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Le décryptage éco. Quand la question de la dette divise à nouveaux les socialistes

A gauche, Manuel Valls a exprimé son inquiétude face à la campagne de Benoît Hamon, et c’est sur l’économie que les tensions sont les plus fortes entre les différentes sensibilités socialistes. Le décryptage de Vincent Giret.

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Benoît Hamon en campagne à Paris, dans un fast-food, le 27 février.
Benoît Hamon en campagne à Paris, dans un fast-food, le 27 février. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Passée la primaire, les désaccords économiques reviennent par la fenêtre, à gauche. C’est la difficulté de Benoît Hamon à s’ouvrir et à fédérer les différentes sensibilités du Parti socialiste qui fait débat, et notamment la capacité du candidat à tendre la main au pôle des réformistes. Plusieurs députés, comme Jean-Marie Le Guen, proche de Manuel Valls, ont même refusé à ce stade d’accorder leur parrainage à Benoît Hamon.

C’est une phrase du candidat qui a mis le feu aux poudres, dans un climat qui était déjà très tendu. "Pour la dette, il faudra regarder ce qu’on pourra rembourser ou ne pas rembourser, a dit Benoît Hamon, qui a ajouté : Il y a une dette vis à vis des banquiers que nous pouvons renégocier." Jamais encore un dirigeant du Parti socialiste n’avait, en France, évoqué la possibilité de ne pas rembourser ou de renégocier notre dette publique. C’est cette phrase qui a été dénoncée et brandie par l’aile réformiste comme la preuve de l’irresponsabilité du candidat, qui apparaît soudain plus proche de Jean-Luc Mélenchon que de ceux qui revendiquent la culture d’une gauche de gouvernement. Et c’est d’autant plus surprenant que cette position n’avait pas été exprimée par Benoît Hamon pendant les débats de la primaire.

Dire qu'on renégocie, c'est risquer une hausse brutale des taux d'intérêt

Renégocier la dette serait-il seulement possible, et souhaitable pour la France ? Souhaitable, oui, on peut toujours rêver de ne pas être contraint de rembourser ses dettes. Mais ce qui a surpris, c’est que la dette de la France n’a pas aujourd’hui de problème de soutenabilité. Certes, elle est assez élevée, à plus de 97% de notre richesse nationale. C’est un peu au-dessus de la moyenne de la zone euro. Mais la dette de la France inspire confiance et les taux d’intérêt que l’Etat paie pour emprunter restent historiquement bas, en dessous de 1% pour des prêt à dix ans. Et la charge globale de notre dette (c’est à dire le paiement des intérêts) ne pèse que 2% de notre PIB.

Si vous arrivez au pouvoir et dites aux banquiers que vous voulez discuter, renégocier et éventuellement ne pas tout rembourser, vous avez immédiatement une hausse brutale des taux d’intérêt, car votre dette serait considérée comme étant risquée. Du coup, le gain initial serait complètement effacé par cette hausse des coûts d’emprunts. C’est donc un bien mauvais calcul, pour ne pas dire une absurdité totale.

Mutualiser une partie de la dette en Europe, à condition d'être soi-même exemplaire

Mais pour certains pays de la zone euro, il est vrai que cela aurait du sens de renégocier la dette. En difficulté sur le sujet, Benoît Hamon a immédiatement envoyé à la rescousse l’économiste Thomas Piketty, membre de son équipe de campagne, qui a expliqué qu’on avait mal compris et que Benoît Hamon voulait en fait parler de la zone euro, et plus précisément de la Grèce. Bien évidemment, on n’est plus du tout dans le même sujet. Piketty reprend l’idée d’une mutualisation d’une partie des dettes publiques. Chaque pays garderait une part de dette équivalant à 60% du PIB et tout ce qui est au-dessus serait mutualisé, mis dans un fonds commun, avec un taux d’intérêt commun. Les premiers bénéficiaires, seraient des pays comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne qui ne bénéficient pas de taux aussi avantageux que la France ou l’Allemagne.

Cette option est beaucoup plus sérieuse, cette idée avait même évoquée un temps par le collège des économistes qui conseillent le gouvernement allemand. Cette mutualisation d’une partie des dettes soulagerait considérablement le fardeau de certains pays, comme la Grèce, et pourrait contribuer à relancer l’investissement.

L’idée n’est donc pas de faire défaut sur la dette ou une partie de la dette, pour quelque pays que ce soit, ni même de renégocier avec les banquiers, mais bien de soulager les pays les plus endettés et les plus fragiles avec une vraie solidarité européenne. Mais pour se donner une seule chance de négocier une chose pareille avec nos partenaires européens, il faudrait que la France soit capable d’afficher une solidité de gestion, un sérieux budgétaire irréprochable. Autant dire qu’il y a encore un peu de chemin.

Benoît Hamon en campagne à Paris, dans un fast-food, le 27 février.
Benoît Hamon en campagne à Paris, dans un fast-food, le 27 février. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)