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Le décryptage éco. Retraites : le Medef milite pour un départ au-delà des 62 ans, un âge où la plupart des seniors ne sont déjà plus actifs

Le Medef fait ses propositions en matière de retraite, jeudi. L’organisation patronale va militer pour un recul de l’âge légal de départ, après 62 ans. Travailler plus longtemps… mais faut-il encore avoir du travail. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Seniors au travail (illustration).
Seniors au travail (illustration). (CHRISTIAN BEUTLER / MAXPPP)

L’emploi des seniors est un des problèmes majeurs du marché du travail en France,
sachant que dans le monde professionnel, sont souvent considérés comme seniors les personnes de plus de 50 ans. La situation s’est quand même améliorée ces dernières années mais ça n’est pas brillant du tout selon une toute récente enquête du ministère du Travail. En France 52% des personnes qui ont entre 55 et 64 ans sont en emploi, en activité : cela fait un sur deux à peine.

Il faut vraiment distinguer le taux d'emploi des 55-59 ans, qui est dans la moyenne européenne avec environ 70% d'actifs, et celui des 60-64 ans, très peu employés. Nettement moins que dans le reste de l'Union européenne. On est à 29% de taux d’emploi contre 40% pour le reste de l’Europe. On ne parle même pas des 65-69 ans où on atteint péniblement en France les 6,7%.

Il y a d’abord un vrai problème culturel, de mentalités chez nous qui ne date pas d’hier. Pendant des décennies, on a multiplié les systèmes de préretraites, de dispositifs de cessation anticipée d’activité. Les gens étaient maintenus au chômage plusieurs années avant d’atteindre l’âge de la retraite. Encore aujourd’hui, les seniors restent souvent la variable d’ajustement lorsqu’il y a des plans de restructurations dans les entreprises. Ils sont souvent perçus comme trop chers, même s’ils sont expérimentés.

La qualité de vie au travail mise en cause

Selon une étude de France Stratégie, notre faible taux d'emploi est directement lié à la qualité de vie au travail. Il est donc nécessaire de se pencher un peu plus sur cette qualité de vie au travail, en aménageant les temps de travail, par exemple. Les pays nordiques le font très bien, en proposant des horaires adaptés, des temps de pauses supplémentaires avec l’âge. Aujourd’hui, les entreprises ont du mal à accompagner les salariés quand ils vieillissent. Elles ne les forment pas assez, ne les accompagnent pas assez aux mutations technologiques et elles n’adaptent pas toujours les postes avec l’âge.

Elles pourraient faire plus en la matière. On peut aussi éviter aussi les "départs couperet" à la retraite, du jour au lendemain, en favorisant le cumul emploi-retraite : dans l’Hexagone, à peine 10% des actifs de plus 55 ans cumulent emploi et retraite. C'est d'ailleurs souvent parce que les organisations des entreprises ne sont pas adaptées à cette option.

Le Medef devrait proposer des solutions jeudi 18 avril, mais il y a urgence à agir, parce que quand ils sont au chômage, les seniors subissent la double peine : ils restent plus longtemps inscrits à Pôle emploi. L’année dernière 60% des seniors étaient au chômage depuis plus d'un an contre 41,8% des autres actifs.

Seniors au travail (illustration).
Seniors au travail (illustration). (CHRISTIAN BEUTLER / MAXPPP)