Paris 2024 : à Dijon, des scientifiques de l'Inserm entraînent des athlètes de haut-niveau et font avancer la recherche sur la motricité

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Le Centre d'expertise de la performance de Dijon rassemble au même endroit des laboratoires de recherche et des infrastructures sportives, dans le but d'augmenter les capacités des athlètes. Ces recherches sur les sportifs de haut-niveau profitent aussi à des personnes qui ont du mal à marcher.

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Radio France
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L'athlète Sacha Cultru en entraînement au centre d'Expertise de la Performance à Dijon, le 18 mai 2022. (ANNE-LAURE DAGNET / RADIO FRANCE)

Sur un tapis de course lancé à plus de 28 km/h, au Centre d'expertise de la performance (CEP) de Dijon, Sacha Cultru s'arrache. Le spécialiste du demi-fond sur 800 mètres doit tenir la distance pendant une minute avec un masque sur le nez et la bouche pour mesurer sa consommation d'oxygène pendant l'effort. Résultat du sprint : une minute d'effort à 28,5 km/h. "Ce qui vous donne un ordre d'idée, ça fait passer au 400 m en 50 secondes, explique Hervé Assadi, son entraîneur. On ne fait pas ça deux fois sur un 800 parce que c'est mieux que le record du monde !"

Hervé Assadi est aussi chercheur et enseignant à l'Inserm. Après le tapis de course, Sacha doit s'assoir pour que les chercheurs lui posent des patchs sur les cuisses, qui lui envoient des petites décharges électriques pendant deux minutes. Ce n'est pas douloureux : ça leur permet de mesurer sa fatigue musculaire. "Ici, avec l'appareil qu'on appelle le Myocene, on va venir mesurer la fatigue musculaire du jour même, on va voir un peu où j'en suis, analyse l'athlète qui espère se qualifier pour les JO de Paris en 2024On va pouvoir adapter l'entraînement. On va peut-être alléger un peu sur un jour où je suis plus fatigué. Si ça va, on continue, et ça permet de gérer au mieux toutes les périodes d'entraînement et de compétition. Comme une Formule 1 : c'est tous les jours, avec une précision 'plus plus', le centre permet vraiment ça."

Dans une autre salle bourrée d'appareils de musculation, d'écrans et de capteurs, c'est Alexis Miellet qui s'entraîne. Spécialiste du 1 500 m, il est allé jusqu'aux qualifications aux JO de Tokyo. Alexis vient au centre deux fois par semaine pour améliorer ses performances, notamment sur les ischios, les muscles de la jambe. "Je sens déjà une amélioration sur ma foulée, remarque-t-il, je me sens beaucoup plus costaud sur l'appui, c'est avantageux après pour courir vite. Là, on essaye vraiment d'optimiser tous les petits détails, c'est ce qui fait la différence."

La salle d’entraînement du centre d'Expertise de la Performance à Dijon, le 18 mai 2022. (ANNE-LAURE DAGNET / RADIO FRANCE)

Des laboratoires à côté des salles d'entraînement

Afin d'obtenir ces résultats, les chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) travaillent dans leurs laboratoires juste à côté. À partir de leurs découvertes sur le fonctionnement du cerveau et des muscles, ils mettent au point des machines qu'ils testent sur ces grands sportifs, et tout le monde y gagne. "On a cette originalité d'avoir sur le même site un laboratoire de recherche fondamentale sur la motricité, sur le mécanisme, et une plateforme de sportifs de haut-niveau qui peuvent, sur le même site, appliquer ces recherches, se réjouit Charalambos Papaxanthis, directeur du laboratoire Caps de l'Inserm. Une fois qu'on a compris comment le cerveau pilote le muscle, et quels sont les bienfaits de la stimulation électrique, par exemple, on peut très bien appliquer cette méthode chez un patient qui a des problèmes de mobilité pour améliorer sa force musculaire."

Ces recherches sur les sportifs de haut niveau profitent aussi à des personnes qui ont du mal à marcher. Les chercheurs de l'Inserm ont mis au point un rameur un peu spécial, plein de capteurs et d'électrodes. "On voit bien sûr les muscles du dessus qui se contractent", nous montre Dani qui l'utilise depuis trois ans. Cette femme de 70 ans souffre d'une sorte de sclérose en plaques et elle vient dans ce laboratoire une fois par semaine pour des séances de rameur assorties d'électrostimulation. Elle reçoit des petites décharges électriques dans les jambes. Et le résultat est flagrant. "Dès la première année, j'ai senti une grosse évolution, je montais et descendais les escaliers normalement alors que c'était marche par marche, avant, confie Dani. J'allais beaucoup dans les bois, il me fallait deux bâtons. Aujourd'hui, je vais dans les bois sans bâtons, je cueille mes champignons, je reviens à l'aise. J'ai tout retrouvé, une joie de vivre, c'est super."

Dani s'entraîne sur le rameur à électrosimulation au centre d'Expertise de la Performance à Dijon, le 18 mai 2022. (ANNE-LAURE DAGNET / RADIO FRANCE)

Le rêve des chercheurs de l'Inserm : que ce rameur équipé du dispositif d'électrostimulation soit disponible dans tous les hôpitaux de France.

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