Guerre en Ukraine : les conséquences économiques vues du Liban et de Chine

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction Le Liban et la Chine, deux pays qui entretiennent en temps normal d’importantes relations commerciales avec l'Ukraine.

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Des gruaux de blé sont moulus lors de la préparation du boulgour dans la ville de Marjayoun, dans le sud du Liban (illustration), le 15 juillet 2020. (JOSEPH EID / AFP)

L'objectif des sanctions économiques infligées à la Russie a pour but "de provoquer l'effondrement de l'économie russe", selon les mots du ministre de l'Économie Bruno Le Maire, mardi 1er mars. L'Ukraine est un producteur majeur de céréales et notamment de blé. L'invasion russe, terrible pour le pays, a malheureusement aussi des conséquences importantes sur l'économie. Quels sont les effets de cette guerre dans les échanges commerciaux de l'Ukraine avec le Liban et la Chine ? Tour d'horizon.  

Au Liban, inquiétude sur les livraisons de blé

Le Liban importe la moitié de son blé d’Ukraine et de Russie. Et selon le porte-parole des importateurs de cette filière, le Liban a seulement un mois et demi de stock pour l’instant. Et encore, c’est en comptant le déchargement de cinq navires céréaliers en provenance d’Ukraine. Peut-être les derniers, car ils sont partis juste avant le début du conflit des ports ukrainiens de la mer Noire et de la mer D’Azof, une zone directement ciblée par l’invasion russe. Le ministère de l’Économie libanais essaye de se montrer rassurant. Des alternatives sont déjà à l’étude depuis plusieurs mois : les États-Unis pourraient livrer du blé via le programme alimentaire mondial. Le Liban regarde aussi vers la Roumanie et la Bulgarie en Europe, vers l’Inde également, du côté de l’Asie. Pour le Liban, des difficultés d’approvisionnement en blé ou une flambée des cours, peuvent devenir catastrophiques car le blé, c’est la farine et c’est donc le pain. Un aliment de base dans un Liban où les trois quarts de la population ont déjà basculé dans la pauvreté en deux ans et demi, à cause de la crise économique. La pire qu’un pays ait traversé depuis 1850 selon la banque Mondiale.   

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Le Liban est inquiet car il traverse déjà une crise, mais en réalité, c’est toute la méditerranée qui est concernée. L’Ukraine et la Russie sont des greniers à céréales pour toute la région, qui dépend largement de ces deux pays pour le blé. En Tunisie, 50% du blé vient d’Ukraine, idem en Lybie. Des importations de l’ordre de 20% pour l’Egypte, premier importateur mondial de blé, dont 60% en provenance de Russie. Du blé russe ou ukrainien, on en retrouve aussi en Algérie, deuxième importateur du monde arabe derrière l'Égypte. On en retrouve aussi en Afrique noire, au Soudan, au Nigeria, en Tanzanie ou au Kenya. Alors cette dépendance aux céréales d’Ukraine ou de Russie expose évidemment tous ces pays en développement à une flambée des cours, mais aussi, plus graves, des pénuries. Avec des risques socio-politiques à moyen termes. On en revient à la farine et au pain qui risquent d’augmenter. On se souvient que le prix du pain avait été un moteur de l’instabilité politique dans la région il y a 10 ans, que ça avait contribué à déclencher le printemps arabe.

En Chine, les exportations vers l’Ukraine à l’arrêt

Les deux pays entretiennent en temps normal d’importantes relations commerciales. L’Ukraine est considérée par Pékin comme un partenaire stratégique qui fait partie du grand projet chinois des nouvelles routes de la soie. Alors évidemment les échanges avec l’Ukraine n’ont rien à voir avec ceux d’autres grands pays, mais les relations commerciales sont tout de même significatives. Elles ont même battu un record en 2021. Mais avec la guerre, les affaires se sont subitement arrêtées. On peut le constater dans la ville d’Yiwu dans le sud de la chine qui possède le plus important marché de gros au monde pour les petites marchandises. 

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C’est le cœur de l’usine du monde : des kilomètres de couloirs avec plusieurs dizaines de milliers de magasins spécialisés dans l’exportation. L’Ukraine est considérée dans ce marché comme un client important qui achète notamment des jouets, du matériel de sport et de cuisine. Dès le lancement de la guerre, les effets ont commencé à se faire ressentir, "les commandes passées par les clients ukrainiens avant le nouvel an chinois ont été annulées pour l’instantexplique cette commerçante qui fournit l’Ukraine en raquettes de badminton et luges. Cela représente beaucoup. Le commerce vers l’Ukraine représente 20% du total de mes affaires.  J’espère réellement que la guerre se terminera rapidement." D’autres commerçants ont déjà perdu tout contact avec leurs clients ukrainiens. "Je n’ai plus de nouvelles de mes clients, explique l’un d’entre eux. Ils représentaient un bon volume de commandes. Pour un seul article, ils commandaient 40 à 50 pièces."

Les Ukrainiens avaient anticipé la guerre depuis décembre. Un intermédiaire chinois explique qu’en temps normal, le commerce avec l’Ukraine lui rapporte 100 000 yuans par semaine, soit 14 000 euros. Depuis décembre, il lui a fallu deux mois pour atteindre le même chiffre d’affaires. Les usines de la région d’Yiwu ont été averties et devraient reporter la production destinée à l’Ukraine vers d’autres pays.

Concernant la Russie, la Chine est opposée aux sanctions économiques qui visent Moscou, mais pour le moment les Chinois n’ont pas montré de volonté d’aller plus loin, avec des mesures actives qui permettraient d’aider Moscou à contourner les sanctions internationales. De toute façon les Chinois n’ont pas forcément la capacité d’apporter cette aide. Le niveau des échanges économiques entre Pékin et Moscou reste limité. La Chine n’est pas du tout le premier partenaire économique de la Russie qui dépend beaucoup plus de l’Union européenne.

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