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Comment l'inflation touche aussi les États-Unis et l'Argentine ?

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, l'inflation aux états-Unis et en Argentine.

Article rédigé par franceinfo - Loïc Loury et Caroline Vicq
Radio France
Publié
Temps de lecture : 6 min
Une femme fait ses courses dans un supermarché de Monterey Park, en Californie, le 12 avril 2022. (FREDERIC J. BROWN / AFP)

Selon l'Insee, l'inflation en France a atteint 4,5% sur un an en mars 2022. Un niveau inédit depuis les années 1980 alors que l'inflation était déjà de 3,6% en février. Cette augmentation générale des prix se constate à peu près partout dans le monde, focus sur deux pays d'Amériques : Les États-Unis et l'Argentine.

Aux États-Unis, l'inflation ne cesse de grimper depuis un an

L’inflation commence à frapper durement les ménages américains. Elle a atteint au mois de mars 2022 son plus haut niveau depuis décembre 1981. Les prix à la consommation ont encore augmenté de 8,5% par rapport à mars 2021. Tous les postes de dépenses sont affectés. Il y a notamment les carburants avec les prix de l’essence (+48%), la nourriture (+9%), les véhicules neufs (+12,5%) ou encore les voitures d’occasion qui ont aussi vu leur prix bondir d’un tiers. Depuis un an, l’inflation ne cesse de grimper aux États-Unis. La reprise économique post-Covid est en cause, sans parler des conséquences de la guerre en Ukraine. Joe Biden l’a d’ailleurs souligné récemment :

"Le budget de votre famille, votre capacité à faire votre plein d’essence. Rien de tout cela, ne devrait dépendre du fait qu'un dictateur déclare la guerre et commet un génocide à l'autre bout du monde."

Joe Biden, président des États-Unis

Le président américain est déjà à la peine dans les sondages et il est encore affaibli par cette augmentation du coût de la vie. Joe Biden pourrait se réjouir d’un taux de chômage particulièrement bas et la Maison Blanche tente de le mettre en avant mais le message ne passe pas auprès de l’opinion. Cette flambée des prix est un gros caillou politiquement dans la chaussure de Joe Biden dont le taux d’approbation tourne autour de 42 à 43%. Un chiffre insuffisant à sept mois des élections de mi-mandat. Le patron de la Maison Blanche a bien essayé de réagir. Il a d’abord annoncé des prélèvements historiques dans les réserves stratégiques de pétrole aux États-Unis pour faire baisser le prix de l’essence. Il a dévoilé dernièrement, le 12 avril, des initiatives visant à accroitre l’utilisation et la production de biocarburant  Mais Joe Biden est désormais à court de moyens pour juguler cet "effet Poutine" sur l’inflation, comme l’appelle la Maison Blanche. La balle est dans le camp de la Fed, la banque centrale américaine, qui pourrait augmenter ses taux d’intérêt d’un demi-point au début du mois de mai.

En Argentine, les habitants habitués à une forte inflation

La guerre en Ukraine et l’inflation globale a certes de lourdes conséquences sur les prix en Argentine mais ce n'est pas nouveau. Depuis 14 ans, l’Argentine a un taux d’inflation annuel à deux chiffres et les habitants se sont habitués à vivre avec. Le problème de l’inflation dans ce pays a plusieurs causes. D’abord, l’économie dollarisée qui génère souvent des dévaluations du peso. Ensuite, l’émission monétaire car face aux fortes dépenses publiques et aux faibles réserves de devises, l’une des solutions est d’imprimer des billets. Ce qui a été fait par l’actuel président Alberto Fernandez par exemple durant la pandémie de Covid-19. Enfin, l’autre problème concerne l’endettement. Une autre solution face au déficit fiscal est la voie choisie par le président Macri en 2018 qui a fait appel au Fonds monétaire international pour un prêt de 45 milliards de dollars, censé faire baisser l’inflation mais qui a finalement eu l’effet inverse. 

En réalité, cet accord du FMI est un poids pour l’économie argentine qui limite la marge de manœuvre du gouvernement qui ne peut pas agir comme il le souhaite.  Car en échange du prêt, le fonds monétaire exige certaines conditions. Il oblige par exemple le gouvernement à réduire son déficit fiscal et son émission monétaire, et à augmenter ses taux d’intérêt. L’intention de l’organisme international à travers ces mesures d’austérité est de permettre à l'Argentine d’ordonner ses variables macroéconomiques dans la lutte contre l’inflation. Un objectif qui pour le moment n’a pas pu être atteint car en 2021, le taux d’inflation s’est élevé à 50,9%.

Il semble que le gouvernement cumule les difficultés et ait du mal à contrôler les prix. D’ailleurs Les Argentins sont habitués à comparer les prix, guetter les réductions des supermarchés et faire une sorte d’étude de marché avant d’acheter. Les fruits et légumes, le pain, les pâtes, le bœuf sont aujourd’hui particulièrement touchés par l’inflation. Car en Argentine, les tarifs ne sont pas régulés, chose qu’Alberto Fernandez compte changer à travers un projet de loi qui sera bientôt présenté au Congrès. Aujourd'hui, les grands monopoles alimentaires se chargent eux-mêmes de fixer les prix, les petits commerces eux augmentent leurs tarifs à leur guise. Entre le manque de régulation, les difficultés internes, l’inertie inflationniste, les spéculations et les effets de la guerre, les prix ne cessent de grimper et les Argentins s’adaptent. En janvier, l’objectif de l’inflation de 2022 du gouvernement était d’arriver à 33%.  Mais en seulement trois mois, on a déjà atteint 15%.

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