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franceinfo conso. Médicaments sans ordonnance : que garder, que proscrire ?

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Les clés pour se soigner sans danger, attention aux médicaments sans ordonnance : c’est le hors-série de "60 Millions de consommateurs" en vente actuellement. Sylvie Metzelard, rédactrice en chef du magazine nous alerte sur les dangers de l'automédication après avoir passé au crible 132 produits.

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Radio France
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Une pharmacienne dans son officine, le 15 avril 2020, à Paris. (MAXPPP)

Les premiers froids, les premiers remèdes, rien de bien grave, c’est vrai, mais attention aux médicaments sans ordonnance ! Sylvie Metzelard, rédactrice en chef du magazine 60 Millions de consommateurs consacre un hors-série ce mois-ci sur tous ces médicaments que l’on peut acheter en toute liberté en pharmacie. Des médicaments pour le rhume, la toux, la digestion. Les problèmes de sommeil aussi.

franceinfo : Les Français sont de grands consommateurs de médicaments ou pas ?

Sylvie Metzelard : Oui, nous consommons en moyenne 36 boîtes de médicaments par an, sans compter ce que l’on achète sans ordonnance, ce qui correspond à 10% des ventes en pharmacie et les compléments alimentaires disponibles jusqu’en supermarché.  

Mais est-ce que les scandales sanitaires ont changé la donne ? Je pense au Médiator, au Lévothyrox, est-ce que ça suscite de la méfiance maintenant ?

Oui bien sûr. En fait, nous avons un comportement très ambigu à l’égard des médicaments, on est méfiant et en même temps, on conçoit difficilement de ne pas en prendre. D’ailleurs 8 consultations sur 10 se concluent par une prescription.  

Quelle est la part de l’automédication ? 

8 Français sur 10 jouent aux apothicaires et surtout en période d’hiver ! On prend toutefois un peu moins de médicaments en automédication que ces dernières années En revanche, on avale de plus en plus de compléments alimentaires que l’on croit inoffensifs.

Pour votre enquête, vous avez passé au crible 132 produits. Des médicaments mais aussi  des compléments alimentaires, il en ressort quoi ?

Que très peu de produits que l’on achète ainsi soi-même valent le coup d’être achetés. La balance bénéfices-risques ne penche pas du bon côté

Il y a un chiffre marquant, c’est le nombre de produits conseillés, 15% seulement !  Ça veut dire que les 85% restants sont dangereux ou inefficaces ?

Oui, dangereux pour les risques d’effets secondaires encourus, pour les risques d’interactions avec d’autres médicaments que l’on prend déjà...

Parmi les médicaments les plus connus, il y a le paracétamol, on en a tous dans la boite à pharmacie, or, ce n’est pas sans danger si on en prend trop ?

Le paracétamol, c’est très bien en première intention en cas de fièvre ou de douleurs mais il ne faut pas dépasser les doses recommandées sur les boîtes. Un surdosage peut conduire à des problèmes hépatiques très sérieux, et pour le peu que vous preniez de l’alcool, c’est bingo. Il y a un gros risque si vous multiplier les prises pour soulager une gueule de bois.

Pour la toux, le mal de gorge, votre enquête est très sélective ? Vous dites clairement qu’il faut se méfier de certains produits au risque de se retrouver sans voix !  

Oui, tous les produits à base de pseudo éphédrine contre le rhume sont à proscrire pour les risques cardiovasculaires auxquels ils exposent ; L’oxomémazine contre la toux peut engendrer une somnolence et des convulsions, l’alpha amylase expose à des allergies comme la cétylcystéine...

Il y a le danger des médicaments mais aussi des excipients, ça n’a rien d’anodin ça !

Oui, les excipients ce sont les colorants, les solvants, les édulcorants, conservateurs, stabilisants, aromatisants qui vont donner au produit sa forme galénique (son goût sa couleur, son aspect). Il en existe 47 à effets notoires (troubles cutanés, digestifs comme le E 110 par ex). On a retrouvé aussi un perturbateur endocrinien possible dans un sirop (E218 dans le Bronchokod sans sucre) ; un cancérogène possible (E320 Maalox).   

Alors en France, la réglementation est très stricte avant qu’un produit soit mis sur le marché, pour autant est-ce que le système est fiable ? Les différents scandales ont montré qu’il pouvait y avoir des failles. Le problème que nous soulevons, ce n’est pas la sécurité du médicament, c’est le risque d’en prendre sans conseil médical,  donc sans personne pour vous avertir des risques encourus, surtout si vous prenez déjà des médicaments.

Le risque, c’est aussi de prendre des compléments alimentaires comme des bonbons en croyant qu’ils ne sont pas dangereux. Or, ils le sont tout autant que les médicaments, et là pour le coup, ils ne sont pas encadrés comme un médicament mais comme une denrée alimentaire.

Vous parlez aussi des médicaments en vente sur internet, là attention !

Oui, ils peuvent contenir des substances interdites en France qui sont dangereuses.

Pendant longtemps la France a été une grande consommatrice de somnifères et d’anxiolytiques, les choses changent ou pas ? Est-ce que la crise du Covid a un impact sur la consommation de psychotropes ?

Oui, nous surconsommons les psychotropes et la crise du Covid n’a rien arrangé. Une étude vient de montrer qu’entre le 16 mars, au début du confinement  et le 13 septembre dernier, la délivrance de traitements hypnotiques a excédé de 1,1 million le niveau habituel, et celle des anxiolytiques de 480 000.  

Alors, il y a les fameux compléments alimentaires qui connaissent un vrai succès, c’est justifié ou pas ? D’autant que ça coûte cher !

Non, ce n’est pas justifié la majorité du temps. Et surtout, dedans, il y a de vrais principes actifs qui exposent aux mêmes risques que des médicaments. Il faut se méfier de l’aspect naturel que l’on nous vante.

Il faut être très prudent notamment avec les produits censés nous faire retrouver le sommeil en cas d’insomnie ?

Oui, il faut être particulièrement prudent avec la mélatonine par exemple, qui prise mal dosée, ou au mauvais moment, peut dérégler les cycles du sommeil ; prudence avec les produits à base de millepertuis pour les risques d’interaction avec les médicaments ; la ballote pour une hépatoxicité possible, la vitamine B6 qui en prise prolongée peut amener des troubles neurologiques.  

En fait, seul le sport est à prescrire sans modération ?  Il ne faut pas faire n’importe quoi mais l’activité physique mesurée et régulière est le meilleur des remèdes ?

La revue médicale indépendante Prescrire qui a travaillé avec nous sur ce numéro le  juge même aussi comme une option de premier choix dans les troubles psychiques modérés. Cela donne du plaisir, ôte la fatigue, évite la rumination et met l’activité psychique au repos.  

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