Crise en Ukraine : la menace militaire russe inquiète la Pologne et la Lituanie

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction Vilnius et Varsovie qui voient d'un très mauvais oeil la présence de troupes russes à la frontière ukrainienne.

Article rédigé par
Marielle Vitureau - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min.
Le chef de la diplomatie américaine (à gauche), Antony Blinken et son homologue russe (à droite), Sergueï Lavrov, à Genève (Suisse), vendredi 21 janvier 2022. (ALEX BRANDON / POOL)

Le dialogue entre les États-Unis et la Russie au sujet de la crise en Ukraine vont se poursuivre, a annoncé le chef de la diplomatie américaine, vendredi 21 janvier. Après sa rencontre à Genève avec son homologue Sergueï Lavrov, Antony Blinken a de nouveau demandé à Moscou de retirer ses troupes massées à la frontière ukrainienne. Une présence russe qui inquiète l'Europe et en particulier les pays voisins de l'Ukraine comme la Lituanie et la Pologne.

La Lituanie inquiète de la présence militaire russe à ses frontières

Les discussions entre Antony Blinken et Sergueï Lavrov sera suivie avec attention en Lituanie. La situation en Ukraine devient de plus en plus inquiétante pour la Lituanie qui a des frontières communes avec la Russie et la Biélorussie. Le pays redoute que la Russie lance des opérations militaires en Ukraine durant ses discussions avec les États-Unis afin d'influencer sur les négociations en cours. Une autre source d’inquiétude réside dans les capacités militaires russes. L’enclave russe de Kaliningrad, à l’ouest de la Lituanie, est très militarisée. Le matériel est de plus en plus sophistiqué et les Russes de mieux en mieux entraînés à se déplacer rapidement. C’est ce que constate le ministre lituanien de la Défense. Et puis, des exercices ont actuellement lieu en Biélorussie avec la Russie. D’un point de vue militaire, les deux pays ne font plus qu’un. Le danger se rapproche donc de la Lituanie. Les relations entre Moscou et Vilnius n’ont, elles, jamais été aussi mauvaises.

Depuis près de cinq ans, un bataillon de l’Otan (auquel la France participe) est présent dans chacun des États baltes. Aujourd’hui, Lituanie, Lettonie et Estonie demandent plus. Plus de moyens signifie plus de dissuasion et c’est la clé pour plus de sécurité. Un bataillon d’environ mille soldats est actuellement stationné en Lituanie, en Lettonie et en Estonie. La décision a été prise en 2016 au sommet de l’Otan à Varsovie. Les Danois ont déjà répondu à l’appel. Ils ont, entre autre, déployé une frégate de 160 soldats en mer baltique. Mais les pays baltes eux-mêmes prennent les choses en main. L’Estonie a annoncé une hausse spectaculaire de son budget défense dans les prochaines années. Les trois pays ont aussi décidé de renforcer ensemble leurs armées, notamment l'arsenal aérien. Des systèmes de missile de défense devraient être acquis en commun d’ici 2026.

Si les pays baltes demandent de l’aide pour eux, ils ne la refusent pas à l’Ukraine. Et leur contribution va être de taille. Les États-Unis viennent de donner leur accord pour que les trois pays offrent des armements de fabrication américaine aux Ukrainiens. Ce pourrait être notamment des missiles anti-chars. Les Baltes fournissent également d’autres types de matériel militaire non létal, des instructeurs militaires. L’Ukraine et la Lituanie formaient au 15e siècle un seul État. Cette mémoire collective est très ancrée et incite à soutenir Kiev coûte que coûte. La Lituanie, d’ailleurs, a initié l’ouverture d’une mission militaire européenne en Ukraine, surtout de conseil et de formation. Le projet sera discuté en mars 2022.

La Pologne défend une ligne très ferme face à Moscou

Les pourparlers entre les États-Unis, la Russie et l'Ukraine sont également suivis de près par la Pologne. Varsovie est très méfiante à l’égard de son voisin russe et de ses exigences formulées, à Washington, sur le non-élargissement de l’OTAN et le retrait des troupes des pays de l'alliance en Europe orientale.

La Pologne veut afficher son soutien à l’Ukraine, comme en témoigne cette rencontre, jeudi 20 janvier, entre le président polonais et son homologue ukrainien. Les deux hommes ont prévu deux jours de consultations. "L'Ukraine mérite le plein soutien du monde occidental", a déclaré le bureau du président polonais jeudi, estimant que les provocations russes constituaient une énorme menace pour la sécurité d’une grande partie du continent.

De quoi rappeler les inquiétudes polonaises sur la situation en Ukraine et la volonté de Varsovie de prendre part à la recherche de solution.

Le pays insiste pour que l’OSCE, dont fait partie l’Ukraine et que la Pologne préside actuellement, soit également un des canaux de discussion avec la Russie, pour engager un dialogue diplomatique. Cette position a été rappelée plusieurs fois lors d’échanges téléphoniques avec le secrétaire d’État américain, Antony Blinken. Il y en a eu plusieurs ces dernières semaines, signe de l’inquiétude et de l'effervescence de Varsovie. Le dernier date d’il y a quelques jours, une conservation pendant laquelle le secrétaire d'État américain a rassuré la Pologne sur la sécurité sur le sol polonais et en Europe de l'Est. La Pologne a décidé cette semaine de relever le niveau d’alerte en cybersécurité dans le pays, après les attaques sur l’Ukraine.

La Pologne appelle à agir de manière décisive et prône une ligne très ferme face à Moscou. Jeudi encore, le bureau du président polonais a souligné que le pays n’accepterait pas la politique agressive russe et refusait toute concession dans ce domaine. Un peu plus tôt, le Premier ministre appelait l’OTAN à ne pas céder face aux menaces et au chantage russe. Un chantage sur le gaz notamment.

>> Mouvements de troupes en Ukraine : "Tous les préparatifs pour la guerre sont là", estime une historienne spécialiste de la Russie

La Pologne est une fervente opposante au gazoduc Nord Stream 2 qui doit relier la Russie à l’Allemagne, en évitant l’Ukraine. Pour Varsovie, ce gazoduc va entraîner une trop grande dépendance face à Moscou et des risques pour la sécurité de l’Ukraine ainsi qu’une déstabilisation du flanc oriental de l’Otan. Cela revient à remettre une arme entre les mains de Vladimir Poutine et à la pointer vers l’Europe centrale et orientale, a dit le porte-parole du gouvernement polonais. La Pologne appelle donc depuis longtemps à mettre fin au projet, des appels qu’elle a renouvelés dans ce contexte de tensions avec l’Ukraine.

Et la liste des griefs contre Moscou est longue puisque Varsovie a aussi accusé la Russie d’être derrière l’afflux de migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne dans l'intention de déstabiliser l’Europe.

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