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Le lobby des professions réglementées

Comment réformer les professions réglementées ? Elles sont 37 dans le viseur de l'Inspection générale des Finances. Perçues comme un monopole coûteux pour les uns, ces professions mettent en avant la qualité de service qui justifie une réglementation particulière.

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Les huissiers, les notaires, les pharmaciens, les greffiers, les prothésistes, les chauffeurs de taxis... font partie des professions réglementées.

Ces fameuses professions réglementées, une sorte d’inventaire à la Prévert, qui cache des métiers ou des activités encadrés par l’État. C’est un rapport explosif, réalisé par la prestigieuse Inspection générale des Finances, qui a mis le feu aux poudres cet été.

Qualité de service ou monopoles coûteux ?

Ce rapport a même été caché pendant des mois, avant que des extraits commencent à filtrer. Alors de quoi s’agit-il ? De multiples domaines protégés de la concurrence d’une manière ou d’une autre, par des numerus clausus, des monopoles, des autorisations administratives, des conditions d’exercice, des tarifs imposés qui sont autant de recettes garanties, bref des protections de tous ordres imposées pour mieux garantir une qualité de service, disent ces professionnels, ou pour mieux faire prospérer, au contraire, des rentes aussi coûteuses pour les consommateurs que contreproductives pour l’économie, dénoncent leurs adversaires.

 

Un acte notarié quatre fois plus cher

37 professions réglementées sont dans le collimateur de Bercy. Les pharmacies par exemple ont en France le monopole de la vente des médicaments alors que dans de nombreux pays, les grandes surfaces sont autorisées à vendre des médicaments qui ne nécessitent pas d’ordonnances et ça fait baisser les prix ;  les dentistes, eux, ont le monopole de la relation avec les prothésistes, par exemple, ce qui leur permet de facturer très cher leur rôle d’intermédiaires.

Autre exemple, les notaires profitent de tarifs indexés sur la valeur des biens : un acte notarié quasi-identique peut ainsi varier du simple ou quadruple, sans demander pour autant plus de travail. Je pourrais vous parler des taxis, des opticiens, des auto-écoles, la liste des exemples est presque infinie, et toutes ces professions concernent plus d’un million de salariés au total.  

 

Une réforme pour gagner 0.5 point de croissance  

 

C’est une querelle des anciens et des modernes, n’avait pas hésité à proclamer Arnaud Montebourg qui rêvait d’une nouvelle nuit du 4 août. Et dans le même élan, il estimait que la réforme des professions réglementées ferait baisser les prix et permettrait de restituer pas moins de 6 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français. Pour l’Inspection générale des finances, c’est au moins un demi point de croissance en plus et 120 000 emplois créés. Ces estimations chiffrées paraissent un peu hasardeuses, il faut bien le dire, mais il est sûr que partout où de telles réformes ont été menées, comme en Italie, les prix ont baissé et des emplois ont été créés. C’est incontestable.

 

Le gouvernement va-t-il réussir à réformer ces professions alors qu’elles se mobilisent déjà partout en France ? Ce sera le baptême du feu du nouveau ministre Emmanuel Macron, qui a décidé de se donner un peu de temps pour trancher et surtout pour convaincre. On a coutume de dire, qu’en France, derrière chaque niche fiscale, il y a un gros chien qui mord ; et bien derrière chaque profession réglementée, il y a un lobby puissant qui menace. 

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