Hausse des prix de l'énergie : les impacts en Allemagne, en Espagne et en Turquie

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction l'Allemagne, l'Espagne et la Turquie pour faire un point sur l'envolée des prix de l'énergie.

Article rédigé par
Luc André, Marie-Hélène Ballestero et Anne Andlauer - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
La France a déjà décidé un gel des prix cet automne.  (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

Bruxelles dévoile mercredi 13 octobre une série de mesures temporaires pour amortir l'impact social de la hausse des prix du gaz et de l'électricité. L'Union européenne incite les États membres à baisser les taxes sur l'énergie et à redistribuer les bénéfices aux plus démunis. La France a déjà décidé un gel des prix du gaz jusqu'en avril. C'est loin d'être le cas partout en Europe.  

Pas de gel des prix en Allemagne 

Berlin n’est pas sur la même ligne que la France ou l’Espagne. D’une manière générale, l’État intervient moins qu’en France dans l’économie voire pas du tout sur ce type de dossier. La semaine dernière, Angela Merkel a mis en garde contre des solutions simplistes. L’Allemagne comme les Pays-Bas considèrent que le problème est temporaire. La chancelière allemande a même dédouané la Russie que d’aucuns accusent de profiter ou d’attiser la crise du gaz. Moscou a honoré ses contrats, a rappelé Angela Merkel.

Au-delà d’une question de philosophie, la pression à réagir est peut-être moins forte en Allemagne. La hausse des prix du gaz n’est pas aussi vertigineuse qu’en Espagne. Le coût du chauffage a augmenté d’un tiers sur un an. Mais l’hiver 2020 avait été particulièrement clément et les prix du gaz avaient chuté dans le sillage de la crise sanitaire.

Une augmentation des coûts de chauffage d’un tiers menace pourtant les ménages les plus modestes. Les communes demandent en conséquence une rallonge pour adapter la prime chauffage qu’elles versent aux allocataires des minimas sociaux. Il existe aussi des interrogations sur la sécurité des approvisionnements : les réserves ne sont remplies qu’aux deux-tiers cette année. On dépassait les 90% l’an dernier, à la même période. Si l’hiver est rude, des coupures d’approvisionnement ne sont pas exclues, s’alarment les exploitants de ces gazomètres stratégiques.

Le prix du gaz est appelé à encore augmenter en Allemagne dans les mois à venir en raison de deux facteurs : d'une part la situation sur le marché mondial qui tire les prix vers le haut, et d’autre part, l'augmentation de la taxe carbone au 1er janvier 2022. On passera de 25 à 30 euros la tonne.

Débats enflammés en Espagne

Depuis des mois, les Espagnols assistent incrédules à la flambée des prix de l’électricité sans savoir quoi faire. Des hausses historiques à répétition qui sont à l’origine, d’un débat politique brûlant entre le gouvernement et l’opposition, emmenée par le conservateur Parti populaire (PP). Pablo Casado, le leader du PP, a demandé à maintes reprises des explications au chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez notamment dans l'hémicycle. "La 2e chose que vous aviez promis c’est le bouclier social mais vous l’avez électrocuté en faisant exploser la facture de l’électricité. Quand pensez-vous résoudre les problèmes des Espagnols, au lieu de les aggraver ?" 

Le PP reproche à l’exécutif de ne pas protéger suffisamment les familles espagnoles, surtout les plus vulnérables, et de ne pas savoir comment résoudre le problème de la hausse des prix de l’électricité. Pablo Casado a même demandé la démission de Pedro Sánchez qu’il juge incapable d'affronter cette crise énergétique.

Pour contrer ces critiques de l'opposition et celles des Espagnols qui ne savent plus à quel saint se vouer pour ne pas payer des factures aussi salées, l’exécutif a adopté plusieurs mesures depuis fin juillet, notamment la réduction temporaire de la TVA sur l’électricité, de 21 à 10%. Il a prévu aussi de limiter les bénéfices extraordinaires des compagnies d’électricité pour faire baisser la facture des usagers. Une proposition applaudie par les consommateurs mais qui a provoqué une levée de boucliers de la part des grands patrons de l’énergie et du PP, qui a pris leur défense, en dénonçant des mesures confiscatoires. À tour de rôle, le PP défend donc les usagers ou les grands groupes de l’énergie. L’important finalement c’est que la bronca politique continue en Espagne.

Flambée des prix inévitable en Turquie

La Turquie, un pays pauvre en ressources énergétiques, est l’un des plus gros importateurs européens de gaz. Et ce gaz, la Turquie l’achète d’abord – pour un tiers l’an dernier – à la Russie. Le problème, c’est que la Turquie s’attend à une demande record cette année, notamment à cause des sécheresses qui ont provoqué une baisse de la production hydroélectrique, donc une hausse de la demande pour d’autres sources d’énergie. Pour ne rien arranger, quatre contrats de long terme signés avec ses fournisseurs expirent à la fin de l’année, dont deux avec la Russie qui n’ont pas encore été renouvelés. Et même en renouvelant ses contrats de long terme, la Turquie devra de toute façon se fournir aussi sur le marché au comptant, au moment où les prix s’envolent.

Les contrats de gaz naturel figuraient d’ailleurs au menu d’une rencontre entre les présidents turc et russe fin septembre. Cette rencontre n’a pas abouti à un accord. Or la Turquie a très peu de réserves pour satisfaire sa demande si les négociations se prolongent. Les officiels turcs assurent que le pays ne connaîtra pas de pénurie cet hiver, mais ils admettent que la facture sera lourde quoi qu’il arrive. Le président Recep Tayyip Erdogan a fait de la réduction de la dépendance énergétique une priorité nationale, car cette dépendance pèse non seulement sur l’économie turque mais aussi sur ses choix de politique étrangère.

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