Sans-abri : le "miracle finlandais"

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En France, les associations vont recenser une nouvelle fois le nombre de sans-abri, jeudi 20 janvier, à l’occasion de la nuit de la solidarité. En Finlande, le nombre des personnes sans-abri a été divisé par trois en dix ans. Et cela permet de faire des économies pour les finances publiques.

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Radio France
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Tuija Laakso, travailleuse sociale pour l'Armée du salut et un ancien sans-abri, en Finlande janvier 2022. (VALENTIN DUNATE / RADIO FRANCE)

La nuit de la solidarité se déroulera dans la soirée du jeudi 20 janvier. Une occasion de recenser les sans-abri en France. Ils étaient près de 300 000 en 2020 selon la fondation Abbé Pierre, deux fois plus qu’il y a dix ans. Un pays d’Europe a, lui, réussi à inverser la tendance.

En Finlande, le nombre de sans-abri a été divisé par trois en douze ans. Pour y arriver, le pays a d'abord trouvé ou plutôt construit un toit aux sans-abri. Au lieu de les laisser dehors ou de leur fournir un hébergement pour la nuit, l’État a bâti et rénové plus de 30 000 logements depuis 2008. Pour les Finlandais, la seule manière de les aider à se réinsérer est de leur proposer un vrai logement.

Un lieu pour une seconde chance

Exemple, à 20 km d’Helsinki où nous avons rencontré un Français, expatrié en Finlande. Il a perdu son travail et son logement il y a huit ans. "C'est un appartement tout équipé avec un salon et une chambre, indique-t-il en nous faisant visiter son appartement. Dans la résidence, il y a un sauna et on a un lac. Tout le monde dans ce bâtiment à un balcon."

Dans cette résidence chacun paye en fonction de ses moyens. Un lieu vraiment très agréable qui a donc pour objectif de donner une seconde chance aux sans-abri. "Si je n'avais pas été en Finlande quand j'ai commencé à avoir tous mes problèmes, je serais probablement mort", confie un homme. Les "problèmes" dont il parle ont commencé en 2013 après une séparation. Il est tombé dans la dépression, l’alcool et la drogue. Il nous explique qu’il dormait dans la rue, parfois dans des conditions très difficiles – en Finlande, il peut faire -20 °C en hiver - jusqu’au jour où les services sociaux lui ont trouvé ce logement.

"Je me souviens parfaitement du jour où je suis arrivé ici, ce sera dans mon cœur à tout jamais, c'était le 1er décembre 2015."

Un ancien sans-abri

"Après deux ou trois ans à vivre avec des gens qui avaient les mêmes problèmes que moi, avoir cette opportunité de venir dans mon propre appartement, être sûr que personne ne va me dégager d'ici et que je peux y trouver de l'aide, m'a permis de réaliser que j'étais important pour ceux qui m'ont tendu la main donc que je devais être aussi important pour moi", explique l'ancien sans-abri. Sept ans après son arrivée, il ne boit plus, a plusieurs diplômes et a même trouvé un petit boulot.

Ne pas accepter la fatalité

Une réussite, mais si cette formule fonctionne ce n'est pas uniquement grâce au logement. L'appartement est la base, c'est ce qui donne l’impulsion. Ensuite, il y a tout un accompagnement. Dans cette résidence par exemple, il y a des travailleurs sociaux comme Tuija Laakso de l’Armée du salut. Elle est là pour aider toutes ces personnes au niveau social ou psychologique. "Je ne pourrais pas faire ce travail si je ne voyais pas comment toutes ces personnes dans ces résidences évoluent et dépassent leurs problèmes", raconte la travailleuse sociale. 

"Dans cette résidence, ils se prennent en main et construisent leurs rêves grâce à notre aide et à ce logement."

Tuija Laakso, Armée du salut

à franceinfo

Cette Finlandaise signale "que dans le pays les appartements sont très chers et donc c'est pour eux vraiment difficile de quitter la résidence. Mais c'est pour ça que je fais ce travail. Je ne peux pas imaginer quoi que ce soit de plus gratifiant que de voir ces personnes qui étaient à la rue progresser et partir d'ici." Un discours sincère de la part de Tuija Laakso. Son souhait - qui est aussi celui des politiques finlandais - est de ne pas accepter la fatalité. Le résultat est sans appel : en 2008, il y avait 18 000 sans-abri, ils sont moins de 5 000 désormais.

Une politique qui rapporte de l'argent à l'État

Une politique qui a un prix et coûte à l’État finlandais 30 millions d’euros par an environ. Mais ce qui est étonnant, est que cette formule rapporte de l’argent. Parce que, pendant ce temps-là, la Finlande a notamment réduit ses dépenses médicosociales. Peter Fredrikssen est le "monsieur sans-abri" en Finlande. Ancien conseiller du ministre de l’Environnement, il travaille sur cette question depuis 30 ans. "Nous avons étudié le profil des sans-abri et nous avons par exemple découvert que leur consommation moyenne des services hospitaliers était six fois supérieur à la moyenne, explique Peter Fredrikssen. Donc nous avons calculé ce que pouvait nous rapporté ce projet de sortir une personne qui était à la rue et la mettre dans ce type de résidence ça nous fait économiser 15 000 euros par an et par personne. C'est donc un investissement très intelligent."

Peter Fredriksson, ancien conseiller du ministre de l'environnement, est à la tête du programme "Un logement d'abord" en Finlande. (VALENTIN DUNATE / RADIO FRANCE)

Certes, la Finlande compte douze fois moins d’habitants que la France. Pour faire la même chose dans l'hexagone, il faudrait construire des centaines de milliers de logement. Cela paraît impossible. En tout cas, dans ce domaine, nous aurons appris qu’impossible n’est pas finlandais !

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