Guerre en Ukraine : des réfugiés accueillis en Italie, en Autriche et jusqu'au Mexique

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction l'Italie, l'Autriche et le Mexique, des pays qui accueillent des réfugiés ukrainiens.

Article rédigé par
Blandine Hugonnet, Isaure Hiace, Emmanuelle Steels - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le public autrichien lors du concert de soutien 'We Stand With Ukraine' le 19 mars 2022 au stade Ernst Happel. (FLORIAN WIESER / AFP)

Selon le dernier décompte de l'ONU publié lundi 21 mars, près de 3,5 millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis le début de l'offensive russe le 24 février. Dix millions de personnes, soit un quart de la population ukrainienne, ont été déplacés à cause des conflits. En majorité, des femmes et des enfants, privés de foyer et à la recherche d'un nouvel hébergement le temps de la guerre. Si la majorité des réfugiés a été prise en charge dans les pays voisins de l'Ukraine, une partie est accueillie dans différents pays à travers le globe : parmi eux, l'Italie, l'Autriche et le Mexique.

En Italie, la diaspora ukrainienne s'organise

En trois semaines, plus de 55 000 réfugiés sont entrés sur le territoire italien : des Ukrainiens accueillis pour beaucoup par leurs propres familles. La plupart passe la frontière italienne en voiture avec une adresse déjà en poche, celle de leur mère ou de leur grand-mère qui vit ici. La diaspora ukrainienne en Italie est une des plus grosses d’Europe, avec près de 250 000 personnes, dont 80% sont des femmes. Elles sont installées en Italie parfois depuis 30 ans, depuis la chute de l’URSS,  et travaillent surtout comme aides à domicile. Elles ont donc un revenu, un permis de séjour, et souvent un appartement : c’est ce qui leur permet aujourd’hui d’accueillir leurs filles et leurs petits-enfants qui fuient la guerre. A leur arrivée, la plupart d’entre eux se rendent d’ailleurs directement à Milan, Rome et Naples, où se concentre cette communauté d’Ukrainiennes en Italie.

Et même si ces réfugiés seront logés par leurs propres moyens, les autorités italiennes mettent en place un plan d’accueil. Jusqu’à 60 000 Ukrainiens déjà logés auront droit à une aide du gouvernement, de quelques centaines d’euros par mois. Malgré tout, Rome anticipe le manque d’hébergements : en plus de ceux pour demandeurs d’asile, villages abandonnés, anciens hôtels covid ou monastères pourront être mis à contribution. Une hospitalité financée par l’Etat pour que la prise en charge ne pèse pas sur les communes, les associations, mais aussi sur les familles italiennes qui sont nombreuses à offrir un toit. 

Pour l’accès aux services de santé et à l’école italienne, plus de 400 millions d’euros viennent d’être débloqués. Encore faut-il que cela suffise… Si les autorités ne donnent pas de chiffres, l’association Italie-Ukraine, elle, n’hésite pas à estimer que 800 000 Ukrainiens seront accueillis à terme en Italie.

L'Autriche manifeste sa solidarité

Jusqu’à présent, l’Autriche a surtout été un pays de transit pour des milliers de réfugiés ukrainiens, qui rejoignaient une autre destination. Cela reste vrai encore aujourd’hui, mais on constate ces derniers jours qu’ils sont de plus en plus nombreux à décider de rester dans le pays. A ce jour, plus de 14 000 Ukrainiens se sont ainsi enregistrés en Autriche, selon les chiffres du ministère de l’intérieur. Des dizaines de centres de premier accueil ont déjà été installés partout dans le pays et d’autres devraient s’ajouter dans les prochains jours, pour faire face à l’augmentation du nombre d’arrivées.

Les Autrichiens sont très nombreux à envoyer des dons ou proposer un logement. A titre d’exemple, samedi 19 mars, était organisé à Vienne un concert de soutien qui a rassemblé 40 000 personnes et a permis de récolter plus de 800 000 euros. Une solidarité qui émeut les Ukrainiens arrivant en Autriche, comme Anastasia, 20 ans.

"C’est une situation horrible, c’est pourquoi c’est très important pour moi de voir à quel point les gens nous soutiennent et j’espère que personne ne va oublier ce qu’il se passe."

Anastasia, réfugiée ukrainienne

à franceinfo

"Je pense que je vais rester à Vienne mais en même temps j’aimerais rentrer pour être auprès de mon père et de mon frère, explique-t-elle. Je pense à eux chaque jour, à la manière dont on pourrait se retrouver le plus rapidement possible." Les experts s’attendent à ce que l’Autriche accueille jusqu’à 200 000 réfugiés ukrainiens.  

Le Mexique, porte d'entrée vers les Etats-Unis

Au Mexique aussi des centaines de réfugiés ukrainiens sont arrivés ces derniers jours par avion. Mais ils se sont tous dirigés vers Tijuana, dans le nord-ouest du pays, dans l'espoir de demander l’asile aux Etats-Unis. Ils ont donc campé durant plusieurs jours au poste-frontière de San Ysidro à Tijuana, le point de passage le plus fréquenté entre le Mexique et les Etats-Unis. Et puis à partir du 18 mars, les autorités migratoires américaines leur ont ouvert les portes.

Tous les Ukrainiens ont désormais accès à une protection temporaire, un visa humanitaire qui leur permet de circuler librement aux Etats-Unis, où la plupart d’entre eux a l’intention de demander l’asile. Depuis septembre déjà, le nombre d’Ukrainiens qui passent par le Mexique pour aller aux Etats-Unis avait augmenté, mais le phénomène a pris d’autres proportions ces derniers jours.

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Mais le sort réservé aux réfugiés russes est très différent. Les services d’immigration américains effectuent un tri par nationalité. Alors que les Ukrainiens passent, les Russes sont refoulés, au même titre que tous les autres réfugiés qui se présentent aux postes-frontière qui jalonnent le mur entre le Mexique et les Etats-Unis, qu’ils soient Centraméricains, Vénézuéliens, Haïtiens, mais aussi Mexicains. Comme ceux-ci, les Russes doivent s’inscrire sur une liste et attendre leur tour côté mexicain avant de pouvoir demander l’asile aux Etats-Unis. Ces réfugiés russes sont en majorité des dissidents opposés à la guerre, qui ont subi la répression de la part du gouvernement russe.

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