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Peine de mort : des exécutions capitales toujours réalisées aux États-Unis, en Chine et en Égypte

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction les États-Unis, la Chine et l'Égypte où la peine de mort est toujours d'actualité.

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Une militante manifeste contre la peine de mort à Washington, aux Etats-Unis, le 13 juillet 2020.
Une militante manifeste contre la peine de mort à Washington, aux Etats-Unis, le 13 juillet 2020. (CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA VIA AFP)

Amnesty International a publié, mercredi 21 avril, son rapport annuel sur le recours à la peine de mort dans le monde sur l’année écoulée. Malgré la pandémie de Covid-19, certains pays n'ont pas ralenti le rythme des exécutions, au contraire. Quelle est le bilan aux États-Unis, en Chine et en Égypte ?

Aux États-Unis, les exécutions fédérales nombreuses sous le mandat Trump

Aux États-Unis, la peine de mort est toujours légale dans plus de la moitié des États. Mais malgré la pandémie de Covid-19, l'année 2020 a surtout été marquée, sous Donald Trump, par la reprise des exécutions fédérales, et cela à un rythme particulièrement soutenu. Treize personnes exécutées en à peine six mois entre juillet dernier et la fin du mandat de Donald Trump en janvier, du jamais vu depuis plus d'un siècle au niveau fédéral, d'autant plus que la pratique avait été suspendue dans les faits depuis 17 ans. Mais Donald Trump a donc renoué avec les exécutions dans les derniers mois de son mandat avec la mise à mort, notamment, d'une femme, une première depuis plus de cinquante ans. Une dernière injection létale a eu lieu le 15 janvier, cinq jours à peine avant de passer la main à Joe Biden. Une dynamique que le nouveau président souhaite casser. Dans son programme électoral, il promettait "d'éliminer la peine de mort au niveau fédéral et d'inciter les États à suivre l'exemple."

Qu'en est-il des États ? La pratique est en baisse drastiquement depuis une vingtaine d'années, même si 2 500 prisonniers attendent toujours dans le couloir de la mort. Entre 2000 et 2019, le nombre d'exécutions capitales est passé de 85 à 22, dont près de la moitié pour cette année 2019 dans le seul Texas. De nombreux facteurs expliquent cette chute : les polémiques autour d'exécutions "ratées", les difficultés à s'approvisionner en substances létales et des décisions politiques comme en Virginie, le tout premier État de l'ancien sud confédéré à abolir la peine de mort. C'était il y a seulement quelques semaines. Il s'agit du 23e État à en finir avec les exécutions au niveau national.

Des milliers de personnes probablement exécutées en Chine

L'organisation de défense des droits de l'homme, Amnesty International, estime que des milliers de personnes sont probablement exécutées chaque année en Chine, ce qui aurait été le cas en 2020. La Chine garde le plus grand secret sur le nombre des condamnés à la peine capitale qui sont exécutés. Dans ce rapport, Amnesty International ne peut donc pas donner de chiffres précis sur l'application de la peine de mort qui concerne, selon l'organisation, surtout des prisonniers de droit commun.

Ce qu'on a su officiellement, et c'est exceptionnel, c'est qu'au mois de janvier, la CCTV, télévision publique chinoise, a annoncé l'exécution d'un ancien grand patron, Lai Xiaomin, président du conglomérat financier China Huarong. Il a été reconnu coupable de corruption, avec 215 millions d'euros de pots de vins, et de polygamie. Lai Xiaomin, qui avait travaillé aussi à la banque centrale, avait fait ses aveux à la télévision publique, qui a confirmé son exécution. C'est un fait très rare qu'une personnalité de ce niveau soit exécutée.

Depuis son arrivée au pouvoir, Xi Jinping a lancé une vaste opération anticorruption : 1,5 million de cadres du Parti communiste chinois ont été sanctionnés. D'autres personnalités ont été condamnées à la peine capitale, mais avec sursis, ce qui signifie que la plupart du temps, la peine capitale est transformée en prison à vie. La Chine est impitoyable aussi en ce qui concerne le trafic de drogue, y compris pour les étrangers. Au moins une dizaine d'étrangers ont été exécutés pour trafic de drogue depuis 2009. L'an dernier, deux ressortissants canadiens ont été condamnés à mort pour production de drogue.

Les exécutions ont triplé en un an en Égypte

L'Égypte se hisse au troisième rang de ce podium sordide. Les exécutions ont triplé en l'espace d'un an. Au moins 107 détenus mis à mort en 2020 contre 32 en 2019, un chiffre probablement sous-estimé. La moitié d'entre elles – 57 – ont eu lieu aux mois d'octobre et de novembre. Un pic terrifiant, qui faisait suite à des violences dans la principale prison politique du pays au Caire. Des exécutions en guise de représailles suite à cette mutinerie, et cela illustre le non-respect total des procédures pénales et le renoncement de la justice face à l'impunité des services de sécurité. Au moins un quart de ces personnes exécutées ont été enlevées hors de tout cadre légal par les forces de l'ordre. On appelle ça des disparitions forcées. Elles ont été également torturées pour obtenir des aveux. Des procès injustes, qui conduisent à la peine capitale.

Le nombre d'exécutions n'est pas rendu public. Les organisations indépendantes de défense des droits humains présentes en Égypte se comptent sur les doigts d'une main. Elles sont soumises à une pression constante des autorités. Parmi ces ONG, la principale d'entre-elles à recenser les exécutions a été visée par une série d'arrestations en novembre dernier. C'est dire à quel point ces informations sont sensibles et difficile d'accès. Les prisons du régime du président Abdel Fattah al-Sissi sont des lieux de non-droit où la vie des détenus a peu de prix. À ces exécutions, il faudrait ajouter les dizaines de prisonniers morts en raison de manque de soins médicaux en détention.

Une militante manifeste contre la peine de mort à Washington, aux Etats-Unis, le 13 juillet 2020.
Une militante manifeste contre la peine de mort à Washington, aux Etats-Unis, le 13 juillet 2020. (CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA VIA AFP)