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"Les équipes sont mobilisées 24h/24" : reportage au cœur de la Haute Autorité de santé, mobilisée depuis un an dans la lutte contre le Covid-19

Les trois lettres reviennent à chaque fois que l'on parle des tests, des vaccins contre le Covid-19 : HAS, pour Haute Autorité de santé. Franceinfo vous explique comment fonctionne cette agence et son rôle dans la lutte contre la pandémie. 

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Le siège de la Haute Autorité de santé à Saint-Denis. 
Le siège de la Haute Autorité de santé à Saint-Denis.  (DR Haute Autorité de santé)

C'est un acronyme que l'on a beaucoup appris à maîtriser en un an : HAS. La Haute Autorité de santé, une agence scientifique indépendante qui conseille habituellement le gouvernement sur toutes les questions de santé, est désormais connue du grand public pour ses prises de position au sujet de la lutte contre la pandémie de Covid-19, aussi bien sur la question des autotests que des tests salivaires ou des des vaccins.

Dans ses locaux, un grand et beau bâtiment moderne à deux pas du Stade de France, à Saint-Denis, on pourrait s'attendre à voir une intense activité, sorte de ruche où se croiseraient des médecins, des pharmaciens, des experts scientifiques dans tous les domaines de la médecine, des spécialistes de l’éthique, ou encore de l’économie de la santé... Mais depuis un an, le bâtiment est pratiquement vide, le travail se résume à des réunions à distance, en télétravail.

Une charge de travail décuplée

Des réunions de ce type, il y en a eu des milliers depuis le début de l’épidémie. Et pour cause : le rôle de la HAS est de conseiller le gouvernement et les professionnels de santé sur toutes les questions médicales. Avec cette épidémie, cette toute nouvelle maladie, le Covid-19, la charge de travail est devenue phénoménale. 

"On va rechercher les données brutes qui sont soumises par les laboratoires, ce sont des documents qui sont extrêmement volumineux, chaque rapport fait plusieurs centaines de pages", explique Lise Alter, qui gère une équipe de 120 personnes mobilisée pour étudier et éplucher les dossiers de tous les vaccins anti-covid. "C'est un travail énorme pour les équipes, durant la crise covid les équipes sont mobilisées 24h/24", poursuit-elle.

Sur le vaccin Pfizer, on a fait des collèges le 24 décembre et les équipes n'ont pas pris de vacances à Noël. C'est difficile mais c'est pour la bonne cause.

Dr Lise Alter, directrice de l’évaluation médicale à la HAS

à franceinfo

Des évaluations douze fois plus rapides

Pour sortir de cette épidémie qui a déjà fait près de 100 000 morts, chaque jour compte. "On fait de la science de l’urgence", explique Cédric Carbonneil, qui gère l’équipe chargée d'évaluer les tests de dépistage Covid, et qui a, par exemple, recommandé au gouvernement d’autoriser et rembourser les tests antigéniques et salivaires.

"Habituellement nous avons des délais légaux pour faire une évaluation de tests, qui sont de l'ordre de 180 jours renouvelables une fois. Là en moyenne on fait les choses en 15 jours", détaille Cédric Carbonneil, qui ne veut pas évoquer un travail fait à la va-vite : "il y a un point sur lequel on ne déroge pas, c'est la qualité de nos productions. Là on va pouvoir être jusqu'à quatre, huit ou dix personnes sur un sujet donné pour pouvoir analyser plus rapidement. Ce sont des patients, des personnes qui vont utiliser ces tests. Donc nous notre boulot c'est qu'au niveau français on ait accès à des tests robustes".

L'indépendance de la HAS vis-à-vis des lobbies

La présidente de la Haute Autorité de santé depuis 2017, le professeur Dominique le Guludec, a succédé à Agnès Buzyn, devenue à ce moment-là ministre de la Santé. Avec ses cheveux courts, blonds, Dominique Le Guludec s’exprime régulièrement dans les médias. Son CV en impose : elle est cardiologue, mais aussi professeur de biophysique et de médecine nucléaire. 

La présidente se dit attachée à l’indépendance de la Haute Autorité de santé, il n'est pas question que les experts de son agence soient influencés par des lobbies. "Nous avons des principes d'indépendance qui sont très très forts vis-à-vis des laboratoires, par exemple avec des déclarations publiques d'intérêts", explique-t-elle.

Une indépendance aussi vis-à-vis de tous les lobbies professionnels. Nous ne sommes pas là pour représenter un corps soignant, nous sommes là au bénéfice des citoyens.

Dominique Le Guludec, présidente de la HAS

à franceinfo

Le ministère de la Santé "ne peut pas nous demander d'aller dans un sens"

Ce principe d'indépendance vaut également dans ses relations avec le monde politique. "On a énormément de contacts avec le ministère de la Santé qui nous fait des saisines, qui nous dit 'on voudrait une réponse sur la stratégie vaccinale, sur ce qu'on doit faire avec AstraZeneca, on veut une veille sur tous les tests, que vous nous disiez au fur à mesure de l'apparition des tests'", poursuit Dominique Le Guludec. "On est sans arrêt en contact. Par contre, ils savent qu'ils ne peuvent pas nous demander d'aller dans un sens, ils n'auraient aucune chance de l'obtenir si ce n'était pas ce que le travail qu'on a effectué nous poussait à faire.

Si le gouvernement suit généralement les avis de la Haute Autorité de santé, il arrive aussi qu’il s’en éloigne. À la fin du mois de janvier par exemple, l’agence avait proposé que l’on espace les deux injections de vaccin Pfizer de six semaines, pour pouvoir rapidement vacciner davantage de résidents d’Ehpad. Mais le ministre de la Santé a finalement préféré s’en tenir aux trois semaines prévues sur la notice du fabricant. Dans ce genre de situation, la présidente de la HAS assure qu’elle n’en prend pas ombrage.

L’agence planche en ce moment sur deux sujets à la fois : l’efficacité des vaccins sur les différents variants, et quelle deuxième dose de vaccin donner aux moins de 55 ans qui ont déjà reçu une injection d'Astrazeneca. La HAS devrait publier ces deux prochains avis dans les prochains jours. 

Le siège de la Haute Autorité de santé à Saint-Denis. 
Le siège de la Haute Autorité de santé à Saint-Denis.  (DR Haute Autorité de santé)