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Réchauffement climatique : la vigne fait son retour en Bretagne

Les projets d'exploitation viticole dans cette région de l'ouest de la France se multiplient en raison d'une nouvelle règlementation. Mais surtout du changement climatique.

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Edouard Cazals a planté deux hectares de vignes en Bretagne vers Saint-Malo, novembre 2020.
Edouard Cazals a planté deux hectares de vignes en Bretagne vers Saint-Malo, novembre 2020. (GUILLAUME GAVEN / RADIO FRANCE)
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Il y aura bientôt du vin en Bretagne ! Non, ce n’est pas un canular, c'est même très sérieux. C’est un signe du changement climatique et les projets de vignerons se multiplient dans la région. Il y en a une trentaine au total qui concernent une centaine d’hectares. C'est à Saint-Malo que se trouve l’un des projets les plus avancés. Sur les bords de la Rance, deux hectares ont été plantés au printemps 2019 et trois autres vont l’être bientôt. Les premières vendanges sont attendues l'an prochain dans un cadre assez inhabituel. "On est sur un coteau plein sud qui donne sur la anse", explique Edouard Cazals. On s'attendrait plutôt à voir une exploitation de choux-fleurs comme chez le voisin. Mais "c’est de la vigne", indique le viticulteur. "Il y en a eu dans le passé. La parcelle s’appelle toujours 'les longs de vigne' au cadastre. La vigne a disparu depuis au minimum 200 ans et le changement de législation de 2016 permet le retour d’un projet comme le nôtre."

Une réglementation européenne a en effet changé il y a quatre ans. Elle met fin aux droits de plantation. En clair, on peut désormais planter des vignes où l'on veut, pour faire ce qu'on appelle du "vin de france". Ce qui, dans un pays où les appellations d'origine règnent en maîtres, s'annonce compliqué notamment pour vendre le vin. Edouard Cazals le sait, et veut commencer petit.

Je ne pense pas que la Bretagne va remplacer le Bordelais ou la Bourgogne, et ce n’est pas du tout notre idée. Mais dans des zones particulières comme là où on est, je suis convaincu qu’il y a de quoi de faire des belles choses.

 Edouard Cazals, viticulteur

Et pour commencer, ce sera des vins effervescents qui nécessitent une moindre maturité du raisin, même si réussir à faire des raisins mûrs en Bretagne n'inquiète pas trop Edouard Cazals : "Il y a quand même un micro-climat qui est assez intéressant ici. Au niveau pluviométrie, on est à 700 millimètres par an, ce qui est plutôt parfait pour la vigne, c’est comme un anjou, c’est moins que le bordeaux. Ce n’est pas simple de faire pousser de la vigne ici, mais ce n'est simple nulle part. Et le climat, aujourd’hui, s’y prête."

"Il pleut quand même beaucoup en Bretagne"

Quand on pense à la Bretagne on ne pense pas toujours à un ciel bleu. Sans doute, mais le climat a vraiment changé. Ce n'est pas Edouard Cazals qui le dit mais les études menées par Hervé Quénol, climatologue à l'université de Rennes. Selon lui, c’est bien simple, le climat breton aujourd’hui, c’est celui de l’Anjou il y a 50 ans.

Il y a 30 ou 40 ans, la grande difficulté pour faire de la viticulture en Bretagne était d’arriver à avoir des températures suffisamment élevées pour avoir une maturité du raisin.

Hervé Quénol, climatologue

Il y a maintenant assez de soleil "sur la saison végétative, explique Hervé Quénol, c’est-à-dire toute la période où la vigne va grandir. Il faut une certaine somme de températures qui permet justement d’arriver à une bonne maturité. Et maintenant, on y arrive, notamment avec les températures estivales".

"Mais il n’y pas que les températures, rappelle Hervé Quénol, il pleut quand même beaucoup en Bretagne. Sur les scénarios futurs de changement climatique, on n’a pas vraiment de tendance sur une baisse des précipitations. Cela peut avoir un effet limitant, notamment sur les précipitations estivales de juin, juillet et août où s’il pleut beaucoup, cela entraîne des maladies sur la vigne et donc des problèmes pour les récoltes."

Une vigie climatique

La Bretagne, avenir de la vigne ? L'histoire le dira un jour. La vigne est une vigie climatique. Si dans les vignobles septentrionaux, comme la Bourgogne ou la Champagne, on a plutôt le sourire aux lèvres car il n’y a plus besoin de chaptaliser la récolte [ajouter du sucre au moût de raisin avant la fermentation] pour rattraper des vendanges qui ne sont pas assez mûres. En revanche, au sud, c’est l’inverse, avec des degrés alcooliques qui grimpent en même temps que le thermomètre.

Les vignerons doivent déjà s’adapter. Dans les Côtes-du-Rhône, par exemple, où plusieurs cépages, plusieurs variétés de raisins, sont autorisées, on va remplacer le grenache, qui peut monter facilement à 15 ou 16 degrés quand il est mûr, par le cinsault, qui sait rester plus raisonnable. On laisse aussi plus de feuilles sur les pieds de vignes afin qu'elles protégent du soleil et fassent office de parasol. Il y a même des entreprises de panneaux solaires qui proposent de s'installer au-dessus des vignes. Et puis, on irrigue quand on le peut. On n’utilise pas un grand jet d'eau, comme on peut le voir dans les champs de maïs, mais un goutte à goutte suffit.

Et ce n'est pas tout. Encore plus au sud, dans le Languedoc-Roussillon, on a déjà commencé à planter des nouvelles parcelles en altitude ou alors carrément orientées au nord, toujours pour rechercher de la fraîcheur. Et moins d'alcool dans les raisins.

Edouard Cazals a planté deux hectares de vignes en Bretagne vers Saint-Malo, novembre 2020.
Edouard Cazals a planté deux hectares de vignes en Bretagne vers Saint-Malo, novembre 2020. (GUILLAUME GAVEN / RADIO FRANCE)