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L'économie britannique en forme avec cinq millions de travailleurs pauvres

L’une des dernières chroniques de Vincent Giret a suscité beaucoup de réactions. il était question, dans cette chronique, de notre voisin britannique qui se porte comme un charme, taux de croissance insolant, chômage au plus bas. Oui, mais… il y a aussi beaucoup de pauvres, nous a-t-on répondu.

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Ce n’est pas pour souci d’œcuménisme, mais là, je crois que tout le monde a raison : Oui, l’économie britannique tourne à plein régime, elle est même l’économie qui connaît la croissance la plus rapide de tous les pays occidentaux, affichant un taux de croissance insolant de 3% cette année, oui, elle crée près de 1.000 emplois par jour et oui, encore, le taux de chômage est retombé à un petit 6%, soit l’une des meilleures performances mondiales. Et pourtant, oui, l’archevêque de Canterburry a lancé un cri d’alarme cette semaine pour dire que la pauvreté faisait des ravages et que plus de 900.000 personnes avaient désormais recours à l’aide alimentaire, l’équivalent de nos restos du cœur. Etonnant paradoxe, alors que près de neuf familles sur 10 compte au moins parmi elle un salarié, le royaume compte aussi plus de cinq millions de travailleurs pauvres, ce sont des working poors comme on dit en anglais.

Ce paradoxe est aussi visible en Allemagne

Même si là-bas, la croissance n’est plus au rendez-vous, l’économie allemande est presque à l’arrêt, mais elle a été incroyable résiliente face à la crise de 2008, le chômage là aussi est tombé à l’un de ses plus bas historiques, avec un peu moins de 5%. Plus de deux millions et demi de personnes travaillent mais gagnent moins de 450 euros par mois – soit moins de la moitié de notre smic et près de huit millions d’Allemands sont payés moins de huit euros bruts de l’heure. On retrouve donc aussi chez nos voisins allemands, ces working poors , que l’on évoquait pour le Royaume-Uni.

Les différences entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne, d'une part et la France, d'autre part

C’est un choix de société, qui a sans doute des racines culturelles voire religieuses. L’Allemagne et la Grande Bretagne ont flexibilisé au maximum leur marché du travail. En Allemagne, avec les réformes lancées par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder en 2003 ; au Royaume-Uni, c’est à la fois plus ancien mais cette flexibilité a été très accrue ces derniers temps avec des contrats dit  "zéro heure", qui permettent même à des entreprises d’avoir un salarié à disposition, sans lui garantir à coup sûr la moindre heure de travail, mais il est là au cas où. Ces choix, qui ne sont pas totalement identiques, relèvent pourtant de la même philosophie sociale : dans ces deux pays, tout vaut mieux que le chômage. Un travail, même précaire, même pénible, même très mal payé, est préférable à l’allocation chômage : un mini job, c’est quand même un peu d’argent, et donc de l’autonomie, et surtout du lien social, des amis, des relations, quelques choses qui vous maintient un minimum en société. Et qui facilite, donc, votre retour, un jour, à un job plus solide et mieux payé.

C’est donc un choix totalement inverse au système français qui privilégie toujours  "l’insider", c’est à dire celui qui a un emploi en CDI, avec un statut, des augmentations de salaires mécaniques ou régulières, à  "l’outsider", le chômeur, laissé sur le côté. Chacun peut avoir son avis bien sûr, mais pour rien au monde, les syndicats allemands ou britanniques ne voudraient voir appliquer dans leur pays le système français.

Réaction sur Twitter @vincentgiret

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