Le Forum sur la coopération sino-africaine vu de Chine et d'Afrique

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Ce vendredi, la Chine et les pays du continent africain se préparent au Forum de coopération sino-africaine qui commence lundi 29 novembre.

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Une bannière à l'effigie du président ivoirien Alassane Ouattara, et une autre à l'effigie du président chinois Xi Jinping déployées lors de la cérémonie d'inauguration du nouveau stade olympique de Côte d'Ivoire, construit avec l'aide de la Chine, à Abidjan le 3 octobre 2020. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Les 29 novembre et 30 novembre prochain, Dakar, la capitale du Sénégal, accueillera le prochain Forum sur la coopération sino-africaine. Un sommet pour renforcer les relations économiques entre l'Afrique et la Chine, qui est en effet devenue le premier partenaire commercial du continent. Un autre sujet important de ce forum sera l’accès au vaccin contre le Covid-19.

Pour la Chine, un débouché économique mais aussi diplomatique

Le ministère chinois des affaires étrangères l'a confirmé : Xi Jinping participera bien à ce forum stratégique. Le président chinois sera présent par visio puisqu'il ne se déplace plus à l’étranger depuis près de deux ans à cause de la pandémie de Covid-19, et il prononcera un discours lors de la cérémonie d’ouverture lundi 29 novembre. L’intérêt de la Chine pour l’Afrique n'est pas récent, il a d’abord été économique avant de devenir diplomatique. Ainsi, en mars 2013, cinq mois après son arrivée au pouvoir, Xi Jinping avait effectué sa première visite officielle à l'étranger en Afrique. Depuis, il s'y est rendu quatre fois et Pékin a même organisé un sommet en 2018 avec plus de cinquante dirigeants du continent.

L’Afrique est donc une terre d’enjeux pour la Chine, ce qui inquiète la communauté internationale. Pékin rejette le terme de néocolonialisme, mais les critiques sont de plus en plus nombreuses et des institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale s’inquiètent de la dépendance économique du continent africain vis-à-vis de la Chine. Elle est non seulement le premier partenaire commercial du continent depuis une dizaine d’années mais aussi son premier créancier, surtout depuis la pandémie, détenant environ 21% de la dette africaine.

Dans une interview au journal Le Monde le 19 novembre dernier, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian critiquait ainsi la politique chinoise sur le continent africain, provoquant une vive réaction du porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Pékin, Zhao Lijian. "Les Africains sont les mieux placés pour juger cette coopération, a-t-il déclaré. Les entreprises chinoises ont construit et modernisé plus de 10 000 kilomètres de chemins de fer et près de 100 000 kilomètres de routes sur le continent, créant ainsi plus de 4,5 millions d’emplois. Certains pays devraient juger la coopération sino-africaine de manière objective et impartiale, prêter une oreille attentive à ce que disent les Africains et faire davantage de choses positives et concrètes pour l’Afrique."

Pour les pays africains, des investissements très attendus

Le sommet est très attendu à Dakar car il devrait inscrire la présence économique de la Chine sur le long terme. L’Empire du milieu a déjà beaucoup investi en Afrique, notamment dans l’exploitation des matières premières comme en Guinée avec la bauxite, au Gabon avec le fer, en Afrique du Sud avec le charbon de bois, le cuivre et le cobalt, en République démocratique du Congo, ou encore au Niger avec l’uranium.

Mais c’est dans le domaine des infrastructures que ces investissements sont les plus visibles. En vingt ans, les entreprises chinoises ont modifié le visage de l’Afrique. Au Kenya par exemple, la capitale Nairobi est désormais reliée à Mombasa grâce à 440 kilomètres de chemins de fer qui ont désenclavé le pays. Au Mozambique, Pékin a réalisé le plus long pont suspendu d’Afrique, 3 kilomètres entre Maputo, la capitale, et Catembe. Un édifice hors-norme totalement financé et construit par les Chinois. Pékin est devenu un partenaire économique incontournable, mais cette dépendance a un prix : celui de la dette. Les pays occidentaux accusent la Chine de mener le continent africain vers le surendettement, dont il commençait à peine à sortir.

La Chine a rempli le vide né de la décolonisation et multiplié les prêts et les constructions d’infrastructures en Afrique. Mais en contrepartie, les pays bénéficiaires de ces prêts s’engagent à conclure en priorité des contrats avec des entreprises chinoises pour réaliser les projets financés, et ces investissements sont souvent conditionnés à la livraison de matières premières. Cette dépendance économique permet à la Chine de pouvoir compter sur le soutien politique des pays africains notamment lors des votes à l’ONU. C’est en tout cas ce qu’espère Pékin.

En Afrique, les dirigeants se réjouissent de ce partenariat car leurs pays ont un besoin criant d’infrastructures pour désengorger leurs villes. L’Afrique compte actuellement plus d’un milliard d’habitants et en comptera le double dans trente ans. La Chine veut répondre à ces besoins, notamment sur le plan de l’urbanisation qui est enjeu majeur du continent.

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