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Covid-19 : la question sociale dans trois pays de l'Union européenne à l'heure de la crise sanitaire

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Lors du sommet social au Portugal qui a débuté vendredi, à Porto le 7 mai 2021.
Lors du sommet social au Portugal qui a débuté vendredi, à Porto le 7 mai 2021. (LUIS VIEIRA / POOL / AFP)

Les chefs d'États et de gouvernement de l’Union européenne se réunissent pour un sommet dans la ville portugaise de Porto. L’objectif est de créer une Europe plus sociale après les dégâts provoqués par la pandémie de Covid-19. Direction le Portugal, l’Allemagne et la Grèce.

Au Portugal, le gouvernement espère une issue positive au sommet social

Ce sommet à Porto est considéré comme le temps fort de la présidence portugaise. Elle le prépare avec minutie dans les coulisses, et espère bien aboutir à une déclaration politique des 27 pour entamer le virage social. Le Premier ministre Antonio Costa se dit optimiste sur l’issue positive du sommet. Surtout le Portugais met en avant la tenue concomitante d’un sommet des partenaires sociaux, regroupant les principales fédérations internationales, syndicales et patronales. Le simple fait de les réunir à Porto est le signe d’un changement de paradigme. Le sommet de Goteborg en 2017 qui a lancé les bases du compromis social de l’Union européenne n’avait pas cette dimension. Or même symbolique, une déclaration conjointe des partenaires sociaux sera une véritable avancée

Le projet social européen repose sur trois axes principaux : l’emploi, la formation et l’inclusion sociale. Les objectifs sont ambitieux, un taux d’emploi à 78%, ainsi que 60% des adultes en formation chaque année et la sortie de la pauvreté de 15 millions de personnes par an. On sait que les pays sont divisés sur certains sujets. La Hongrie et la Pologne qui rejettent les références au genre, et 11 pays qui ont rappelés les principes de la souveraineté nationale.

Pour l’équipe d’Antonio Costa, la tâche n’est pas facile et décrocher un engagement politique clair sera prestigieux. Ironie du sort le Portugal se débat actuellement avec une question de foyers d’infection covid au sein de communautés d'ouvriers agricoles immigrés. L’Europe sociale a du pain sur la planche.

En Allemagne, les droits des travailleurs agricoles avancent peu

Dans l'ouest du pays, on parle beaucoup de ces travailleurs et travailleuses agricoles depuis le début de la pandémie de Covid-19. Il n’y a pas une semaine ou presque sans qu’on ait vent d’un scandale lié à ces plus de 300 000 personnes venues d'Europe de l’Est. Des personnes qui viennent récolter des asperges ou des fraises en Allemagne. Il y a des critiques contre notamment les conditions de travail et de logement. Ces salariés précaires sont souvent sans sécurité sociale et, parfois, logés les uns sur les autres dans des conteneurs. La Fédération générale des syndicats allemande appelait récemment encore à une meilleure protection. Mais il n’est pas simple de faire bouger les choses, d'autant plus que beaucoup des salariés ne parlent pas allemand et n’ont souvent aucune idée du droit du travail.

Pression sociale dans l’agriculture et l’agroalimentaire alors que les salariés des secteurs des soins ont, eux, gagné un premier combat. La pandémie et la médiatisation des conditions de travail ont forcément joué un rôle dans les dernières négociations salariales fructueuses. Depuis le mois dernier, les personnels infirmiers du public ont été augmenté. Jusqu’à 10% de plus, prévus en plusieurs fois, pour le personnel de médecine intensive.

Il faut dire que des milliers d’emplois considérés comme trop peu attractifs sont non pourvus dans le domaine des soins et de l’aide aux personnes âgées. La pression s’est accentuée avec la pandémie. Une pression qui a profité lors des négociations salariales, aux près de deux millions de salariés du secteur public : éboueurs, salariés des crèches, pompiers, conducteurs de bus. Ils bénéficient tous depuis peu d’une augmentation. Une augmentation graduelle jusqu’à 4,5% d’ici 2022.

En Grèce, un "retour au Moyen-Âge" selon la gauche

Les Grecs sont descendus massivement dans la rue ces derniers jours pour protester contre un nouveau projet de loi qui remet en cause tous les les acquis sociaux, selon les syndicats. les Grecs sont déterminés à se battre, car, selon des fuites organisées dans la presse la loi qui va être prochainement proposée remet en cause la journée des huit heures de travail, les heures supplémentaires, les conventions collectives au profit des contrats individuels au cas par cas.

Officiellement ce projet devrait créer des emplois, pour ses détracteurs c'est tout le contraire et l'ancien Premier ministre de gauche, Alexis Tsipras était dans la rue, lui aussi, pour soutenir le mouvement. "Ce sera une bataille majeure : la défense des droits des salariés, de la majorité populaire, de la vie et de la dignité. Cette lutte nous la mènerons jusqu'au bout", a lancé Alexis Tsipras.

Pour les conservateurs au pouvoir cette loi répond aux besoins du marché du travail du 21e siècle qui, selon le Premier ministre "a besoin d'une flexibilité du travail". La porte-parole du gouvernement a de son côté déclaré que cette loi protègera du harcèlement sexuel sur les lieux de travail, permettra de pointer même en télétravail, portera la croissance et créera du travail. Des mots qui sonnent faux dans la tête des Grecs qui les ont entendu pendant les dix ans de crise. D'ailleurs, ils ont l'impression d'être à nouveau un laboratoire des politiques libérales. La presse de gauche parle d'un retour au Moyen-Âge, celle de la droite d'une avancée de la compétitivité.

Lors du sommet social au Portugal qui a débuté vendredi, à Porto le 7 mai 2021.
Lors du sommet social au Portugal qui a débuté vendredi, à Porto le 7 mai 2021. (LUIS VIEIRA / POOL / AFP)