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"On est face à une puissance qu'il faut respecter" : président de la FFF, un fauteuil très convoité

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La Fédération française de football compte plus de deux millions de licenciés et a un budget quasi équivalent à celui du ministère des Sports. L'élection de son prochain président aura lieu samedi 13 mars.

Article rédigé par
Alexandre Vau - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Conference de presse au siege de la Federation Francaise de Football (FFF) en 2010. Photo d'illustration. (YOAN VALAT / MAXPPP TEAMSHOOT)

La Fédération française de football élit samedi 13 mars son président pour les quatre prochaines années. Trois candidats sont en lice : le président sortant Noël Le Graët, 79 ans, qui se présente à un 4e mandat, Frédéric Thiriez, 68 ans, ancien président de la Ligue de football professionnel, et l’entrepreneur et dirigeant de club Michel Moulin, 60 ans.

Un poste incontournable

Le président de la FFF est à la tête de la plus puissante des 36 fédérations olympiques : 256 millions d’euros de budget, 330 salariés. Il décide des grandes orientations du football français et choisit les sélectionneurs nationaux. Le président de la FFF est bénévole, donc il n'est pas rémunéré. Mais il peut demander une compensation maximale de 110 000 euros brut par an. Ce qui n’est pas le cas du président actuel. Un poste incontournable pour Patrick Kanner, ministre des Sports de 2014 à 2017 : "Quand on a 2,1 millions de licenciés, un petit moins de pratiquants, 400 000 bénévoles, 15 000 clubs amateurs, on est face à une puissance qu'il faut respecter et avec laquelle il faut avoir une relation privilégiée."

On dit que la Fédération française de football est un ministère des Sports bis. En tout cas, leurs budgets respectifs sont quasi équivalents, si on exclut les JO 2024 et l’Agence nationale du sport. La FFF est indépendante mais elle est aussi en lien direct avec le ministère des Sports, voire le président de la République, explique Nathalie Iannetta, journaliste et conseillère du président François Hollande entre 2014 et 2016 : "La France a un mouvement sportif sur le papier qui est indépendant et qui, en même temps, est délégataire de service public, et ça ce sont toutes les fédérations qui sont sous cette régulation-là."

À la fois, il y a une intervention des pouvoirs politiques et en même temps, une indépendance du mouvement sportif.

Nathalie Iannetta

à franceinfo

La Fédération française de football touche donc de l’argent public mais gère elle-même son budget, sous le contrôle de la Cour des comptes.

Pression des politiques

Qui a le dernier mot entre le ministère et la FFF ? En réalité, cela dépend. Souvenez-vous de la grève des joueurs de l’équipe de France lors du Mondial 2010 à Knysna en Afrique du sud. Le président de la FFF Jean-Pierre Escalettes démissionne. Les joueurs frondeurs sont suspendus plusieurs matchs. Puis vient la question de leur réintégration. Le successeur de Jean-Pierre Escalettes, Fernand Duchaussoy, se souvient avoir dû faire face à la pression de la ministre des Sports de l’époque, Chantal Jouanno, qui ne souhaitait pas le retour en bleu des joueurs sanctionnés. "Il y a eu toute une polémique parce que Chantal Jouanno ne voulait absolument pas qu'ils reviennent en équipe de France, que c'était scandaleux, explique Fernand Duchaussoy. J'ai dit que ce n'était pas moi qui faisait l'équipe, c'était l'entraîneur. Et comme ils avaient purgé leur peine, il était possible de les retrouver en équipe de France."

Pourquoi elle aurait eu gain de cause ? C'est quand même l'entraîneur qui fait l'équipe de France.

Fernand Duchaussoy

à franceinfo

Patrice Evra, Franck Ribéry et Éric Abidal feront leur retour. Nicolas Anelka et Jérémy Toulalan non. Autre exemple six ans plus tard, Karim Benzema n’est pas sélectionné pour l’Euro 2016 en France après l’affaire de chantage à la sextape, cette vidéo érotique dérobée à son coéquipier Mathieu Valbuena. L’affaire doit être jugée prochainement. Mais le ministre des Sports de l’époque, Patrick Kanner, révèle qu’un point d’accord a été trouvé avec le sélectionneur Didier Deschamps pour ne pas rappeler Karim Benzema : "Cette affaire m'inquiétait car je ne voulais pas qu'elle puisse l'emporter sur les considérations sportives. Je m'imaginais un juge venir dans les vestiaires mettre les menottes à M. Benzema. C'était un cauchemar pour moi. Karim Benzema, sportivement avait toute sa place, mais à un moment donné quand même il y a un sélectionneur, et c'est lui qui a le dernier mot." À ce jour, Karim Benzema et Mathieu Valbuena n’ont jamais été rappelés en équipe de France.

Un poste sous pression

Ce qui est sûr c'est qu'il faut avoir le cuir épais pour supporter la pression d’un tel poste. Car il faut aussi gérer la pression médiatique et populaire. Vous savez ce qu’on dit : "La France compte 67 millions de sélectionneurs". Un sacré poids sur les épaules, auquel ne s’attendait pas Fernand Duchaussoy : "Vous êtes pris 24 heures sur 24, vous avez jamais de repos, il y a toujours un sujet, que ce soit dans l'arbitrage, que ce soit avec l'équipe de France. Le toubib de la fédé à une époque m'avait dit : 'Quand ça sera fini, faudra m'expliquer comment tu as pu tenir ?' Parce que les gens se demandaient comment je pouvais tenir." Et pourtant, après dix ans à la tête de la FFF, le président sortant Noël Le Graët se représente samedi, favori de l’élection face à Frédéric Thiriez et Michel Moulin.

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