La rumba congolaise et le gamelan en Indonésie candidats pour intégrer le patrimoine culturel immatériel de l'Unesco

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Mardi focus, sur le patrimoine culturel immatériel de l'Unesco et les attentes dans les deux Congos ainsi qu'en Indonésie. 

Article rédigé par
Omar Ouahmane, Gabrielle Maréchaux - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'artiste congolais de rumba, Papa Wemba mort en 2016 au Koroga musical festival de  Nairobi (24 Août 2014). (TONY KARUMBA / AFP)

L'Unesco doit intégrer cette semaine une quarantaine de traditions en provenance des cinq continents à son patrimoine immatériel, un statut permettant de préserver un héritage souvent menacé. L'inscription de la rumba congolaise doit être effective mardi 14 décembre. L'Indonésie de son côté espère l'inscription du gamelan, un ensemble millénaire d'instruments. 

La candidature de la rumba portée par les deux Congos

C'est l'aboutissement d'une candidature portée conjointement par les deux Congos, Kinshasa et Brazzaville. Cette consécration, les congolais l'attendent depuis des années. "Déjà, c'est une reconnaissance historique, estime Jean-Claude Faignond, gérant du premier bar-dancing de Brazzaville dans le quartier de Poto Poto. Aujourd'hui il n'y a pas de Congo-Kinshasa ou de Congo-Brazzaville, il y a la rumba congolaise. Et la rumba congolaise n'a pas de frontières. Nous ne sommes pas partis isolés dans cette bataille. Les deux pays ont souhaité cette reconnaissance."  

La fête se prépare à Brazzaville mais aussi à Kinshasha, deux capitales séparées par le fleuve Congo. C’est là que la rumba a pris sa source il y a plus de 5 siècles. Les esclaves déportés vers le nouveau monde ont emporté avec eux cette musique et cette danse notamment à Cuba dans les Caraïbes avant de faire un retour en Afrique centrale au milieu du XXe siècle et aujourd’hui les deux Congos ont mis leurs différents de côté pour défendre et porter la candidature de cet art de vivre au patrimoine mondial immatériel de l’humanité. "Nous nous sommes deux pays voisins avec les deux capitales les plus proches du monde. Il était grand temps, note Catherine Kathungu Furaha ministre de la Culture de la république démocratique du Congo. C'est tout une histoire. La rumba est l'outil de cohabitation pacifique de la réconciliation mais aussi de la cohabitation et ça constitue un message même de résolution des conflits. C'est pratiquement cette justice qui nous est rendue." La rumba musique festive et politique, comme cette chanson intitulée Indépendance Cha Cha. C’est par ce titre, diffusé à la radio, que les congolais ont appris l’indépendance de leur pays le 30 juin 1960. Indépendance Cha Cha hymne anticolonial et  premier tube panafricain.

L'indonésie plaide pour la reconnaissance du gamelan

Derrière cet ensemble d’instruments millénaire on trouve une conception de la musique et de son apprentissage tout à fait singulier. Le gamelan est souvent considéré à tort comme un orchestre en Occident. Alors certes il ressemble à un orchestre avec parfois jusqu’à plusieurs dizaines de personnes. Mais dans l’esprit javanais ou balinais, le gamelan serait plutôt un seul grand instrument. Chaque personne membre d’un gamelan est totalement interchangeable et doit pouvoir jouer de chaque percussion. Il est impossible de jouer seul du gamelan. Les instruments sont lourds, ils restent presque toujours au même endroit et l’on doit être tous ensemble pour jouer.

Vous ne trouverez pas de partition devant un gamelan, la transmission se fait oralement, et ce savoir faire transmis de génération en génération a émerveillé le monde entier, du compositeur américain Philip Glass à Claude Debussy par exemple qui après avoir découvert le gamelan à l’exposition universelle de 1889 a eu ces mots : “Si l’on écoute, sans parti pris européen, le charme de leurs percussions, on est bien obligé de constater que la nôtre n’est qu’un bruit barbare de cirque forain."

La place de cette musique est très variée en Indonésie. Elle se joue généralement en plein air pour toute grande occasion qu’elle soit familiale, sacrée ou politique. Elle accompagne aussi souvent une performance de danse, de théâtre ou de marionnettes. Des communautés qui peuvent être des villages ou des entreprises ou des corporations ont leur gamelan , voici par exemple celui du village de Pengosekan à Bali. Vous pourrez entendre ce qui fascine notamment dans le gamelan les nombreux changements de tempo et d’atmosphères.

Le gamelan Pengosekan de Bali, à écouter ici
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