la Hongrie, l'Italie et le Japon confrontés à une crise de la natalité

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction, la Hongrie, l'Italie et le Japon, trois pays qui doivent faire face à un nombre de naissances insuffisant.

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Radio France
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Une sage femme avec un nouveau-né  dans le service de néonatalité de la maternité régionale de Nancy (Illustration, le 11 Juin 2019). (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Alors que le nombre de naissances avait fortement baissé en Décembre et Janvier dernier, l'Insee indique dans une estimation provisoire publiée début septembre que la natatlité est revenue en france à son niveau de 2020. La France a compté 2 120 naissances en moyenne par jour en juillet 2021. Ce n'est pas le cas partout, certains pays sont confrontés à des problèmes de natalité très préoccupants et tentent de trouver des solutions pour changer la donne. Tour d'horizon.

En Hongrie, hausse des allocations familiales, prêt pour acheter un logement... 

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, convoque jeudi 23 septembre un sommet démographique international. Au programme de cette conférence : la promotion de la famille. Un thème crucial en Hongrie où on ne fait plus assez de bébés. La population hongroise ne cesse de baisser. Le pays pourrait perdre 1 million d’habitants d’ici 2050. "L’option la plus facile, choisie par la plupart des pays occidentaux, c’est d’accueillir des migrants, pour compenser la baisse des naissances, affirme Viktor Orban. Nous les hongrois, ce ne sont pas les chiffres qui nous intéressent : nous voulons des enfants HONGROIS." Pour lui, pas question d’inviter des étrangers à s’installer en Hongrie. 

Pour enrayer ce déclin, le gouvernement a mis en place certaines mesures. Les allocations familiales ont doublé, les grand-parents qui gardent leurs petits-enfants ont droit à une aide sociale, et les femmes qui ont 4 enfants ne paient plus du tout d’impôt sur le revenu. Surtout, il y a ces prêts subventionnés d’environ 30.000 euros, pour les familles qui veulent s’agrandir et acheter un logement. Après le 3e enfant, les mensualités du prêt sont automatiquement effacées. Plus de 100.000 familles ont déjà bénéficié de ce dispositif. Il y a des effets positifs. Le nombre de mariages a augmenté de 45%. Et le taux de fécondité, qui était l’un des plus bas d’Europe, se rapproche de la moyenne européenne. Mais si la Hongrie se dépeuple, c’est parce qu’un million de Hongrois ont quitté le pays, soulignent certaines critiques. Des Hongrois partis pour chercher un job mieux payé dans l’Europe de l’ouest, ou pour échapper au régime autoritaire de Viktor Orban.

En Italie, allocations familiales dès le 1er enfant

L'Italie se classe avec l'Espagne à la dernière place en Europe en terme de fécondité. Rome cherche a relancer la natalité avec un plan pour la famille, en bon italien on l'appelle ici le "family act". Il sera mis en place le 1er janvier prochain avec pour la 1ère fois des allocations familiales dès le 1er enfant et jusqu'à 25 ans. Autre mesure mise en avant : un chèque unique en fonction des revenus jusqu'à 167 euros maximum par enfant mais zéro pour les plus riches. Il n'y a pas que cela : les jeunes couples de moins de 35 ans bénéficieront d'aides fiscales pour leurs premiers loyers. L'idée c'est de faire sortir les enfants de chez leurs parents. Pour le Premier ministre Mario Draghi c'est une priorité car une Italie sans enfants est une Italie qui finira par disparaître. Aujourd'hui le taux de fécondité s'élève à 1,24 enfant par femme contre 1,83 en France.

Ce plan était essentiel et très attendu car il est aussi censé favoriser le travail des femmes (leur taux d'emploi est le plus bas d'Europe après la Grèce)... et puis l'ISTAT , l'Insee italien, est très pessimiste sur l'avenir et envisage une population de 32 millions d'habitants, 2 fois moins qu'aujourd'hui.  Alors ce plan est-il à la hauteur ? D'un point de vue purement comptable, le budget consacré aux familles ne passera que de 15 à 21 milliards c'est bien en deçà de la moyenne européenne (1,5% du PIB italien contre 2,2% moyenne UE)  mais surtout les chercheurs de Neodemos, un groupe de réflexion de démographes italiens estiment que cette réforme sera davantage un outil de lutte contre la pauvreté que de soutien aux naissances. Elle n’est pas comparable aux modèles français ou allemands plus généreux et plus complets !

Au Japon, le nombre de femmes en âge de procréer continue de chuter

Le Japon compte désormais plus de 86 000 centenaires et le vieillissement atteint des niveaux inédits ailleurs dans le monde. En effet, le Japon compte désormais 29% de plus de 65 ans et cette part va croître encore dans les décennies à venir tandis que la proportion des jeunes de moins de 15 ans diminue. Elle n’est déjà plus que de 12%. Le Japon est désormais entré dans la pire phase, celle du déclin démographique structurel. Dans un premier temps l’allongement de la durée de vie avait stabilisé la population mais comme la dénatalité dure depuis 40 ans et que les plus âgés finissent par mourir, le total baisse. Dans 40 ans, le Japon aura perdu un tiers de sa population et le nombre d’enfants sera trois fois inférieur à celui des séniors.

L’immigration n’est pas considérée comme une solution à ce déclin démographique, car le pays ne se sent pas prêt à accueillir des étrangers en nombre ni à leur donner les conditions matérielles de procréer. "Quand on arrive à ce stade, analyse le démographe Masashi Kawai, guère optimiste, il devient extrêmement difficile de mettre fin à la dénatalité. Même si le taux de fertilité venait à remonter un peu, le nombre de naissances, lui, continuerait de chuter."

Cela est dû au fait que le nombre de femmes en âge de procréer chute et va continuer de chuter. Le Japon a trop attendu et est retard d’un débat: la discussion s’arrête à comment relancer la natalité, mais la question est de savoir comment peut subsister un pays dont la population décroît à une telle vitesse avec une part de personnes âgées aussi importante.

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