Le statut des travailleurs des plateformes numériques évolue en Corée du Sud et au Royaume Uni

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. En Corée du Sud comme au Royaume Uni la condition des travailleurs indépendants de ces plateformes est de plus en plus encadrée.

Article rédigé par
Nicolas Rocca et Laura Kalmus - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Un livreur d'Uber Eats. Photo d'illustration. (LEYLA VIDAL / MAXPPP)

Quels statuts pour ces travailleurs indépendants, en dehors de l'Union européenne ? Un projet de directive est présenté par le commissaire à l'emploi à Bruxelles et propose de changer les règles pour les travailleurs des plateformes numériques, telles que Deliveroo ou Uber, afin de garantir leurs droits. Cette directive veut mettre fin à l’usage frauduleux de statut d’indépendant ou d’auto-entrepreneur. La question est également très débattue en Corée du sud ou au Royaume-Uni.

Des grèves pour défendre les travailleurs indépendants en Corée du sud

Les livreurs sud-coréens se sont mobilisés après la mort de certains de leurs collègues depuis le début de la pandémie. Vingt et un livreurs seraient morts d’une surcharge de travail depuis le début de la pandémie selon les syndicats. Ici l’on appelle ce phénomène "Kwarosa". Et ces personnes décédées travaillaient toutes pour les équivalents coréens de plateformes comme Amazon, qui se nomment Lotte, Coupang, ou CJ Logistics. Ces drames ont alerté l’opinion publique sur les conditions de travail de ces livreurs, considérés comme des travailleurs indépendants qui sont chargés aussi bien de la livraison que du tri des colis. Avec la pandémie, la demande de livraison a augmenté en flèche ce qui a entrainé une charge de travail colossale pour les employés de ces plateformes. Certains témoignages recueillis évoquaient des journées de 20 heures et tout cela pour ne percevoir que 800 wons par livraison, soit 60 centimes d’euros.

Après des journées de grève à répétition, sous la pression du gouvernement et des syndicats un accord avec les plateformes a été signé en janvier 2021. Il encadrait la durée quotidienne de travail, dans un pays où la durée légale est de 52 heures hebdomadaire. L’accord interdisait les livraisons après 21 heures et contraignait les entreprises à employer de nouveaux salariés pour trier les colis. Initialement cet accord devait être appliqué en juin, mais finalement son entrée en vigueur a été reportée à janvier 2022.

La situation des livreurs de nourriture pose aussi un problème. Ces derniers mois ce sont eux qui se mobilisent. À plusieurs reprises des grèves ont eu lieu malgré les interdictions de se rassembler à cause de la pandémie. Les syndicats pointent du doigt la hausse des accidents de deux roues, leur absence de sécurité sociale et une hausse des prix de livraison. Si leurs conditions de travail semblent moins extrêmes que celles décrites par leurs collègues des plateformes d’achat en ligne, elles restent très précaires. Alors que le retour des restrictions sanitaires réaffirme à nouveau la dépendance à ces livreurs de l’économie coréenne. La pandémie a fait grimper en flèche le nombre de travailleurs de ses plateformes qui représentent 8.5% de l’intégralité des employés du pays.

Au Royaume-Uni, de plus en plus de contrôles pour Uber

Au Royaume-Uni, un tribunal britannique a tranché il y a quelques jours sur le statut des plateformes de VTC comme Uber. Désormais elles ne sont plus de simples agents qui permettent de mettre en contact un chauffeur et un client. Il y a maintenant une relation contractuelle directe entre la plateforme et le client.

Selon le Financial Times, Uber va devoir réinventer son modèle commercial. Jusqu’à maintenant, ces plateformes de véhicules se contentaient de mettre en relations un chauffeur et un client. À partir du moment où le chauffeur avait accepté la course, il avait la responsabilité de transporter son passager. Mais ce n'est plus possible a décidé ce tribunal britannique qui invoque une législation bien précise, relative aux transports dans la capitale. Uber ne peut pas être qu’une plateforme, c’est désormais une entreprise de taxi. Des trajets plus contrôlés, plus sûrs sans doute. Mais Uber a déjà fait savoir que la TVA allait désormais être intégrée dans les tarifs alors le prix des courses va probablement augmenter.

Ce n’est pas la première décision qui va à l’encontre de la plateforme de véhicules. En février dernier, la nouvelle avait été très bien accueillie par les 70 000 chauffeurs Uber du pays. La Cour suprême avait décidé que les conducteurs ne pouvaient pas être considérés comme des auto-entrepreneurs mais qu’ils étaient des travailleurs. Ils reçoivent désormais un salaire minimum, des congés payés et un régime de retraite. Un statut plutôt hybride propre au droit du travail britannique différent du statut d’employé puisque les employés bénéficient d'un contrat de travail en bonne et due forme.

Une première victoire surprenante au Royaume-Uni, le pays de l’économie libérale, des freelance, des contrats "zéro heure" et des emplois partiels et de la gig economy, économie collaborative, qui explose. On peut y trouver son intérêt. Un étudiant par exemple peut travailler à son rythme, à la carte, au gré de ses envies et besoins. Le journal le Guardian estime qu’il y a 4,4 millions le nombre de personnes qui travaillent pour des plateformes indépendantes au Royaume-Uni.

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