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Défense : l'Europe, combien de divisions ?

"La défense européenne existe, c’est la France", la phrase est de Manuel Valls, c’était en mars dernier devant la commission européenne, bien avant les attentats du vendredi 13 novembre qui reposent pourtant de façon aigüe la question de la Défense européenne. La France serait donc la seule en Europe à supporter cette charge face au danger terroriste.

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Il suffit de regarder les budgets que les 28 états membres de l'Union Européenne consacrent à leurs dépenses militaires. Pour la France, plus de 46 milliards d'euros, contre 37 pour le Royaume-Uni, suivi de l'Allemagne, de l'Italie et de l’Espagne. Ces cinq pays représentent à eux seuls la quasi-totalité des dépenses militaires de l’Union. Au-delà, ça n’est même pas la peine d’en parler. En part de PIB qu’elle consacre au militaire, la France se classe certes derrière les Etats Unis et la Chine, mais devant la Grande Bretagne et la Russie ! Les chiffres parlent donc d’eux-mêmes. Mais crise oblige, les dépenses militaires sont en recul ou stagnent partout, en Europe aussi, à l’exception des pays Baltes que la crise ukrainienne et la proximité de la Russie ont poussé au réarmement.

Quid de la coalition contre Daech ?

18 pays participent à cette coalition, mais la plupart se contentent d’envoyer du matériel. L’Allemagne fournit une quarantaine d’instructeurs ainsi que des fusils, dont on sait qu’ils ne sont pas les meilleurs du monde. La Grande Bretagne, elle,  ne peut frapper qu’en Irak, elle n’a pas de mandat de son parlement pour frapper en Syrie où le Danemark envisage désormais d’intervenir aussi. Les Etats unis, le Canada ( qui n’est plus très enthousiaste) , l’Australie, la petite Jordanie et certains pays du Golfe font aussi partie de ceux qui ont frappé en Syrie. Mais depuis peu, c’est la Russie qui porte les coups les plus efficaces aux côtés des Etats Unis et de la France, notamment en tirant à vue sur la manne de l’EI, c’est-à-dire le pétrole. D’une manière générale, comme l’écrivait récemment le journal l’Opinion, l’Europe reste en quelque sorte "l’arme au pied."

L’Europe de la défense, une Arlésienne ? 

Un embryon d’armée européenne existe, en tout cas dans les textes: une brigade d’intervention de 1 500 militaires qui n’existe que sur le papier. L’Europe parle régulièrement de politique de sécurité et de défense commune, mais sans que rien ne soit suivi d'effet,  sans mise en commun des moyens qui permettraient des dépenses plus cohérentes.

L’Europe de la Défense, c’est donc bien l’armée française, en pointe du combat contre le terrorisme comme elle l’a déjà montré au Mali. Et c’est son budget, ses contribuables qui supportent seuls l’effort avec les contraintes budgétaires imposées par le traité de Maastricht qui, du coup, est pour Paris une véritable entrave. Un cadre que François Hollande a fait voler en éclats en déclarant que « le pacte de sécurité l’emportait sur le pacte de stabilité ». Dans ces circonstances exceptionnelles, la commission a promis l’indulgence pour ce budget français en dérapage depuis 6 ans. On verra le moment venu. La solution radicale serait de sortir ces dépenses militaires du calcul du déficit français. C’est loin d’être gagné. "Il est urgent que l'Europe se reprenne, s'organise et se défende contre la menace terroriste" disait Bernard Cazeneuve en parlant du renseignement. La formule est  également vraie en matière militaire.

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