Guerre en Ukraine : comment font la Pologne, la Belgique et la Suisse pour accueillir les réfugiés dans la durée ?

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde.

Article rédigé par
Martin Chabal - Jérémy Lanche - Angélique Bouin - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un centre d'accueil pour les réfugiés ukrainiens, installé dans le hall d'exposition Global Expo de Varsovie, en Pologne, le 15 juillet 2022. (DAMIEN SIMONART / AFP)

Après sept mois de guerre, la question de l'accueil durable des réfugiés ukrainiens se pose un peu partout en Europe. Les solutions temporaires ou solidaires s'érodent. Tour d'horizon dans le Club des correspondants en Pologne, Belgique et Suisse.

En Pologne, des dispositifs d'aide gouvernementale limités

Cinq millions d’Ukrainiens ont trouvé refuge en Pologne dans les premiers mois de la guerre, dont 1,3 million y sont encore aujourd’hui : c’est le pays qui a accueilli le plus d’exilés dans le monde. La Pologne s’est d'ailleurs rapidement mobilisée pour les intégrer. Mais après sept mois de conflit, les opportunités se sont considérablement réduites pour les familles ukrainiennes. Si elles pourront encore trouver des centres de distribution de nourriture ou de vêtements gratuits, il y en a beaucoup moins qu'au début de la guerre, notamment à Varsovie.

Pour se loger, c’est plus compliqué. Dans la capitale, le marché de l’immobilier est saturé et les Polonais ne se sentent plus d’héberger une famille pendant plusieurs mois. Les annonces se font de plus en plus rares. Malgré tout, les derniers sondages d’opinion montrent qu’encore un Polonais sur deux apporte son aide volontairement et gratuitement à des réfugiés. Mais ces sondages signalent aussi que 15 % des sondés se disent hostiles à leur prise en charge.

Alors, pour inciter sa population à aider les Ukrainiens, l'État continue de soutenir financièrement les particuliers. Ceux qui logent et nourrissent des exilés venus d'Ukraine reçoivent 40 zlotys, c’est-à-dire 10 euros, par jour et par personne hébergée. Mais entre des versements tardifs et une durée limitée dans le temps - on ne peut pas toucher cette aide plus de quatre mois - le dispositif fatigue de nombreuses familles polonaises. 

La situation est tout de même beaucoup moins tendue qu’au début du conflit. La tendance est au retour en Ukraine et les associations s’adaptent à ce flux de réfugiés qui s’est inversé. Cependant, l’arrivée de l’hiver et le manque d’électricité en Ukraine pourraient pousser les gens à fuir à nouveau massivement leur pays.

En Belgique, des logements temporaires éparpillés dans des quartiers résidentiels

La Belgique a déjà accueilli 55 000 réfugiés, dont 8 500 à Bruxelles. Encore aujourd'hui, une centaine d'Ukrainiens arrivent quotidiennement dans la capitale du pays, dont une trentaine n'ont pas de solution d'hébergement. Autant que possible, la Belgique les oriente vers des familles d'accueil, car c'est la meilleure voie d'intégration souligne Pierre Verbeeren, le coordinateur de l'accueil dans la capitale belge, qui salue d'ailleurs la solidarité des citoyens belges. A ce jour, il reste encore 450 foyers candidats répertoriés sur la plateforme mise en place par les autorités.

Dans le même temps, la région a tout de même mené des travaux ces derniers mois pour transformer en urgence quelques 47 000 mètres carrés de bureaux en logements. Plusieurs hôtels sont également réaménagés. Et d'ici décembre, des préfabriqués vont être installés dans cinq communes de l'agglomération, afin d'accueillir des familles dans des habitats modulaires et démontables.

Il y aura 12 à 15 logements seulement sur chacun de ces sites : l'idée ici n'est pas de regrouper les réfugiés ukrainiens, mais de les insérer dans des quartiers d'habitation pour faciliter leur intégration parmi les riverains. Les logements sont d'ailleurs temporaires car l'objectif, c'est d'orienter ensuite ces réfugiés vers l'habitat locatif privé.

Avec environ 2000 euros d'aides sociales pour un foyer de quatre personnes, et un accès au marché du travail, ces Ukrainiens ont les moyens de s'intégrer, souligne Pierre Verbeeren. C'est donc possible, et même souhaitable ajoute le coordinateur : selon ses calculs, la moitié environ de ces réfugiés restera sans doute en Belgique  après la fin de la guerre.

En Suisse, un centre d'exposition mobilisé face à la baisse du nombre de familles d'accueil

Avec plus de 65 000 réfugiés ukrainiens sur son sol, la Suisse fait partie de ces pays d'Europe de l'Ouest qui en accueille le plus par rapport à sa population. Mais trouver des places d’hébergement n’est pas toujours simple. À Genève, on a même dû utiliser Palexpo, l'un des plus grands centres d'exposition du pays, pour accueillir 300 réfugiés ukrainiens.

Si l'endroit où ils sont accueillis ne représente qu’une petite partie du complexe, cela représente tout de même deux terrains de football, recouverts d’un toit de 20m de haut. Des dizaines de box sont rangés en trois ou quatre rangées, délimitées par des grillages et des bâches en plastique. À l'intérieur des boxes, 3 à 4 lits superposés, quelques chaises... et c’est à peu près tout ! Les hébergés disent qu’ils sont plutôt contents de leur situation, même s'ils aimeraient trouver un logement plus stable.

Sauf que c'est difficile pour eux de trouver des familles d'accueil, car elles se font rares. "Au début du mois de mars, il y a des milliers de personnes sur la Suisse entière qui se sont annoncées pour héberger des personnes chez elles, raconte Ariane Merkelbach, directrice du département migrant de l’Hospice général, le service social de Genève. C'est clair qu'avec le temps, la motivation décroît peut-être un peu. Il y a eu les vacances d'été, qui ont fait baisser le nombre de familles d'accueil." 

Beaucoup de familles d’accueil suisses se sont engagées pour trois à six mois. Mais la guerre, comme vous le savez, s’est prolongée, tout comme le séjour des Ukrainiens avec tout ce qu’on peut imaginer comme tensions au sein des familles. Et comme gêne aussi chez les Ukrainiens, qui sont les premiers à chercher une solution de relogement durable.

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