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Grève générale à Mayotte qui réclame "l'égalité réelle"

A Mayotte, 101ème département français, commence aujourd’hui le 15ème jour d’une grève générale qui paralyse toute l’île sur fond de violence. Comment expliquez cette situation ?

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Il y a comme un silence assourdissant, une indifférence un peu suspecte qui entoure l’un des mouvements sociaux les plus durs de l’histoire de l’outre-mer français. Mais alors que les médias locaux évoquent désormais des scènes de  "guérilla urbaine", il est grand temps de prendre la mesure de la colère et de l’extrême désarroi qui frappent les 220.000 habitants de Mayotte. On est ici à 8.000 km de Paris, dans l’île de Maoré, l’une des quatre îles de l’archipel de Comores, dans l’océan indien, à mi-chemin entre le continent africain et Madagascar. Mayotte appartient à la France d’outre-mer depuis plus de 170 ans, mais elle a acquis le statut tant désiré de département français il y a tout juste cinq ans, sur décision du président Nicolas Sarkozy. Cette étape marquait l’aboutissement d’une longue revendication, fortement exprimée par les élites mahoraises depuis plusieurs décennies. Cette transformation institutionnelle avait toujours été perçue comme la clé d’entrée dans la modernité sociale et économique et comme la promesse d’un Etat social porteur d’égalité. Mais cinq ans plus tard, c’est ce même mot  "égalité" qui est au cœur de ce mouvement de grève.

Que réclament précisément les habitants de Mayotte ?

"L’égalité réelle", c’est même leur slogan, comme en écho au mouvement Nuit Debout à Paris, mais bien sûr, dans un tout autre contexte politique et social. A Mayotte, il s’agit d’égalité réelle avec l’Hexagone, avec la Métropole. Entendez : "L’alignement des prestations sociales, et des retraites, l’application du code du travail national", c’est à dire la fin de toutes les dérogations locales, ressenties aujourd’hui comme une profonde injustice, comme une discrimination insupportable, mais des dérogations  qui planifiaient un lent rattrapage, par étapes, des règles sociales avec l’Hexagone. Cette dynamique, planifiée par l’Etat français, et en dépit des moyens importants qui y sont consacrés, est jugée aujourd’hui trop lente, beaucoup trop lente dans une île où il y a cinq ans déjà un long mouvement de grève de plus de deux mois avait éclaté pour protester contre  "la vie chère". Un dénuement, voire une extrême pauvreté frappe encore une partie de la population. 40% des jeunes de moins de 30 ans sont au chômage. Les habitants s’impatientent et ne veulent pas d’une  "départementalisation au rabais".

Y-a-t-il aujourd’hui des négociations ?

Pas vraiment, ou pas encore, c’est ce qui radicalise désormais le mouvement. Manuel Valls, après François Hollande, est pourtant venu pour une visite officielle il y a un peu moins d’un an, pour conforter l’engagement du gouvernement à poursuivre ce rattrapage. Mais un rendez-vous avec une délégation syndicale de Mayotte n’est programmé semble-t-il que pour dans quinze jours. Le préfet sur place semble totalement dépassé par la situation. Alain Juppé a demandé hier au gouvernement de prendre ses responsabilités. Vue de Métropole, Mayotte semble s’être mis au diapason de l’outre-mer français agité depuis quelques années par d’importants mouvements sociaux. Cette fin de mandat de François Hollande s’annonce décidément comme très tendue socialement.

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