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Le pacte de responsabilité: patronat et gouvernement s'affrontent

Le patronat et le gouvernement s’affrontent sur le pacte de responsabilité ou plutôt sur ses contreparties : en échange d’une baisse des charges, les entreprises devaient prendre des engagements en terme d’emploi. Mais ça coince, et chacun se rejette la responsabilité de l’échec.

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Au départ, il faut le rappeler, Fabienne, il y a un constat établi par Louis Gallois, dans son fameux rapport de l’automne 2012 : la compétitivité de l’économie française s’est dégradée, pour ne pas dire effondrée. C’est l’une des causes du marasme français. Patron de gauche, longtemps proche de Jean-Pierre Chevènement, Louis Gallois avait été choisi par François Hollande pour faire comprendre à sa majorité et aux électeurs de gauche, qu’il fallait consentir un effort massif en faveur des entreprises, même si cela n’avait pas été vraiment évoqué pendant la campagne électorale. Le résultat fut le CICE puis le pacte de responsabilité avec 40 milliards de baisse des charges programmées d’ici 2017. Hollande et la gauche voulaient des contreparties, de engagements des entreprises en terme d’emplois. Le problème, on le sait, c’est que seules deux fédérations professionnelles sur 50 ont signé un accord avec des contreparties en termes d’investissement et d’emplois : la chimie et la métallurgie. 2 sur 50, ça ne fait pas beaucoup !

Comment les patrons se justifient-ils ?

Si on met de côté le petit théâtre politique, les patrons ont essentiellement trois arguments.

1 – L’emploi ne se décrète pas, et prendre des engagements quand la croissance est égale à zéro ou presque, ce n’est tout simplement pas possible.

2 – Le dispositif de baisse des charges a certes commencé mais il ne s’appliquera à plein qu’en 2015, donc un peu de patience, la quasi-totalité des branches ont d’ailleurs accepté d’entamer des discussion.

3 – Le dispositif du CICE et du pacte de responsabilité est quand même d’une grande complexité – les patrons ont beau jeu de rappeler l’expression d’un célèbre économiste de gauche Thomas Piketty qui avait qualifié le CICE, de « socialisme de l’usine à gaz ». Les patrons ajoutent que ce que touchent les entreprises avec le CICE, et bien l’Etat leur en a déjà pris une part via les hausses d’impôt décrétées par François Hollande au début de son mandat.

Mais le gouvernement a aussi de bons arguments ?

Oui, tout à fait, trois arguments tout aussi solides.

1 – L’effort consenti par la nation en faveur des entreprises est colossal et sans précédent, 41 milliards au total, ça mérite bien quelques engagements autres que des généralités ou des propos de tribunes

2 – Si les grandes entreprises ne changent pas leurs habitudes et distribuent en augmentation de salaires les marges regagnées par le Cice, et bien l’échec est programmé : l’économie française ne regagnera pas de compétitivité vis à vis de ses concurrents. Il faut donc des engagements.

3 – Le gouvernement et François Hollande payent cher dans leur majorité cette aide massive aux entreprises, les frondeurs demandent d’ailleurs déjà l’arrêt du dispositif en 2016, il serait donc dans l’intérêt des organisations patronales de ne pas jouer la politique du pire.

Tout ça est vrai Fabienne. Mais une autre réalité saute aux yeux : c’est l’archaïsme de notre dialogue social, patrons et syndicats ont toujours autant de mal à dialoguer. Et c’est sans aucun doute, l’une des causes majeures du retard français.

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