sept, les sept pays de la zone euro dont la dette dépasse les 100% de PIB : la Grèce, l’Italie, le Portugal, Chypre, l’Irlande, la Belgique et l’Espagne.

 

Même l’Allemagne, bonne élève sur le plan budgétaire, traîne quand même une dette qui pèse plus de 75% de son PIB. C’est dire si globalement, la zone euro garde une grande vulnérabilité.

 

La France a deux atouts : sa taille et l’Allemagne

 

Le premier, c’est sa taille : la deuxième économie de la zone euro est certes jugée malade, mais elle pèse lourd et elle est considérée comme ayant encore de la ressource. Notre deuxième protection, c’est  - il faut bien le dire - l’Allemagne : notre économie est arrimée à celle d’une très grande puissance dont les marchés savent qu’elle a les reins solides et qu’elle est bien gérée. Pour ces deux raisons, les marchés ne nous font pas encore fait payer les taux d’intérêt qu’exigerait la réalité de nos comptes publics.

 

François Hollande peut dire merci à la finance

 

Le risque, sérieux, c’est que ça ne dure pas. La singularité de la dette française, c’est qu’elle est détenue pour moitié environ, hors de l’Europe, sur les marchés internationaux, par des fonds de pension par exemple. Cette part de la dette est ainsi très vulnérable aux aléas de la conjoncture ou à l’affolement de la planète financière.

 

Il suffirait d’un retournement de cycle économique ou des taux d’intérêts pour que la France ait à payer le vrai prix de sa dette. Et là, ça ferait très très mal. Le paradoxe, c’est que pour l’instant, François Hollande peut dire un grand merci à la finance. Et méditer cette maxime pleine de bon sens : "la meilleure manière de ne pas dépendre des marchés financiers, c’est encore de ne pas trop leur devoir". 

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