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Emmanuel Macron crée la polémique avec "Le libéralisme est de gauche"

Haro sur Emmanuel Macron ! "Le libéralisme est de gauche" avait osé affirmer ce week-end le ministre de l’économie. Cette petite phrase ne cesse depuis de faire des vagues. Pourquoi tant de polémique ?

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Il faut y revenir, car ce n’était pas une petite phrase en forme de provocation sur le libéralisme de la part d’un jeune ministre qui ne rechigne pas au combat, non pour la première fois, Emmanuel Macron a tenté ce week-end, lors dans une discussion de fond, en public, de clarifier sa vision de l’économie et de la politique, de donner sa propre cohérence, sa propre doctrine d’action, sans fard et avec une liberté presque totale. C’est très rare pour un homme politique et c’est donc pour ça que c’était intéressant.

Emmanuel Macron explique ainsi qu’il se situe dans  "le camp des progressistes", d’un  "progressisme ouvert"  et qu’il prône du coup un libéralisme politique et économique . Pourquoi ? Ce libéralisme là est de gauche, nous dit-il pour une raison simple : tout ce qui permet  "d’ouvrir les blocages" de la société française et d’assurer de la mobilité  joue en faveur de l’égalité. Une égalité des opportunités qu’il préfère à l’égalitarisme, qui selon lui, est contre-productif puisqu’il bloque ceux qui veulent réussir ou simplement s’en sortir. 

Mais est-ce qu’on peut vraiment affirmer que le libéralisme est de gauche ? 

Vous savez, en France, un triple procès est volontiers fait au libéralisme :

1/ il serait un pur produit d’importation inventé par d’affreux anglosaxons,

2/ Il prônerait un laisser faire immoral,

3/ C’est une doctrine de droite, affirme-t-on sur le ton de l’évidence. 

En fait, rien n’est plus contestable. Le libéralisme est un courant de pensée qui émerge vraiment au XVIIIème siècle, il s’agit alors de libérer l’individu de ses entraves, qu’elles soient politiques ou religieuses et de poser des limites au pouvoir du tout –puissant monarque. Il y a ainsi toute une tradition française libérale qui commence avec Montesquieu, Turgot, Condorcet qui se prolonge avec Jean-Baptiste Say, Tocqueville ou encore Frédéric Bastiat. Les libéraux vont constituer en France un mouvement de gauche, beaucoup vont siéger au parlement sur le banc de la gauche, au moins jusqu’à la fin du XIXème siècle. Ils s’opposent de fait, au nom de la liberté, aux conservateurs, aux privilèges et aux rentes de situation.

Mais alors pourquoi les propos d’Emmanuel Macron choquent autant à gauche ? 

Sans doute parce que ce jeune ministre intrépide se lance dans une clarification politique audacieuse. Le ministre met ses pas dans ceux de Michel Rocard, Jacques Delors ou Dominique Strauss-Kahn, mais tous avaient été encadrés, voire recadrés par les tenants de ce qu’on appelle la "première gauche", celle pour laquelle tout est d’abord politique, incarnée par François Mitterrand. On peut certes conduire une politique d’adaptation, pro-européenne, pro-entreprise, voire assez libérale, mais surtout il ne faut pas le dire.

La gauche au pouvoir a beaucoup pratiqué le double langage, d’un coté une action volontiers pragmatique mais de l’autre un discours très "vieille gauche". C’est cette vieille ambiguïté là qu’Emmanuel Macron tente de dynamiter. Avec on le voit dans les sondages, une assez grande bienveillance de l’opinion séduite par ce parler vrai mais aussi une forte réticence des appareils et d’une frange plus traditionnelle des électeurs de gauche.

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