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Le décryptage éco. Revenu universel : la proposition de Benoît Hamon revue et très corrigée par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a annoncé la création par la loi d'un revenu universel d'activité en 2020. Un dispositif très différent de celui proposé par Benoît Hamon lors de la présidentielle 2017.

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Campagne présidentielle de Benoît Hamon sur le revenu universel, en avril 2017.
Campagne présidentielle de Benoît Hamon sur le revenu universel, en avril 2017. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

Emmanuel Macron et Benoît Hamon même combat ? C’est ce que qu’on pourrait croire avec la création du revenu universel d’activité… Mais autant vous le dire tout de suite, c’est le même esprit mais ça n’a rien à voir.

Certes, les deux revenus universels visent le même objectif : donner un revenu de base, un socle minimal pour les plus démunis. Mais l’idée développée pendant la campagne présidentielle de 2017 par Benoît Hamon était de donner une allocation à tout le monde, que l’on travaille ou pas.

Des conditions d'attribution plus strictes

Le candidat socialiste proposait de verser entre 600 et 700 euros par mois à tous les adultes. Il fallait juste que leurs ressources ou revenus soient inférieurs à 2 800 euros brut, ce qui est un revenu correct. Alors que pour Emmanuel Macron, le revenu d’activité est forcément conditionné à une recherche d’activité. D’ailleurs, le président a bien précisé : "Je n'ai jamais cru à un revenu universel sans condition qui croit pouvoir donner quelques centaines d'euros pour solde de tout compte."

Le revenu universel d’Emmanuel Macron va concerner moins de monde. Il sera surtout ciblé sur les plus démunis. On estime aujourd’hui qu’il y a presque 9 millions de pauvres en France. Alors que la proposition de Benoît Hamon concernerait, selon ses calculs, environ 19 millions de personnes, ce qui fait presque un tiers de la population.

Pour Emmanuel Macron, le revenu universel d’activité reposera sur un donnant-donnant, un "contrat d’engagement réciproque" que signe la personne et dans lequel elle s’engagera à faire le nécessaire pour se former, s’insérer et retrouver un travail. "Si le rôle de l’Etat est de garantir les droits, celui qui les reçoit a le devoir et même la dignité de faire sa part d’obligations" a insisté Emmanuel Macron.

Un montant pas encore précisé

Voilà pour la philosophie, car les contours du dispositif qu’il veut mettre en place en 2020 par une loi sont encore flous. Le président a évoqué l’obligation d’accepter des offres d’emploi. Il a d’ores et déjà souligné qu’il serait impossible de refuser deux offres d’emploi valables, sans quoi le revenu universel d’activité pourrait être suspendu. Il reprend le modèle des deux propositions d’offres raisonnables d’emploi qu’un chômeur inscrit à Pôle Emploi est théoriquement tenu d’accepter. En réalité, c’est très difficile à mesurer.

Mais on voit bien que pour le président, la lutte contre la pauvreté est liée à l’éducation et à l’emploi. Et c’est vrai que le chômage est une machine à exclure. Selon l’OCDE, le taux de pauvreté serait divisé par deux si, dans les familles, au moins un des deux adultes avait un travail.

Le montant de ce revenu universel d’activité n’a pas été précisé. Il résultera de la fusion de plusieurs prestations sociales, le RSA, l’allocation logement, les allocations de solidarité spécifique, etc. Le travail de rationalisation que veut faire le président sera fastidieux et très compliqué.

Mais si Emmanuel Macron est resté si prudent c’est aussi parce qu’intégrer toutes les aides dans une seule allocation sociale unique risque d’entraîner une diminution, voire une disparition, de revenus pour plusieurs millions de ménages.

Quant au revenu universel d’existence, version Benoît Hamon, il a toujours des adeptes. En juin dernier, 13 départements se sont prononcés pour l'expérimentation du revenu de base sur leurs territoires et comptent soumettre une proposition de loi en ce sens.

Campagne présidentielle de Benoît Hamon sur le revenu universel, en avril 2017.
Campagne présidentielle de Benoît Hamon sur le revenu universel, en avril 2017. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)