Agressions et menaces contre les élus : aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, les faits se multiplient

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction les Pays-Bas et le Royaume-Uni où, à l'image de la France, les agressions envers les élus sont également plus nombreuses.

Article rédigé par
Laura Kalmus - Pierre Benazet
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson aux obsèques du député conservateur David Amess, assassiné le 15 octobre 2021, dans l'abbaye de Westminster à Londres le 23 novembre 2021. (STEFAN ROUSSEAU / POOL via AFP)

Alors qu'en France les menaces de morts contre les élus se multiplient - 15 personnes ont été interpellées en six mois a-t-on appris mercredi 12 janvier - et que plusieurs d'entre eux ont témoigné de faits d'agressions, obligeant la classe politique à réagir, qu'en est-il chez nos voisins européens ? Certains d'entre eux sont confrontés au même phénomène. Comme par exemple aux Pays-Bas où la prise de conscience remonte à l’assassinat d’un leader populiste il y a vingt ans, ou en Grande-Bretagne : 60% des députés ont contacté la police pour des menaces en 2020.

40% des élus des Pays-Bas ont subi des violences et des agressions


L’affaire remonte à 2002 : Pim Fortuyn, leader populiste, est assassiné à Hilversum à sa sortie d’un studio de télévision. Lors du procès, l’assassin s'était justifié en rappelant que Pim Fortuyn avait désigné les musulmans comme boucs émissaires dans le cadre de sa rhétorique anti-immigrants. Cet assassinat a d’autant plus provoqué une onde de choc aux Pays-Bas que le précédent assassinat politique remontait à 1672.

Et deux ans plus tard – même s’il ne s’agissait pas d’un responsable politique – l’assassinat du réalisateur Théo van Gogh par un terroriste islamiste a fait émerger chez les néerlandais l’idée que la tradition de dialogue et de consensus profondément ancrée dans la culture batave avait été remplacée par la violence. Sur le corps de Théo van Gogh figurait d’ailleurs une liste de cibles potentielles, dont en premier lieu Ayaan Hirsi Ali, à l’époque députée du parti travailliste 
 
Mais vingt ans plus tard, cet assassinat politique reste un fait isolé aux Pays-Bas. En revanche, la violence envers les mandataires publics a largement augmenté. Et des faits récents viennent à nouveau de le rappeler. Il y a une semaine, la police a arrêté un homme de 29 ans devant le domicile de la ministre des Finances, Sigrid Kaag, contre laquelle il proférait des menaces, une torche enflammée à la main. Et l’incident n’est pas isolé puisque le ministre chargé de la défense des Droits avait lui aussi subi des menaces à son domicile en décembre. Vendredi 7 janvier, un rappeur du nom de Convex Kafka a été condamné à sept semaines de prison dont trois ferme pour avoir appelé à la violence physique contre le Premier ministre et le ministre de la Santé. Ces menaces sont en particulier le lot quotidien de Geert Wilders, le chef de file du parti pour la liberté, ouvertement opposé à l’immigration et à l’Islam et qui vit depuis des années sous protection policière permanente . 
 
Si ce ne sont pas des faits isolés, c'est parce qu'ils concernent en fait aux Pays-Bas l’ensemble des élus. Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 40% d’entre eux ont eu à subir des violences et des agressions, contre 29% il y a quatre ans. Des agressions verbales par exemple, de plus en plus répandues sur les réseaux sociaux. Elles concernent aussi bien le niveau communal que provincial, l’équivalent de nos départements. Plus de 600 signalements ont été déposés en un an auprès d’une nouvelle unité, baptisée "Violence à l’encontre de politiciens". Un projet de loi a été déposé pour doubler de deux à quatre ans la peine maximale encourue pour menaces à l’encontre des maires et autres élus locaux.

Au Royaume-Uni, le budget pour la sécurité des députés multiplié par quatre

Au Royaume-Uni, les violences contre les députés sont aussi un sujet récurrent. Deux exemples, parmi les plus graves, que les Britanniques ont bien en tête : Joe Cox, députée travailliste tuée une semaine avant le référendum sur le Brexit en 2016, et David Amess, mortellement poignardé en octobre dernier. Alors depuis, le dispositif de securité des députés britanniques est souvent discuté et toutes les options sont sur la table. 
 
Ce jour-là, dans la ville de Leigh-On-Sean, à une heure de Londres, un député conservateur, David Amess, tenait une permanence parlementaire dans une église lorsqu’il a été sauvagement poignardé par un homme de 25 ans, accusé de meurtre et de préparation d'actes terroristes. L'homme a décidé de plaider non coupable.
 
Depuis, la ministre de l’Intérieur Priti Patel a promis de mettre en place de nouvelles mesures. Une protection policière lors des permanences parlementaires est l’une des solutions privilégiées, mais l’opposition pense que cela intimiderait les électeurs. Pour le moment, il n'y a  pas de plan national mis en place même si de nombreux députés se disent très inquiets pour leur sécurité. Certains ont reçu des menaces de morts par email, des intimidations et se font parfois harceler sur les réseaux sociaux pendant plusieurs années. Plusieurs députés se sont dotés d’un "panic button" , un "beeper" permettant d’appeler la police rapidement en cas d’agression.


Récemment, ce sont évidemment le Covid et la vaccination qui ont provoqué des violences verbales. Chris Whitty, le conseiller médical du gouvernement, s’est fait traiter en pleine rue de "menteur", qui divulguerait de fausses informations à la télévision. Le ministre de la Santé d’Irlande du Nord a quant à lui décidé de renforcer la securité chez lui, pour protéger ses jeunes enfants, suite aux nombreuse menaces.

Avant ça, c'est le Brexit qui avait généré des tensions. Les agressions avaient été nombreuses pendant les années de négociation de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. En commençant par Joe Cox, cette députée travailliste froidement tuée en plein rue par un extrêmiste de droite, alors qu’elle faisait campagne contre le Brexit. Résultat : le budget pour la sécurité des députés britanniques a explosé. Il est passé de 200 000 euros en 2015 contre plus de quatre millions en 2019. Et le nombre d'agressions ne cesse d'augmenter : selon une étude de la  BBC, l’an dernier, 60% des députés ont contacté la police après avoir recu des menaces.


 

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