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VIDEO. "Black lives matter", incitation à filmer les interpellations, demande de réforme de la police... Comment la mort de George Floyd a ébranlé l'Amérique

Neuf mois après la mort de George Floyd, le procès du policier accusé de l'avoir tué débute lundi 8 mars à Minneapolis et s'annonce exceptionnel à tous les égards. Derek Chauvin risque 40 ans de prison. 

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Le portrait de George Floyd trône aujourd\'hui à l\'angle de la 38e et de Chicago avenue à Minneapolis, où il a été tué lors d\'une interpellation par la police. 
Le portrait de George Floyd trône aujourd'hui à l'angle de la 38e et de Chicago avenue à Minneapolis, où il a été tué lors d'une interpellation par la police.  (CLAUDE GUIBAL / RADIO FRANCE)

La mort de George Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans asphyxié en pleine rue le 25 mai 2020 lors d'un contrôle de police filmé par une passante, a bouleversé l'Amérique et réveillé le mouvement "Black Lives Matter". Aux États-Unis d'abord, où l'affaire a notamment pesé sur la dernière campagne présidentielle, mais aussi partout dans le monde, où des millions de manifestants sont descendus dans les rues pour demander la fin des violences policières et des inégalités raciales. 

Ce n'est donc pas uniquement le procès de Derek Chauvin, policier blanc de 44 ans accusé d'avoir tué Floyd, qui s'ouvre lundi 8 mars à Minneapolis, mais bien celui de toute une institution.

Bryonna Taylor, Trevon Martin... Le nom George Floyd s'ajoute à une très longue liste. Plus de 1 000 personnes sont tuées chaque année par la police américaine, principalement des noirs. "Mon fils a été tué par un policier il y a vingt-quatre ans. Six balles dans le corps, on lui a tiré dans le dos", témoigne la mère de Jaffrot Smith, dont la douleur est toujours aussi grande. Celle de la mère de Justin Tiger, battu à mort par la police de Saint-Paul et jeté dans une benne à ordure en août 2019, est toute aussi vive. "On est épuisées, épuisées de pleurer, de demander du changement, d'être ignorées !" lance-t-elle sans pouvoir contenir son émotion. 

"Avec ce qui est arrivé à George Floyd, on ne nous fera plus taire ! Ils ne pourront plus cacher ces meurtres !"

La mère de Jaffrot Smith, battu à mort par la police en 2019

à franceinfo

Pour lutter contre les violences policières, de nombreuses réformes ont été réclamées. Davantage de diversité, une meilleure formation des policiers, des ateliers contre les préjugés raciaux. Robert Marvin est agacé. Lui, c'est un "Trump guy", comme il dit, fan de Donald Trump, qui pendant toute la campagne s'est posé en défenseur de la police, la loi et l'ordre. "Ils ne sont pas tous racistes. Ce n'est pas parce que vous n'aimez pas les flics qu'il faut dire qu'ils sont racistes ou penser que que tous les flics sont des salauds, argue Robert. Faut pas dire que tous sont mauvais, qu'il faut se débarrasser d'eux, que ce sont tous le diable, qu'il faut leur couper les fonds. Ils ne sont pas tous si mauvais."

"Vous prenez 100 flics pour voir s'il y a des racistes parmi eux, vous en trouverez quoi... une dizaine ?"

Robert Marvin, un "Trump guy" de Minneapolis

à franceinfo

Couper les fonds, diminuer les budgets, c'est ce que beaucoup de manifestants réclament pourtant aujourd'hui. C'est au cœur des questions de réforme de la police dont le budget a triplé en 40 ans pour atteindre 115 milliards de dollars aujourd'hui. Certains estiment qu'une grande partie de ces budgets devraient être réaffectée à d'autres secteurs comme la santé, l'éducation, le logement, les travailleurs sociaux.

Manifestation du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis après la mort de George Floyd. 
Manifestation du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis après la mort de George Floyd.  (CLAUDE GUIBAL / RADIO FRANCE)

Michelle Gross dirige à une association contre les violences policières. Pour elle, il faut réduire le nombre de policiers. Mais pas seulement. "Le problème, c'est l'impunité. Il [Derek Chauvin] a tué George Floyd avec un sourire narquois face à la caméra. Il l'a fait parce qu'il savait qu'il ne risquait rien, explique-t-elle. Ce qu'il a fait, il l'avait fait à sept autres personnes avant, mais monsieur Floyd est le seul à en être mort."

"Il y a eu 18 plaintes déposées contre Derek Chauvin, sans jamais de conséquences. Même pas un conseil de discipline." 

Michelle Gross, présidente d'une association contre les violences policières

à franceinfo

Et pour lutter contre l'impunité, il y a désormais une nouvelle arme : le smartphone. Les associations de droit civiques incitent les gens à filmer et diffuser tout comportement anormal de la police. C'est d'ailleurs parce qu'une jeune fille a filmé la mort de George Floyd que Derek Chauvin a pu être arrêté. Au carrefour où il a été tué, à l'angle de la 38e et de Chicago avenue, Cortez est venu se recueillir. "En tant que noir, je passe mon temps à regarder par-dessus mon épaule. La nuit, je  suis mort de peur, le jour aussi maintenant", dit-il.

"Il faut toujours avoir son téléphone sur soi, pour tout enregistrer."

Cortez, un habitant afro-américain de Minneapolis

à franceinfo

"Ce n'est pas nouveau, ça dure depuis si longtemps, mais là ça devient sérieux, parce que quelqu'un est mort comme ça, et il se trouve que cette fois-ci, ça a été filmé. Et maintenant qu'on a enregistré ça, on veut voir ce que le système judiciaire est prêt à faire", poursuit Cortez. 

Cortez et sa famille sont venus se recueillir sur le mémorial de Georges Floyd, à Minneapolis. 
Cortez et sa famille sont venus se recueillir sur le mémorial de Georges Floyd, à Minneapolis.  (CLAUDE GUIBAL / RADIO FRANCE)

Savoir si le système judiciaire est prêt à punir un policier blanc pour le meurtre d'un noir, c'est toute la question de ce procès historique pour l'Amérique qui s'ouvre aujourd'hui à Minneapolis. Derek Chauvin risque 40 ans de prison. 

Le portrait de George Floyd trône aujourd\'hui à l\'angle de la 38e et de Chicago avenue à Minneapolis, où il a été tué lors d\'une interpellation par la police. 
Le portrait de George Floyd trône aujourd'hui à l'angle de la 38e et de Chicago avenue à Minneapolis, où il a été tué lors d'une interpellation par la police.  (CLAUDE GUIBAL / RADIO FRANCE)