Projet de loi contre le séparatisme : pourquoi l'Elysée a choisi Les Mureaux comme ville modèle

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Le chef de l'Etat doit présenter son projet de loi sur le séparatisme dans cette commune des Yvelines, souvent présentée comme "modèle" par l'exécutif.  

Article rédigé par
Alice Kachaner, Edité par Thomas Pontillon - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'un des quartiers des Mureaux dans les Yvelines.  (ALICE KACHANER / FRANCEINFO  RADIO FRANCE)

Emmanuel Macron a choisi Les Mureaux pour présenter les grandes lignes du projet de loi contre le séparatisme. L'Elysée, qui vise surtout l'islamisme radical, a cité plusieurs fois en exemple cette commune des Yvelines pour ses réussites et ses initiatives en matière de "vivre ensemble". La population de cette ville de 32 000 habitants est cosmopolite : sur le marché en face de la mairie, on rencontre des Portugais, des Turcs, des Algériens ou encore des Maliens. Il y a aussi beaucoup de femmes, souvent voilées. 

"Ça concerne quoi exactement ?"

Dans les allées du marché, le séparatisme est un sujet délicat. Certains habitants, gênés, refusent de répondre à franceinfo. D'autres parlent de leur pratique de l'islam, loin de tout séparatisme. "Ça concerne quoi exactement ? se demande une femme. Franchement, je ne sais pas. Moi, je vis mon islam normalement. Je fais ma prière, mon jeûne et je suis amicale avec les autres. Pour moi, la France c'est mon pays. Je ne suis pas née ici mais j'ai vécu ici toute ma vie, je n'imagine pas vivre ailleurs", renchérit-elle. 

On retrouve ce discours également au pied des tours dans le quartier de la Vigne blanche, une cité qui est parfois le théâtre de violences urbaines. Selon Salah, qui travaille pour le ministère de la Culture, le séparatisme ne veut rien dire. "On vit ensemble, on est une famille, on se connaît tous. Les mouvements islamiques, ça n'existe pas ici aux Mureaux. Même s'il y en a, on va essayer de discuter avec eux, de les aider". Youcef, un éducateur sportif des Mureaux, ajoute que "l'imam et le maire travaillent ensemble. Le prêche du vendredi par exemple est un prêche citoyen".

Une politique de la ville pour décloisonner les quartiers 

Pour comprendre pourquoi la ville des Mureaux semble avoir réussi à préserver le fameux vivre ensemble, il faut remonter à 2001, lorsque le maire actuel entre en fonctions. La municipalité mise beaucoup sur la formation à la citoyenneté grâce à un arsenal de petites mesures très concrètes : proposer des jobs d'été aux adolescents, ouvrir la médiathèque tous les dimanches, accompagner individuellement les détenus à leur sortie de prison. 

Il y a aussi un parcours citoyen de trois semaines pour les jeunes, explique François Garay, le maire divers-gauche de la ville. "On apprend ce que sont les institutions : la justice, la police, les hôpitaux. Il y a une contrepartie, on donne l'équivalent de la moitié d'un Smic, donc 500 euros pour cette période, sachant que c'est l'année des 18 ans."

Cela nous semble important de comprendre qu'on est dans une république, en France, et qu'on doit connaître comment ça fonctionne. 

François Garay

à franceinfo


La rénovation urbaine est aussi passée par là. Il y a moins de grandes tours, on construit plus bas, plus petit, avec beaucoup d'espaces verts et des jardins partagés. Ce cadre de vie, plus agréable, doit favoriser les échanges entre habitants et éviter le repli sur soi.

Rénovation urbaine, réhabilitation de logements aux Mureaux avec la création d'espaces verts et lieux culturels.  (ALICE KACHANER / FRANCEINFO  RADIO FRANCE)

Une pression venue de l'étranger 


Cependant pour lutter contre le communautarisme, une politique de la ville ambitieuse n'est pas forcément suffisante. Il
 y a aussi la question de la précarité avec un taux de chômage de plus de 19% en 2017, selon l'INSEE

La situation n'est pas non plus la même aux Mureaux qu'à Trappes, située dans le même département, ou à Lunel dans l'Hérault. Dans ces deux villes, des vagues massives de départ de jihadistes en Syrie ont été constatées. Didier Leschi, ancien préfet à l'Égalité des chances en Seine-Saint-Denis, estime d'ailleurs qu'il faudrait modifier la loi de 1905 pour répondre à la pression qui vient de pays étrangers, comme ceux du Golfe ou du Maghreb. "Une des difficultés pour de nombreux quartiers, c'est que ce sont des espaces où bien souvent on a une pression qui se fait à partir de comportements religieux radicaux et qui vont handicaper par exemple la liberté de circulation de femmes, estime-t-il. Ne pas le voir, c'est ne pas voir l'évolution globale de ce type de pratiques, qui sont liées aussi à la pression qu'on peut connaître de l'autre côté de la Méditerranée." 

Le souci des pouvoirs publics, c'est que l'islam pratiqué en France doit rester ouvert et qu'il ne soit pas forcément à l'image du financement qui vient de certains Etats. 

Didier Leschi

à franceinfo

Dans son projet de loi contre le séparatisme, Emmanuel Macron devrait d'ailleurs faire des annonces pour qu'il y ait davantage de transparence sur le financement des mosquées en France. 

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