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Afghanistan : en Europe, l'Autriche comme la Grèce refusent d'accueillir de nouveaux réfugiés

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui l'Autriche et la Grèce refusent toutes deux d'accueillir des réfugiés afghans.

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Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis le 12 août 2021 à Athènes.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis le 12 août 2021 à Athènes. (MENELAOS MYRILLAS / SOOC)

Alors que les dernières troupes américaines ont quitté l'Afghanistan lundi 30 août au soir, laissant le pays aux mains des talibans, plus de 123 000 civils, notamment afghans, ont été exfiltrés du pays par les Etats-Unis et leurs alliés. Des réfugiés qu'il faut désormais accueillir, notamment en Europe. Quelle est l'attitude de l'Autriche et de la Grèce face à ce vaste mouvement de population ?

>> Retrouvez toutes les dernières informations sur la situation en Afghanistan après le retrait des troupes américaines

En Autriche, pas question d’accueillir davantage de réfugiés afghans

Le chancelier conservateur Sebastian Kurz a été clair. Il ne cesse de rappeler que l’Autriche a déjà accueilli plus de 40 000 réfugiés afghans, un effort "disproportionné" selon lui. Il insiste également sur l’intégration de cette communauté qu’il juge "difficile". C’est pourquoi il promet que sous son mandat, son pays n’accueillera pas davantage de personnes. Les conservateurs plaident plutôt pour une aide sur place et ont d'ailleurs annoncé que 18 millions d’euros seraient ainsi débloqués pour l’Afghanistan. Ces fonds devraient avant tout profiter aux organisations qui soutiennent les femmes. Le gouvernement plaide également pour la mise en place rapide d’une conférence des donateurs de l’ONU afin de coordonner cette aide sur place.

Mais cette position est critiquée par une partie de l’opposition. Le maire social-démocrate de Vienne a d’ores et déjà annoncé que la capitale était prête à accueillir les réfugiés afghans qui défendent des valeurs démocratiques. Plusieurs ONG tentent également de mobiliser l’opinion publique sur cette question.

Fait rare, la semaine dernière le président de la République, l’écologiste Alexander Van der Bellen, qui se présente lui-même comme un "fils de réfugié", a tenu à réagir en rappelant les valeurs de l’Union européenne. "Je pense personnellement que l’Europe et les États membres ont une obligation légale, morale et politique d'assumer leurs responsabilités, ce qui signifie offrir un refuge aux personnes obligées de quitter leur pays, a-t-il déclaré, Cela inclut les femmes, ceux qui ont travaillé pour des États membres de l'Union européenne et ont été nos amis et alliés pendant de nombreuses années." À l’instar d’Alexander Van der Bellen, les Verts qui gouvernent avec les conservateurs plaident pour un accueil humanitaire des réfugiés. Ils ignorent s'ils pourront infléchir la position de Sebastian Kurz mais ils promettent de ne pas rester silencieux.

En Grèce, tous les migrants sont "indésirables"

Plus d'un million et demi de demandeurs et demandeuses d'asile sont passés par la Grèce en 2015. Le pays était alors en pleine crise économique, politique et sociale et n'avait pas du tout les moyens de faire face à cette situation. La crise migratoire s'est stabilisée depuis, mais le gouvernement grec actuel ne veut pour rien au monde revivre la même situation.

Le Premier ministre ultralibéral Kyriakos Mitsotakis se prépare depuis plusieurs mois à faire face à une nouvelle vague d'immigration bien avant la crise afghane, car il redoutait une nouvelle instrumentalisation des migrants à ses frontières par la Turquie. La crise afghane n'a donc fait qu'accélérer ce processus. Dès son arrivée au pouvoir, Kyriakos Mitsotakis a suspendu l'accès aux soins pour les réfugiés. Devant le tollé général, il a dû faire marche arrière, mais en contrepartie, il a rendu très difficile le travail des ONG et l'accès au droit d'asile, tout en criminalisant l'aide humanitaire. Récemment, cinq demandeurs d'asile arrivés à l'île de Chios se sont vu infliger une amende de 5 000 euros chacun, car ils auraient dû faire un test Covid avant de s'embarquer pour la Grèce. Ce montant sera déduit des allocations qui doivent leur être versées. La Turquie a également été déclarée "pays sûr" pour le renvoi des migrants déboutés. Enfin, depuis le mois de juin, tous les camps de migrants ont été entourés de hauts murs et toutes les frontières renforcées.

Mardi 31 août au matin, Kyriakos Mitsotakis a opéré un remaniement ministériel. Il a nommé entre autres un nouveau ministre de la Santé, Athanassios Plevris, ce qui porte à quatre les ministres d'extrême droite au gouvernement. Plevris appelait au début de la crise migratoire à ce que des unités de l'armée soient déployées aux frontières pour refouler les migrants par tous les moyens, y compris "mortels". En 2011, il voulait aussi les priver d'eau et de nourriture afin "qu'ils comprennent qu'en Grèce, leur situation sera bien pire que dans le pays qu'ils fuient". Sa promotion au ministère de la Santé donne une indication sur la direction que le gouvernement Mitsotakis pourrait adopter en la matière.

Fait notable : la crise afghane a rapproché la Grèce et la Turquie, qui étaient pourtant jusque là dans un conflit larvé. Athènes et Ankara ont demandé que l'Union européenne soutienne financièrement les pays limitrophes de l'Afghanistan. Les deux pays ont également déclaré qu'il n'était absolument pas question pour eux d'accueillir ne serait ce qu'un ou qu'une réfugié de plus. Ankara refuse, alors qu'elle y est obligée aux termes de l'accord signé avec l'Union européenne en mars 2016, de recevoir les réfugiés déboutés de leur droit d'asile en Grèce. Cela ne va en réalité que compliquer le problème.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis le 12 août 2021 à Athènes.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis le 12 août 2021 à Athènes. (MENELAOS MYRILLAS / SOOC)