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Les impôts: du vol ?

Le consentement à l’impôt est-il en train de se déliter en France ? C’est la question que l'on se pose après la publication d’un nouveau sondage inquiétant sur le sujet, qui laisse apparaître que pour plus d’un tiers des Français, les impôts, c’est du vol…

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S’il fallait un nouveau signe du profond malaise français, Fabienne, ce dernier sondage en est une illustration spectaculaire. Jusqu’à récemment en France, payer des impôts participaient d’une solidarité nationale pleine, entière et assumée comme telle : les Français savaient qu’ils contribuaient plus qu’ailleurs, mais ils savaient aussi qu’il fallait financer un modèle social, une protection sociale aussi unique qu’exigeante, et ce choix de société faisait pleinement consensus, au nom d’un intérêt général bien compris. Mais une brèche s’est ouverte ces dernières années : si une petite majorité de Français ne remet pas en cause le principe de l’impôt, perçu comme un devoir citoyen, une proportion toujours plus grande exprime une défiance radicale : jugez plutôt ces chiffres tirés d’un sondage Opinion Way, publié hier par Finsquare, une plate forme de prêts participatifs, un chiffre plus particulièrement fait froid dans le dos : 37% des personnes interrogées perçoivent l’impôt comme une « extorsion de fonds », oui vous avez bien entendu, plus d’un tiers des Français semblent assimiler l’impôt à du vol pur et simple. Ajoutons que 84% pensent que les pouvoirs publics « gaspillent l’argent public » et 73% préfèreraient choisir eux même comment affecter l’argent des impôts… Une défiance inégalée jusqu’ici.

Est-ce qu’il en faut pas prendre ce sondage avec une certaine prudence ?

Certainement, mais le problème est que d’autres études, plus fouillées, font état du même désarroi. Nous avions publié une autre étude par exemple, il y a quelques mois, dans les colonnes du Monde, réalisée par Ipsos et les chercheurs de la Fondation internationale des finances publiques : elle montrait elle aussi la montée nette et dangereuse d’un rejet de l’impôt, notamment de la part de classes moyennes qui estimaient porter l’essentiel de l’effort et en rejetant la responsabilité à peu près autant à la droite qu’à la gauche. Le mal a été diagnostiqué : l’ancien ministre des finances Pierre Moscovici a le premier parlé d’un « ras le bol fiscal », Manuel Valls, plus récemment a évoqué le « haut le cœur fiscal des français », les mots sont forts mais le niveau global des prélèvements de va pas pour autant diminuer.

Quelles leçons faut-il en tirer ?

Certainement plusieurs. Au delà de la politique fiscale souvent erratique des gouvernements présents et passés, je peux risquer une autre leçon Fabienne : les Français étaient prêts très majoritairement à supporter un effort collectif pour faire face à la crise de 2008, mais ils n’ont pas vu le signe que cet effort payait : le déficit public est supérieur cette année que l’année précédente et la dette continue d’augmenter, tout comme le chômage. C’est cette folle mécanique qui fabrique et nourrit de la peur, de l’angoisse pour l’avenir, de une défiance telle que les propos populistes gagnent du terrain et menacent l’un des piliers de notre démocratie et de notre modèle républicain. Voilà qui rend plus urgent encore un vrai débat sur le poids et l’efficacité de la dépense publique.

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