Tests PCR quotidiens, déplacements limités, confinements... En Chine, la politique zéro Covid de plus en plus contestée par la population

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À l’approche du grand congrès du Parti communiste, organisé le 16 octobre, les Chinois sont toujours davantage confrontés aux restrictions sanitaires. Et ils ont de plus en plus de mal à supporter ces contraintes.

Article rédigé par
Sébastien Berriot - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un test de dépistage Covid effectué sur un jeune homme. (JIN YUNGUO / AVALON / MAXPPP)

Entre dépistages permanents pour 1,4 milliard de personnes et confinements à répétition, les effets de la stratégie zéro Covid paraissent interminables. Beaucoup de Chinois n’hésitent plus à exprimer leur colère. 

>> Chine : des barrages sanitaires sur les autoroutes pour limiter la propagation du Covid-19 à l'approche du congrès du Parti communiste

Une vidéo, postée par une jeune maman, a fait le tour des réseaux sociaux. Elle ne supporte plus de voir son fils de 8 ans testé tous les jours dans la gorge. "Je suis la maman d'un élève d’une école primaire de Shanghai et je demande l'annulation des tests PCR quotidiens pour les élèves. Il y a toujours zéro cas de Covid, alors pourquoi les enfants sont testés chaque jour ? Même les adultes n’ont pas besoin de ça pour prendre le métro ou aller au bureau. Puis-je demander à l’administration de l'éducation de Shanghai en vertu de quel article faites-vous passer aux enfants des tests quotidiens ?", déplore-t-elle. Et elle insiste : "Le bureau de l'éducatiuon n'est pas autorisé à établir sa propre politique de prévention et à renforcer les restrictions. Est-ce que c'est légal ?"

"Cela représente un risque pour la santé des enfants, avec des produits chimiques qu’on leur met tous les jours dans la bouche."

Une jeune maman

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La colère prend une tournure politique

Un habitant de Pékin, qui a voulu rester anonyme, refuse de faire les tests parce que, selon lui, toutes ces restrictions sanitaires sont une manière de renforcer la surveillance sur la population. "Nous savons tous que se cache une volonté de contrôle et de totalitarisme. Tous ces tests et ces codes sanitaires constituent une atteinte à la vie privée et à la dignité", explique-t-il." D’après moi, environ un cinquième de la population de Pékin n’accepte pas ces tests permanents dans leur vie quotidienne. Dans les campagnes, cette résistance est beaucoup plus difficile. Les villages sont contrôlés strictement et la punition est plus dure qu’à Pékin", ajoute-t-il.

Avec les confinements, les Chinois ne peuvent pas vivre normalement, ni travailler et gagner leur vie. Ce chauffeur qui travaille à Pékin, et qui habite dans la province voisine du Hebei, ne peut plus aller à son entreprise à chaque apparition de cas de Covid. "J’ai été confiné au total presque deux mois depuis le Nouvel An chinois. Je trouve que les mesures sanitaires sont exagérées par le gouvernement local. Les gens ont des crédits d’appartement, il faut nourrir la famille, les gens sont angoissés. Certains, déprimés, se sont suicidés. Il y a eu un cas dans notre résidence", confie-t-il.

"J’ai peur de rentrer chez moi le soir parce que, s'il y a des cas, le bus s’arrête à la frontière entre Pékin et la province du Hebei et, après, je dois marcher environ une heure pour rentrer chez moi."

Un chauffeur

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Des déplacements extrêmement limités

Non seulement les Chinois n’ont plus le droit de voyager à l’étranger mais, à l’intérieur du pays, c’est également devenu presque impossible. Avec les restrictions sanitaires, les vacances à l’autre bout de la Chine peuvent se transformer en véritable cauchemar. Peter Chao en a fait l’expérience. Ce Pékinois est parti dans le sud du pays pour un séjour au Club Med avec son fils de 6 ans. Il s’est retrouvé confiné sur place. Une expérience traumatisante.  

"Mon moral était au plus bas parce que personne ne nous a dit ce qui allait nous arriver, combien de temps nous allions rester. J’ai vraiment eu beaucoup d’angoisses parce qu’on ne pouvait pas sortir de la chambre. Les consignes et les ordres arrivaient par haut-parleur. Leur attitude était comme dans une prison. J'ai eu l’impression de ressentir ce que mes parents ont vécu pendant la Révolution culturelle. Maintenant, je ne veux plus voyager", avoue-t-il.

Les autorités ont bien perçu la colère et l’exaspération d’une partie de la population. Les commentaires contre la politique zéro Covid sont systématiquement censurés sur les réseaux sociaux. À plusieurs reprises, ces derniers jours, des gouvernements locaux ont officiellement présenté leurs excuses après des abus. Mais pas de quoi calmer la lassitude de nombreux Chinois.

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