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Le décryptage éco. L'État lâche Carlos Ghosn, le patron de Renault

Bruno Le Maire a exigé la convocation d'un conseil d'administration "dans les prochains jours" pour statuer sur la succession de Carlos Ghosn. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Un écran diffuse les dernières informations qui concernent Carlos Ghosn, PDG de Renault, dans une rue de Tokyo (Japon).
Un écran diffuse les dernières informations qui concernent Carlos Ghosn, PDG de Renault, dans une rue de Tokyo (Japon). (BEHROUZ MEHRI / AFP)

La position de la France devenait intenable et en tant qu’actionnaire principal de Renault, avec 15% du capital, il devenait urgent d’agir. L’État français lâche donc le PDG de Renault, Carlos Ghosn. Surtout que tous les jours, il y a un chef d’accusation supplémentaire contre Carlos Ghosn. Sur ses proches, son train de vie… Le patron nie toutes les charges qui lui sont reprochées.

Alors certes, la France défend toujours la présomption d’innocence du PDG mais le gouvernement voit bien que Carlos Ghosn, emprisonné depuis deux mois, ne va pas sortir tout de suite de prison. Son incarcération est partie pour durer. Bruno Le Maire a donc dépêché à Tokyo son directeur de cabinet, mais aussi Martin Vial, le patron de l’Agence des participations de l’Etat, qui siège au conseil d’administration de Renault, pour discuter avec les différents acteurs du dossier et les préparer à la suite.

Une "nouvelle étape" pour Renault

Il est temps de passer "à une nouvelle étape", dit le ministre. Bercy dit vouloir jouer pleinement son rôle d’actionnaire de référence et explique que "la priorité, aujourd’hui, ce n’est plus Carlos Ghosn, c’est bien l’entreprise Renault". Le temps judiciaire n’est pas le temps industriel. Pas question de prendre le risque de fragiliser Renault en maintenant à sa tête, un patron "empêché". Car Carlos Ghosn n’est plus en capacité de diriger opérationnellement une entreprise qui emploie 54 000 personnes dans l’hexagone et qui est un fleuron français. Rappelons que l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est devenue le premier constructeur automobile de véhicules du monde en 2017.  

D’ailleurs, dans l’Alliance, les autres ont déjà destitué Carlos Ghosn. Il n’y a plus que Renault qui le maintient à sa tête, ce qui complique encore la donne pour Paris et a sûrement pesé dans le choix de Bercy de lâcher Ghosn. Car ce qui est aussi en jeu depuis le début de cette affaire, c’est la stabilité de l'alliance entre Renault et Nissan. Et pour Renault, le sujet prioritaire aujourd’hui, c’est de reprendre toute sa place au sein du conseil d’administration de Nissan. La future gouvernance du groupe reste à déterminer parce que Carlos Ghosn cumulait la présidence de la marque au losange mais aussi celle de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Là, la fonction de PDG pourrait être scindée en deux, avec d'un côté un directeur général exécutif, et de l'autre un président du conseil d'administration. Une formule à la mode dans les sociétés sous influence de l'Etat.

Jean-Dominique Sénard présenti 

Jean-Dominique Sénard pour succéder à Carlos Ghosn. L'actuel patron du groupe Michelin est un dirigeant qui connaît bien l’industrie automobile. Avec la réputation d’être un patron social. Mais, surtout, il est très "État-compatible". Le gouvernement lui a demandé, il y a quelques mois, un rapport avec Nicole Notat, sur la façon de réformer l’entreprise et de mieux définir son rôle social. Les conclusions de ce rapport sont d’ailleurs largement reprises dans la loi Pacte, la loi sur les entreprises que Bruno Le Maire porte actuellement devant le Parlement. Le changement pourrait se faire dimanche 20 janvier à l’issue d’un conseil d’administration extraordinaire du groupe. L'Etat francais n'a que deux représentants sur les 19 personnes qui siègent.           

Un écran diffuse les dernières informations qui concernent Carlos Ghosn, PDG de Renault, dans une rue de Tokyo (Japon).
Un écran diffuse les dernières informations qui concernent Carlos Ghosn, PDG de Renault, dans une rue de Tokyo (Japon). (BEHROUZ MEHRI / AFP)