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Le décryptage éco. À partir du 6 novembre, les femmes travaillent "gratuitement" jusqu'à la fin de l'année

À partir de mardi, compte tenu des écarts de salaire avec les hommes, c’est comme si les femmes françaises travaillaient gratuitement jusqu'à la fin de l'année. Le décryptage de Fanny Guinochet (L'Opinion).

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Une femme consulte des offres d\'emploi dans une agence Pôle emploi de Lens. (illustration)
Une femme consulte des offres d'emploi dans une agence Pôle emploi de Lens. (illustration) (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

À partir du mardi 6 novembre à 15h35 précises, les femmes françaises travaillent "gratuitement" jusqu'à la fin de l'année, compte tenu des écarts de salaire avec les hommes. C’est un "club féministe", Les Glorieuses, qui a lancé ce mouvement, qui a très bien marché les années précédentes, et qui recommence donc cette année.

Pourquoi avoir choisi cette date du 6 novembre à 15h 35, pour la France ? Elle découle d’un calcul réalisé à partir des chiffres d’Eurostat, l’organisme de statistique de l’Union européenne. Les Glorieuses ont pris la différence de moyenne horaire brute de rémunération entre les femmes et les hommes, dans tous les secteurs, et elles l’ont convertie, en nombre de jours ouvrés. L’idée est évidemment de souligner les inégalités de salaire entre les deux sexes, et le constat est édifiant. Les chiffres du ministère du Travail français le confirment : à travail égal, les femmes gagnent toujours 9 % de moins que les hommes. Cet écart atteint 25% pour l'ensemble d'une carrière, et 37% au moment de la retraite !

Le gouvernement a promis d’en finir

Emmanuel Macron a fait de l’égalité homme-femme une grande cause nationale, et il veut taper fort puisqu’il veut obliger les entreprises à publier les écarts de salaire entre les femmes et les hommes, histoire de savoir où il y a des différences flagrantes et s’il y en a. À partir du 1er janvier 2019, les entreprises auront trois ans pour se mettre en conformité, sans quoi la sanction sera financière : elle pourra s'élever à 1% du chiffre d'affaires.

Mais ce dispositif est difficile à mettre en place car il n’est pas simple de mesurer les différences de rémunération : il faut que ce soit à partir de critères objectifs. Au départ, le gouvernement avait pensé à intégrer un module dans les logiciels de paie, mais il s’est ravisé parce que c’était trop compliqué à mettre en place. Du coup, il s’en tiendra à une méthologie, dont on ne connaît pas encore bien les modalités, pour avoir un outil de mesure harmonisé à toutes les entreprises. Attention, ne seront concernées que les sociétés de plus de 50 salariés. Le gouvernement a prévu une phase test, et Muriel Pénicaud devrait s’exprimer prochainement pour préciser le système.  

Insuffisant, selon les féministes

Pour les militantes féministes, c’est un premier pas, louable, mais il faudrait affiner l’analyse en prenant en compte les déroulés de carrière, car c’est souvent au moment des congés maternité que les écarts de rémunération se creusent pour les femmes. Il faut aussi regarder en fonction des métiers. Une étude menée par l'Observatoire des discriminations de la Sorbonne publiée lundi 5 novembre montre qu’une femme qui postule à un emploi considéré comme typiquement masculin, par exemple, mécanicien automobile, a 22% de chances en moins qu'un homme, à compétences et qualifications égales, d'être simplement reçue en entretien d'embauche. Preuve qu’il a encore du boulot vers l’égalité.

Une femme consulte des offres d\'emploi dans une agence Pôle emploi de Lens. (illustration)
Une femme consulte des offres d'emploi dans une agence Pôle emploi de Lens. (illustration) (PHILIPPE HUGUEN / AFP)