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Le décryptage éco. Philippe Martinez seul candidat à sa réélection à la tête de la CGT, mais non sans difficultés

Le congrès de la CGT qui s’est tenu à Dijon se termine vendredi. Philippe Martinez devrait vraisemblablement être réélu à sa tête. Ne serait-ce que parce qu’il est est le seul candidat. Le décryptage de Fanny Guinochet ( "L'Opinion").

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Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, à Charleville-Mézières (ardennes), 6 mars 2019.
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, à Charleville-Mézières (ardennes), 6 mars 2019. (ALEXANDRE BLANC / RADIO FRANCE)

Philippe Martinez est le seul candidat pour le poste de secrétaire général de la CGT, vendredi 17 mai. Mais sa réélection, à l'issue du congrès de la CGT à Dijon, ne ressemble pas à une promenade de santé. Toute la semaine, il a pu mesurer les oppositions au sein de son syndicat.

D’abord, son bilan a été approuvé mais sans grand enthousiasme. À peine 70% de pour, 15% d’abstentionnistes, c’est largement en dessous de ce qu’on a l’habitude de voir à la CGT. Il faut dire que Philippe Martinez n’avait pas beaucoup de victoires dans sa besace : la CGT a perdu des adhérents, elle n’est plus le premier syndicat de France, c’est la CFDT. Les "gilets jaunes" lui ont volé la vedette, on l’a vu le 1er mai dernier. Malgré ses journées d’actions à répétition, le syndicat n’a pas réussi à contrer les ordonnances réformant le Code du travail, ni la réforme de la SNCF, et celle sur la fonction publique va probablement passer aussi. Et il s’est isolé. 

Les adhérents partagés et perplexes

La CGT s’est enfoncée dans une ligne contestataire. À Dijon, où se tient le congrès, on a pu mesurer cette semaine combien les "ultras", les plus révolutionnaires de la CGT, avaient repris de l’influence au sein de la centrale. On l’a notamment vu sur un sujet qui a suscité des débats en interne : les liens de la CGT avec la Fédération syndicale mondiale (FSM), qui est contestée notamment pour ses attaches avec la Corée du Nord ou l’Iran. La CGT en était sortie en 1994 et à Dijon, les militants se sont largement prononcés pour se rapprocher de cette organisation tant décriée, d’obédience communiste. Ça en dit long sur le positionnement de la CGT mais c’est aussi un véritable camouflet pour Philippe Martinez qui avait clairement dit qu’il n’était pas favorable à ce rapprochement.  

En 2016, Philippe Martinez avait réuni plus de 95% des suffrages. Cette fois, d’un côté comme de l’autre, les adhérents sont partagés, mitigés, perplexes. Pour les plus contestataires, Philippe Martinez est vraiment trop mou, trop conciliant, notamment avec le gouvernement. Pour les plus réformistes, il n’a pas les épaules pour éviter que la CGT ne fasse un retour en arrière. Ce sera donc un peu un vote "faute de mieux", par défaut, ce qui risque de poser des problèmes en termes de légitimité.

La CGT parait encore un peu plus affaiblie. Philippe Martinez va avoir du mal à décider, imposer des choix, et définir une ligne claire. Le plus petit dénominateur commun sera l’opposition systématique à toute réforme. La CGT va probablement continuer à pratiquer la politique de la chaise vide, et refuser les invitations du gouvernement. Elle ne pèsera donc pas sur les réformes à venir, comme l’assurance chômage ou les retraites. Elle risque aussi l’isolement, la fracture avec les autres syndicats, Avec les "gilets jaunes", la mayonnaise n’a pas vraiment pris. Alors que le syndicat est déjà vieillissant et en perte de vitesse, on ne voit pas comment il pourrait dans ce contexte retrouver de sa superbe.

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, à Charleville-Mézières (ardennes), 6 mars 2019.
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, à Charleville-Mézières (ardennes), 6 mars 2019. (ALEXANDRE BLANC / RADIO FRANCE)