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Le décryptage éco. Les pensions de réversion dans le viseur du gouvernement

La ministre de la Santé et des Solidarités a plaidé pour une remise à plat et une harmonisation des règles d'attribution et de calcul des pensions de réversion.

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Agnès Buzyn, la ministre de la Santé et des Solidarités, lors d\'une session de questions au gouvernement à l\'Assemblée nationale, le 12 juin 2018.
Agnès Buzyn, la ministre de la Santé et des Solidarités, lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 12 juin 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)

Le gouvernement prépare sa prochaine réforme des retraites et les pensions de réversion, cette partie de retraite qui permet aux veufs et veuves de toucher une partie de la pension du conjoint décédé, semblent être dans le viseur. Pas sûr que les propos d’Agnes Buzyn, la ministre de la Santé et des Solidarités, devant le Sénat jeudi, calment la polémique : la ministre a essayé de rassurer en précisant qu’il n’était pas "du tout question de supprimer les pensions de réversion". La ministre a aussi plaidé pour une remise à plat et une harmonisation des règles d'attribution et de calcul de ces pensions de réversion.

En finir avec les 42 régimes différents

On ne sait pas trop ce que le gouvernement a en tête : la concertation sur les retraites commence tout juste avant la grande réforme promise par Emmanuel Macron l’année prochaine. Le gouvernement veut mettre en place un régime de retraites par point, plus universel et veut en finir avec les 42 régimes différents. Il est vrai que chaque régime a ses propres critères d'attribution des pensions : il est souvent assez complexe et le montant perçu peut varier considérablement d'un régime à l'autre. Le maquis des pensions de réversion n’échappe pas à ces disparités.

Pour ces pensions, le gouvernement peut jouer sur différents paramètres. Il peut revoir par exemple l'âge à partir duquel on peut bénéficier de la réversion, sachant qu’aujourd'hui c’est à partir de 55 ans, sauf dans la fonction publique où il n'y a pas de borne d'âge minimale. Il peut aussi revoir l’attribution sous condition de ressources : aujourd’hui, c'est le cas pour la retraite de base du privé, mais pas pour la fonction publique. Il peut aussi redéfinir le taux qui sera reversé au conjoint survivant : aujourd'hui 54 % pour la retraite de base, 60 % pour les retraites complémentaires, plus de 50 % dans la fonction publique. Etc.

Le sujet est explosif

Revoir les pensions de réversion est un sujet explosif, ne serait-ce que parce que la réversion concerne presque 4 millions et demi de personnes dont la grande majorité sont des femmes (87%), et qu’un million de ces bénéficiaires n'a pas de retraite en propre. Pour eux (et donc surtout pour elles), c’est la seule pension de retraite.

Aujourd’hui, le montant moyen de la pension de réversion est de 304 euros par mois pour les hommes et de 642 euros pour les femmes. Mais c’est lourd pour les dépenses publiques : cela pèse 36 milliards d'euros. La réversion représente aujourd'hui 11 % des dépenses de retraite. En Suède, où le pays a opté pour une retraite par point, et qui est souvent cité en exemple, la pension de réversion a été supprimée.

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé et des Solidarités, lors d\'une session de questions au gouvernement à l\'Assemblée nationale, le 12 juin 2018.
Agnès Buzyn, la ministre de la Santé et des Solidarités, lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 12 juin 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)