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Crédit immobilier : assurance emprunteur, "Des contrats qui ne protègent pas", une enquête de "60 Millions de consommateurs"

Lors d'un décès ou d'une incapacité de travail, il arrive qu'une échéance du crédit immobilier ne soit pas toujours prise en charge. Cela peut entraîner des difficultés financières pour l'emprunteur.
Article rédigé par franceinfo, Ersin Leibowitch - Mathilde Romagnan
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Lisez bien vos contrats d'assurance emprunteur en cas de crédit immobilier. L'enquête de "60 Millions de consommateurs" révèle un certain nombre de manquements, voire de petites mesquineries, du côté des assureurs. (Illustration) (MHJ / DIGITAL VISION VECTORS / GETTY IMAGES)

Le magazine 60 Millions de consommateurs vient de consacrer une longue enquête à ces assurances que l'on souscrit parfois, qu'on appelle les assurances emprunteur. C'est-à-dire que lors d'un décès, lors d'une incapacité de travail, il arrive qu'une échéance d'un crédit immobilier ne soit pas prise en charge. Lionel Mauguin, chef de rubriques banque, finances, assurance, immobilier, au magazine,signe un dossier sur ces assurances. Et certaines d'entre elles ne servent pas à grand-chose finalement. 

franceinfo : Lionel, ces assurances sont-elles utiles ?

Lionel Maugain : Oui, alors ce sont des assurances que vous souscrivez quand vous empruntez pour un crédit immobilier. Et très souvent, on parle de faire jouer la concurrence, mais on évoque rarement le contrat en lui-même : ce qu'il comprend, ce qu'il ne comprend pas. Ce sont des contrats qui vous couvrent contre le décès, l'invalidité, l'incapacité de travailler. Et on s'est aperçu en les décryptant, que ça n'était pas toujours le cas, parce qu'il y avait beaucoup d'exclusions. Des choses étonnantes de la part des assureurs. 

Il faut se pencher d'abord sur la conception du mot accident, qui n'est pas forcément la même pour tout le monde ? 

Oui, alors dans notre monde à nous, on ouvre le Larousse, puis on lit que l'accident, c'est un événement fortuit, qui a des effets plus ou moins dommageables pour les personnes ou pour les choses. Mais chez les assureurs, c'est autre chose.

Par exemple, si vous chutez dans les escaliers, l'assureur considère que c'est une erreur d'inattention de votre part. Et comme dans sa définition, il faut qu'il y ait une cause extérieure pour qualifier l'accident, il ne le prendra pas en charge, si vous devenez invalide à la suite de cette chute. Donc, vous voyez la différence de terminologie, entre le monde réel et le monde des assurances. 

Un constat parmi tous les cas que vous avez recensés, celui de l'incapacité de travail. Alors là, c'est vraiment un parcours du combattant pour un salarié qui est dans ce cas-là. Et les choses deviennent très lentes et très longues ?

Oui alors d'abord, quand vous êtes dans l'incapacité de travailler, et que vous avez besoin de payer votre échéance de crédit, il y a déjà une franchise qui dure généralement 90 jours. C'est la durée moyenne de maintien du salaire, dans le privé ou dans le public. Mais dans certains contrats, on peut s'apercevoir que les assureurs peuvent allonger cette période de 120 à 180 jours, ce qui fait six mois.

Ensuite, il faut savoir que la différence entre le salaire avant l'arrêt, et les prestations reçues, donc le montant indemnisé est inférieur à celui d'une prestation en mensualités, et donc vous n'aurez pas l'intégralité de votre salaire, si vous mesurez la différence entre la rémunération et l'échéance du crédit. 

Et on peut même se retrouver sans aucune prise en charge ? 

Oui, parce que l'incapacité temporaire de travail, ça dure en général trois ans. Au bout de trois ans, les assureurs considèrent qu'il faut savoir si vous êtes encore en temporaire ou si vous devenez invalide. Or, pour qualifier l'invalidité, il faut que votre état soit consolidé et donc en général, ce n'est pas avant cinq ans. Donc ce qu'on observe, c'est que certains assurés sont indemnisés pendant trois ans, et au bout de trois ans ne le sont plus, parce qu'ils ne sont pas considérés comme invalides. Et donc il peut y avoir un trou, et qu'on ne soit plus indemnisé entre trois et cinq ans. 

La garantie perte d'emploi, les assureurs vous la proposent à chaque fois. C'est une option. Est-ce que c'est efficace ? 

Alors ça ne concerne que les salariés en CDI, et ça ne joue qu'en cas de licenciement pris en charge par Pôle emploi. Donc vraiment, ça limite. En plus, ce n'est pas accordé aux personnes de plus de 50 ans, et en plus, faut vraiment patienter. Si jamais ça vous arrive, il y a un délai de carence qui varie de 3 à 12 mois et là encore, une franchise durant laquelle vous ne pouvez pas toucher votre indemnité correspondant à l'échéance de votre crédit.

On dit souvent Lionel Mauguin que le diable se cache dans les détails. Alors là, en matière d'assurance, on est en plein dedans. Parlez-nous du vapotage ? 

Oui, alors ça, c'est un détail qu'on a remarqué dans tous les contrats. C'est qu'on vous demande toujours, quand vous souscrivez un crédit, une assurance du crédit immobilier, si vous fumez ou pas. Donc, c'est assez clair, sauf que dans tous les contrats, dans le terme fumer, on implique également le vapotage.

Donc vous pouvez tout à fait vapoter, et ne pas le déclarer de bonne foi, parce que vous ne fumez pas. Et puis on sait qu'il y a quand même une différence sur l'état de santé quand on fume ou quand on vapote. C'est infiniment plus embêtant quand on fume que quand on vapote. Donc ce sont de petites choses un peu mesquines des assureurs. 

Quel conseil nous donneriez-vous un conseil avant de signer un contrat ? 

Ne vous fiez pas uniquement à la concurrence. Ne prenez pas forcément celui qui est le moins cher, mais regardez bien toutes les lignes. Regardez bien les taux de couverture également. Puis après, n'hésitez pas à solliciter aussi des courtiers en assurance qui peuvent proposer des contrats équivalents. Mais en tout cas, il faut bien lire. Ce n'est pas seulement une question de concurrence. Il faut bien voir comment vous serez couverts en cas de malheur. 

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