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Vaccin contre le Covid-19 : une maigre éclaircie dans une vie rétrécie pour les personnes isolées dépendantes de plus de 75 ans

Les personnes âgées de 75 ans et plus qui ne résident pas en Ehpad peuvent recevoir une première injection du vaccin contre le Covid-19, à partir de lundi. Qu'attendent les aînés dépendants et isolés ? franceinfo a rencontré des retraités en Meurthe-et-Moselle.

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Vaccination contre le Covid-19 au Centre des congrès Prouvé, à Nancy, le 13 janvier 2021.
Vaccination contre le Covid-19 au Centre des congrès Prouvé, à Nancy, le 13 janvier 2021. (ALEXANDRE MARCHI / PHOTOPQR / L'EST REPUBLICAIN / MAXPPP)

Un vaccin, même quand la vie s'étiole. Danielle a 83 ans : "Moi, la vaccination, si c'est pour faire du bien, ma foi, on y va ! Le docteur me rappellera dans quinze jours, qu'il m'a dit." Elle habite dans un village de 400 habitants, à dix kilomètres de Lunéville, en Meurthe-et-Moselle, et elle a pris rendez-vous jeudi dernier. Elle sera parmi les premiers à se joindre à la campagne de vaccination pour les plus de 75 ans et les personnes à haut risque qui démarre lundi 18 janvier. Comment se faire vacciner contre le Covid-19 quand on a plus de 75 ans et qu'on est dépendant et isolé ? Jusqu'ici, c'est le vaccin qui allait vers les personnes à vacciner, la campagne vaccinale était réservée aux résidents d'Ehpad et au personnel soignant.

Pour se rendre au centre de vaccination, Danielle sera accompagnée d’une aide à domicile. Depuis son AVC, elle a du mal à lire, à marcher. Elle va au bout du jardin et rentre se reposer. "Je n'espère qu'une chose, c'est la mort. Vous voyez le moral ? Danielle reconnaît le paradoxe de vouloir se faire vacciner tout en envisageant sa propre fin. "Je sais bien... Ce que je dis, je le regrette, pour mes enfants. Maintenant, qu'est-ce que je fais là ? Qu'est-ce que je fais là ? Rien."  Danielle reçoit la visite d’une aide à domicile trois fois par jour. Nathalie Ferrari travaille pour l’Aide à domicile en milieu rural (ADMR), un réseau associatif de services à la personne. "On était à Thiébauménil, là on est à Marainviller. On voit la détresse des gens face à ça. La souffrance morale, la souffrance physique. Ils vivent seuls, déjà, il y a plus de conjoints, donc un peu moins de visites et surtout moins de sorties." 

"On ne fait plus rien, on ne vaut plus rien"

C'est le cas de Pierrot, 78 ans. C'est un ancien chauffeur routier. Une de ses jambes est amputée, il a deux prothèses de hanche et deux prothèses d’épaule. Ces dix derniers mois, il n’est sorti que pour des rendez-vous médicaux. Avant, il allait au moins faire ses courses avec son aide à domicile : "Ecoutez voir, je vais vous dire une bonne chose : on rend des services, et tout... mais une fois qu'on ne fait plus rien, on ne vaut plus rien."

Pierrot ira se faire vacciner en ambulance. Les pompiers seront également mobilisés dans le département. Pas très loin de chez lui, il y a Simone qui regarde une messe à la télévision. Simone n’a pas besoin d’ambulances ou d’aides à domicile pour aller se faire vacciner, c’est son fils qui l’emmènera. Cette vaccination elle l’attend avec impatience : "On a été privés de beaucoup, beaucoup de choses. Il n'y a pas de doute. Ça fait un vide autour de soi étant donné que l'on ne peut plus se rencontrer. J'avais quand même des visites assez régulièrement, les amis de la chorale... Ça manque, beaucoup."

"Il faut en finir avec ce truc !"

En ville, à Nancy, la vaccination a commencé la semaine dernière. C'est le cas de ce centre situé près de la gare. Marie-Rose a trouvé une solution, elle est venue avec le gardien de sa résidence. "J'ai le tram en face de chez moi, à l'arrêt, et ici, c'est pas loin. Mais il fallait quand même quelqu'un. Monsieur a eu l'amabilité de m'accompagner. Il faut en finir avec ce truc !"

Pour ceux qui ne peuvent pas être accompagnés, la métropole nancéenne met en place dès cette semaine des bus à la demande. La docteur Eliane Abraham, gériatre, pilote les équipes mobiles : "J'apprécie vraiment cette mobilisation pour les plus fragiles d'entre nous. C'est à remarquer. Peut-être que dans d'autres endroits où l'on vaccine plus vite on ne va pas au fond des choses, comme on est en train de la faire maintenant."

Dans les cas les plus rares, la vaccination à domicile est également envisagée. Toutes ces solutions l'aide à domicile, les ambulances, les pompiers, les bus c'est pour faire en sorte que toutes ces personnes âgées puissent enfin retrouver un peu de leur vie d'avant. "Quand ? souffle Danielle. Oui, quand tout le monde sera vacciné... Ce n'est pas demain la veille !"

Vaccination contre le Covid-19 au Centre des congrès Prouvé, à Nancy, le 13 janvier 2021.
Vaccination contre le Covid-19 au Centre des congrès Prouvé, à Nancy, le 13 janvier 2021. (ALEXANDRE MARCHI / PHOTOPQR / L'EST REPUBLICAIN / MAXPPP)