Le sort des journalistes indépendants en Russie, en Algérie et en Pologne

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction la Russie, l'Algérie et la Pologne pour mettre en lumière les conditions de travail difficiles des journalistes indépendants.

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Radio France
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Journalisme - Photo d'illustration.  (PATRICK LEFEVRE / MAXPPP)

Dans plusieurs pays, des journalistes se battent pour la liberté de la presse comme en Russie, en Algérie et en Pologne face à des pouvoirs qui veulent contrôler leur image dans le but de prévenir ou faire taire toute contestation. 

En Russie, des journalistes classés "agents étrangers"

Les Russes sont appelés aux urnes du vendredi 17 au dimanche 19 septembre pour élire leurs nouveaux députés. Ces élections législatives font débat : les élections sont toujours compliquées dans ce pays, non seulement parce que beaucoup de partis d'opposition ne peuvent pas présenter de candidat mais également parce que les médias indépendants sont souvent gênés dans leur travail. 

La plupart ont été classés "agent de l'étranger", une appellation très péjorative héritée de l'Union soviétique. Elle n'entraîne pas automatiquement la fermeture de ces médias, mais les soumet à des tracasseries administratives. Ils doivent par ailleurs se déclarer comme "agent de l'étrangerdans toutes leurs publications ou même sur les réseaux sociaux. Puis, les répercussions sont surtout économiques. Les entreprises d'État n'y placent plus de publicité, comme les entreprises privées en relation d'affaires avec ces groupes publics, par crainte d'être mal vues. Le site internet Time's, axé sur l'économie, a été contraint de fermer faute d'annonceurs. 

Il n'y a pas de répercussion directe sur le scrutin, du moins pour le moment. Mais c'est un moyen pour le pouvoir de limiter les turbulences après l'exemple biélorusse à l'été 2020. Le président sortant Alexandre Loukachenko a été largement réélu. L'opposition et une partie de la population ont contesté ces résultats, soupçonnées d'être arrangées. Les manifestations organisées dès lors, ont été réprimées par le pouvoir. Les dirigeants russes veulent ainsi prévenir une contestation à naître, explique la politologue Ekaterina Schulmann"Le résultat doit être accepté par la société, pas comme juste et honnête, mais comme acceptable. Pour ce faire, il faut qu'il n'y ait pas de structures ou d'organisations qui puissent d'abord signaler les fraudes, ensuite appeler directement ou indirectement à organiser des manifestations et enfin couvrir ces manifestations lorsqu'elles auront lieu". Et comme l'ombre du retrait de Vladimir Poutine plane déjà sur ces élections, les cercles de pouvoir compliquent la tâche des médias indépendants.  

"Dans l'Algérie de 2021, un mot peut vous mener en prison"

Deux journalistes ont été arrêtés dimanche 12 septembre en Algérie. Les accusations sont à chaque fois à peu près les mêmes : "atteinte à l'unité nationale, appartenance à une organisation terroriste, diffusion de fausses informations". Des charges souvent surréalistes mais le pouvoir algérien ne s'embarrasse point.

L'Algérie se classe désormais à la 46e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Le pays a perdu 27 places depuis 2015. La répression s'est nettement accélérée avec le Hirak. Le pouvoir, déstabilisé par cette contestation populaire massive et inédite, a répondu en brimant des journalistes comme Khaled Drareni. Devenu l'emblème du combat pour la liberté de la presse en Algérie, il a rendez-vous la semaine prochaine au tribunal. Il a fondé un site d'information indépendant pour lequel il avait décroché l'entretien avec Emmanuel Macron, alors candidat à l'élection présidentielle de 2017. Une interview dans laquelle le futur président de la République évoquait "les crimes contre l'humanité" de la colonisation française.

Il y a un an, Khaled Drareni a été condamné à deux ans de prison ferme, tout simplement pour avoir fait son travail. Le régime lui reproche d'avoir couvert notamment le Hirak. Le journaliste a ensuite bénéficié, après plusieurs mois de détention, d'une grâce présidentielle. Mais la justice ne le lâche pas alors Khaled Drareni déclare "dans l'Algérie de 2021, un mot peut vous mener en prison. On doit être attentif à tout ce qu'on dit ou écrit". 

En Pologne, les journalistes empêchés de faire leur travail

Une pétition est au cœur de l'actualité en Pologne. Elle a été lancée par 30 rédactions polonaises qui protestent contre l'instauration de l'état d'urgence à la frontière avec la Biélorussie. Il a été décrété suite à l'augmentation soudaine du nombre de migrants qui traversent illégalement la frontière. Ces migrants, essentiellement venus du Moyen-Orient, ont été encouragés par le régime d'Alexandre Loukachenko à traverser les frontières de l'Union européenne. Pour se protéger, la Pologne a décidé de construire un mur et de décréter l'état d'urgence à la frontière. Par conséquent, les journalistes sont interdits d'accès à la zone et ne peuvent pas raconter les drames humains qui s'y déroulent, notamment l'histoire d'une trentaine de migrants encerclés d'un côté par les gardes-frontières polonais et de l'autre par les Biélorusses. Ils vivent là dans des conditions jugées inhumaines par les ONG et il est désormais très difficile de les contacter.

D'après Reporters sans frontières, depuis l'arrivée au pouvoir du parti nationaliste, la Pologne a perdu 42 places au classement mondial de la liberté de la presse. Le pays se classe à la 60e place, il occupait la 18e place il y a six ans. La prise de contrôle par le pouvoir de la télévision publique est devenue un média de propagande gouvernementale y a fortement contribué. Puis, une loi sur les médias, débattue actuellement au Parlement, vise à interdire à une entreprise en dehors de l'Espace économique européen de détenir plus de 49% des parts d'un média polonais. Un projet de loi qui vise directement la plus grande télévision privée du pays, TVN. Très critique à l'égard du pouvoir, sa chaîne d'information en continu TVN24 n'a d'ailleurs toujours pas reçu de la part du CSA polonais sa prolongation pour sa concession, qui expire dans neuf jours.

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