"On vit notre vie d'avant" : les Français se ruent vers Madrid où, malgré le Covid-19, quasiment tout reste ouvert

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Dans la capitale espagnole, les restaurants, bars, boîtes de nuit et lieux culturels continuent d'accueillir du public. La municipalité dit vouloir préserver l'hôtellerie et les commerces.

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La terrasse d'un bar à Madrid, en janvier 2021. (VALENTIN DUNATE / RADIO FRANCE)

Ils sont des milliers à vouloir s’extirper des mesures de restrictions contre le Covid-19 en France. Des milliers de Français profitent pour quelques jours de la liberté que leur offre Madrid, la capitale espagnole, où quasiment tout est ouvert. Les bars et les restaurants accueillent les clients à l’extérieur comme à l’intérieur. Les boîtes de nuits restent également ouvertes, tout comme les lieux culturels.

"Ça me fait halluciner"

En cette fin janvier, le quartier touristique de Malasaña est très prisé des touristes français qui viennent y boire un verre ou manger un brunch. Le bruit de la vaisselle que l'on pose sur le zinc, le brouhaha des conversations, des rires qui résonnent... Un café, des clients à table, cela fait longtemps que les habitants n'avaient pas vu cela.

Un restaurant à tapas de Madrid, en janvier 2021. (VALENTIN DUNATE / RADIO FRANCE)

Parmi les clients : trois étudiantes parisiennes venues une petite semaine à Madrid pour rendre visite à une amie mais aussi pour profiter de la vie. "On vit notre meilleure vie, là, clairement. Je crois que cela fait un an qu'on est enfermés et du coup de pouvoir sortir de toutes ces restrictions, ça fait du bien. On peut vivre notre vie d'avant", s'enthousiasme l'une d'elles.

"Moi c'est surtout les restos, ça me manquait énormément et là tous les jours, matin, midi ou soir on mange au resto, ça fait énormément de bien, ça change les idées, c'est top !"

Une étudiante française en vacances à Madrid

à franceinfo

À l’intérieur des restaurants, la jauge est censée être à 50%. Mais elle n'est pas vraiment respecté. Dans un établissement où nous poursuivons notre enquête, c’est quasiment plein, même au sous-sol où il n’y a aucune aération. C’est un lieu très agréable, il y a du sable par terre et une petite musique d’ambiance aux rythmes électro. Là encore, il y a des français. Des trentenaires qui ont décidé de passer quelques jours dans la capitale espagnole. Tous racontent la même expérience : comme un choc, l’impression de traverser le temps, de retrouver des sensations perdues. "Ça me fait halluciner d'avoir une proximité un peu dans tous les lieux comme les restaurants", nous confie un Français croisé dans le même restaurant. 

"Ça fait très bizarre. Ça fait un an qu'on n'a pas pu faire de soirée. De vivre normalement ça fait super plaisir, de respirer un peu"

Un Français croisé dans un restaurant de Madrid

à franceinfo

Ces Français qui sont venus "respirer" sont plutôt nombreux en ce moment à Madrid, comme le confirme le patron des lieux Jose Maria Peneto : "Rien que cette semaine, on a eu l'arrivée de beaucoup de touristes, notamment des Français, à peu près 90% de Français. C'était vraiment incroyable. À un moment donné on a eu un groupe de 38 personnes, tous des Français. On les a mis sur la terrasse, séparés évidemment pour qu'il n'y ait pas trop de monde à la même table. C'était surprenant !" La région de Madrid va dans le même sens que ce commerçant : le nombre de touristes français est, selon leurs termes, "important".

Des spectateurs font la queue devant un théâtre de Madrid. (VALENTIN DUNATE / RADIO FRANCE)

Ce qui rend Madrid si attractive en ce moment, au delà des restaurants, bars et boîtes de nuit, ce sont ses lieux culturels autorisés eux-aussi à accueillir du public. Samedi 23 janvier, en soirée, il y avait des files d’attente assez impressionnantes devant les théâtres de la ville. L’opéra est ouvert également, comme les musées, celui du Prado notamment - où l’a encore - sans surprise, nous retrouvons des Français. "On a l'impression que le Covid n'existe pas ici, c'est comme avant", nous dit une touriste. "Vous craquez en France ?", leur demande-t-on."Oui avec les études, c'est dur, il n'y a plus d'échappatoire" , nous répond une étudiante. "C'est surtout que la culture nous manque à tous, je pense, avance une autre Française. De pouvoir aller au théâtre, au musée... En plus, le Prado, c'est l'un des plus grands monuments de Madrid donc ça valait le coup d'y venir."

"Ça parait assez fou, on se demande pourquoi ce serait beaucoup plus dangereux en France qu'ici mais j'imagine qu'il y a des raisons pour lesquelles il y a des restrictions en France."

Une Française visitant le musée du Prado

à franceinfo

"Ici, à Madrid, ils doivent être moins sous l'eau dans les hôpitaux, sûrement", avance cette visiteuse du Prado. Non, bien au contraire. En ce moment en Espagne, un peu comme en France mais de manière encore plus significative, il y a une recrudescence des cas. Par ailleurs si l’on compare le nombre de mort (pour un million d’habitants) depuis le début de l’épidémie, entre la région de Madrid (où il n’y a eu qu’un seul confinement et où tout est ouvert depuis le mois d’avril) et la France, où ces lieux sont fermés, la différence est assez nette. 1 840 morts pour un million d'habitant dans la région de Madrid contre 1 110 en France.

Le couvre-feu fixé à 22 heures

Comment les autorités justifient-elles cette décision assez rare en Europe ? Premièrement, en Espagne, ce sont les régions qui gèrent la santé. Et à Madrid, il y a une femme politique de droite qui tient tête au gouvernement central de gauche. C’est même désormais l’opposante numéro un au Premier ministre. Isabel Diaz Ayuzo qui dirige la "Communidad de Madrid", droite dans ses bottes, déclarait il y a quelques jours : "Au sujet du couvre-feu, comme je l'ai déjà dit par le passé, pour continuer à ruiner l'hôtellerie en Espagne, il ne faut pas compter sur moi. Ce que nous devons faire, c'est mettre en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour concilier d'un côté la santé et la vie, qui sont les plus importantes, avec l'emploi."

"C'est très facile de fermer les établissements, c'est très facile de dire aux gens de rester chez eux mais ensuite pour récupérer la situation c'est impossible."

Isabel Diaz Ayuzo, présidente de la communauté de Madrid

"L'hôtellerie, le commerce, toutes ces activités ont beaucoup souffert depuis mars dernier, ajoutait Isabel Diaz Ayuzo. Si nous continuons à appliquer ces mesures, nous, les politiques, auront peut-être plus de sécurité mais, eux, non."

En d’autres termes, la présidente de la communauté de Madrid ne veut pas sacrifier l’économie et la vie des Madrilènes. Toutefois, comme le nombre de cas repart à la hausse, de nouvelles mesures sont tout de même mise en place à partir de lundi 25 janvier. Les clients ne pourront pas être plus de quatre par table au lieu de six jusqu'ici. Le couvre-feu est fixé à 22 heures. En revanche, les bars, restaurants et lieux culturels restent ouverts.

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