Covid-19 : comment l'Afrique du Sud et le Rwanda font face à l'épidémie après la découverte du variant Omicron

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Direction l'Afrique du Sud et le Rwanda pour voir comment ces pays africains aborde la découverte du variant Omicron du coronavirus.

Article rédigé par
Romain Chanson et Laure Broulard - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Des personnes font la queue pour un test PCR de détection du Covid-19 dans un laboratoire à Johannesburg, Afrique du Sud, le 30 novembre 2021. Photo d'illustration. (EMMANUEL CROSET / AFP)

L'Organsiation mondiale de la santé estime que le variant Omicron présente "un rique très élevé" au niveau mondial tout en regrettant dimanche 28 novembre que plusieurs territoires, dont l'Union européenne, ferment leurs frontières aux voyageurs venus d'Afrique australe.

Le Rwanda se barricade

Le gouvernement rwandais a voulu prendre des mesures très rapidement face au variant Omicron. Le président Paul Kagame a organisé un Conseil des ministres extraordinaire dimanche 28 novembre pour discuter de la réponse à donner face au variant Omicron. Résultat, tous les vols directs en direction des pays d’Afrique Australe ont été temporairement suspendus. Les personnes arrivant au Rwanda depuis cette région par des vols indirects ou y ayant voyagé récemment doivent quant à elles respecter une quarantaine de sept jours dans des hôtels désignés par le gouvernement. Cela concerne huit pays dont l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Namibie ou encore le Mozambique.

Le but est, évidemment, d’empêcher l’arrivée du variant Omicron sur le territoire rwandais, puisque pour l’instant les autorités assurent qu’il n’a pas été détecté dans le pays. Reste à savoir quelles sont les capacités de séquençage du laboratoire national pour ce nouveau variant. Rien n’a encore été communiqué à ce sujet. Les autorités misent en tout cas également sur un renforcement des mesures générales de prévention et surtout, ça a été annoncé lundi, sur le lancement d’une campagne pour la troisième dose de vaccin à destination des plus de 50 ans et des personnes souffrants de comorbiditées.

Des mesures fortes qui s’inscrivent dans la lignée d’une politique sanitaire très stricte appliquée par les autorités rwandaises depuis le début de la crise du coronavirus. Il faut rappeler qu’en mars 2020, le Rwanda avait été l’un des premiers pays africain à décréter un confinement total de sa population suivi par près un an et demi de couvre-feu strict. Aujourd’hui encore, le masque est obligatoire dans tous les espaces publics. Côté vaccination, le pays est également parmi les bons élèves du continent. La quasi-totalité de la capitale est déjà vaccinée comme environ 20% de la population de ce petit état de 13 millions d’habitants. Résultat, on compte aujourd’hui moins de vingt nouveaux cas détectés chaque jour et en tout moins de 2 000 décès depuis le début de la pandémie. Reste que cette politique a été très dure pour les ménages, les travailleurs informels et les petites entreprises rwandaises très affectées par les restrictions. Elles semblent en tout cas avoir eu pour but de préserver au maximum des secteurs économiques importants pour la croissance du pays comme le tourisme de luxe et l’organisation de conférences internationales.

L'Afrique du Sud se sent abandonnée

Depuis la découverte par ses scientifiques du variant Omicron, le monde tourne le dos à Pretoria. L'Afrique du Sud a été transparente sur le sujet de ce nouveau variant et se sent punie. On ne connaît pas l'origine du variant Omicron et la crise qu'il risque de provoquer mériterait plus de solidarité estime Pretoria. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa dénonce des mesures discriminatoires et injustes. Il est allé encore un peu plus loin lundi 29 novembre lors d'un sommet Chine-Afrique en appelant à résister aux restrictions de voyages qui servent dit-il à désavantager "les économies en développement". Cela fait écho au message posté sur Facebook du président du Malawi également visé par des restrictions. Lazarus Chakwera compare ces mesures à de l'Afrophobie, une phobie de l'Afrique.

Malheureusement pour lui, les pays africains s'y mettent aussi. Le Maroc, l'Angola, le Rwanda, les Seychelles et l'Île Maurice imposent des restrictions de voyages. Et ça c'est peut-être la goutte de trop. "C'est regrettable, malheureux, je dirais même triste, indique mécontent Clayson Monyela, le porte-parole du département sud-africain des Relations internationales. L'Afrique du Sud vient de faire un don important de vaccins à plusieurs pays africains. Et je vois dans la liste des pays qui imposent des restrictions, ceux qui vont en bénéficier. Ça n'a aucun sens et c'est pourquoi on pense qu'ils doivent revenir sur leur décision immédiatement." L'Afrique du Sud se permet de donner des doses car elle en a trop. C'est la conséquence de l'hésitation vaccinale dans le pays. Seulement un tiers de la population adulte est vaccinée.

Pretoria rappelle que les décisions prises par plusieurs pays de fermer leur frontière avec l'Afrique du Sud ignorent la science. Même son de cloche du côté de l'Organisation mondiale de la santé qui déconseille ces mesures. Si l'on regarde les données dans le pays, certes le taux de vaccination patine, mais il est plus élevé que dans de nombreux pays africains. Les cas de contamination sont en augmentation, mais cela reste faible, plus de 2 000 contaminations par jour comparé, par exemple à la France. Les hôpitaux ne sont pas saturés, il n'y a pas de vague d'hospitalisation, la dangerosité du variant n'a pas été établie. Sans oublier que la variant a déjà échappé à l'Afrique australe. D'expérience dans le pays on sait que les restrictions de voyages imposées par les pays étrangers peuvent s'éterniser, comme oubliées au fond d'un tiroir.

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