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"Les consommateurs ont du sang sur les mains" : le travail forcé des Ouïghours derrière les articles "made in China"

Les vêtements ou chaussures de grandes marques sont en grande partie produits à base de coton récolté dans la région autonome du Xinjiang, où la communauté ouïghoure est soumise au travail forcé par le régime chinois.

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Le collectif Collages féminicides Paris dénonce la répression des Ouïghours soumis au travail forcé.
Le collectif Collages féminicides Paris dénonce la répression des Ouïghours soumis au travail forcé. (FIORA GARENZI / HANS LUCAS VIA AFP)

Peut-être faites-vous les soldes, en ce moment. Mais à quel prix ? Celui du sang du peuple ouïghour, une ethnie musulmane du nord-ouest de la Chine persécutée par le régime : c'est ce que dénonce Alim Omer, le président de l’association des Ouïghours de France, que franceinfo rencontre dans un magasin d’équipements sportif"Nike, Adidas : toutes ces baskets sont faites en coton récolté par les Ouïghours en travail forcé, en Turkestan oriental, explique Alim Omer, en passant les articles en revue. Les consommateurs les achètent et ils ont du sang sur les mains : on participe au génocide avec notre propre argent !"

En effet, plus de 80% du coton chinois provient de la région autonome ouïghoure du Xinjiang. 83 grandes marques, principalement de l’habillement, comme Uniqlo ou Gap, sont ainsi liées au travail forcé des Ouïghours, selon plusieurs ONG qui les appellent à cesser de s’y approvisionner en matière première. Mais si Marks & Spencer ou H&M par exemple s’y engagent, beaucoup d’autres, comme le groupe Inditex, propriétaire de Zara, pourtant incriminé, assurent ne pas être concernées.

Il n’y a d'ailleurs pas que le travail forcé dans les champs de coton : plus d’un million de Ouïghours sont ainsi détenus dans des camps de rééducation politique, dénoncent des organisations de défense des droits humains. Pékin dément et évoque des "centres de formation professionnelle" pour lutter contre la radicalisation islamiste. Mais les témoignages des rares prisonniers rescapés sont glaçants, comme le détaille Alim Omer.

Si les prisonniers prononcent un mot de ouïghour, ils sont torturés par des gardiens des camps. Il y a des viols, des prélèvements d'organes, des stérilisations chez les femmes.

Alim Omer

à franceinfo

Les Ouïghours constituent le principal groupe ethnique du Xinjiang, une immense région de la Chine qui a notamment des frontières communes avec l'Afghanistan et le Pakistan. "Ils apprennent des chants patriotiques chinois et obligent à manger du porc, boire des alcools, poursuit Alim Omer. C'est pour effacer leur identité et qu'ils deviennent devient Chinois." Des Ouïghours sont aussi vendus "par lot" sur des sites de petites annonces comme ouvriers pour des usines en Chine intérieure, selon l'Institut ouïghour d'Europe.

Des appels malveillants pour les intimider en France

Persécutés en Chine, beaucoup font l'objet d'intimidations en France : "On reçoit des coups de téléphone lors desquels on nous dit qu'on connaît nos familles et que si on dit du mal du gouvernement, il leur arrivera du mal... Lorsque nous manifestons, il y a toujours quelqu'un qui filme pour nous espionner."

L’aliénation du peuple ouïghour a pour but d'asseoir la domination de la Chine, analyse Dilnur Reyhan, présidente de l’Institut ouïghour d’Europe. "Xi Jinping rêve que la Chine devienne le numéro un mondial, économiquement et militairement, souligne-t-elle. Pour atteindre ce rêve, il a pour gigantesque projet une nouvelle Route de la soie et la région ouïghoure est la porte de la Chine vers l'Europe via l'Asie centrale."

La région regorge de ressources naturelles : elle fournit 40% du charbon, environ 20% du pétrole et du gaz naturel. La région ouïghoure est un eldorado pour atteindre le rêve chinois ! Aux yeux de Xi Jinping, la rébellion culturelle ouïghoure est devenue un obstacle.

Dilnur Reyhan

à franceinfo

Dilnur Reyhan s’indigne de l’accord de principe sur les investissements conclu entre l’Union européenne et la Chine en décembre dernier. Tout comme Raphaël Glucksmann, député européen et défenseur des Ouïghours. "Il y a une honte européenne sur ce sujet et on pourrait engager un rapport de force, estime-t-il. La Chine a besoin du marché européen : nous sommes le premier marché du monde. Si nous commençons à mettre des barrières aux produits chinois qui sont produits par l'esclavage des Ouïghours, ça aura un impact en Chine."

"Personne ne demande aux dirigeants européens d'entrer en guerre avec la Chine, rappelle Raphaël Glusckman. Mais entre ne rien faire et la guerre, il y a tout un espace d'action qui s'appelle la politique. Ils devraient sanctionner des responsables chinois de la répression contre les Ouïghours. Il y a la possibilité de le faire. Il n'y a juste pas la volonté politique de le faire." Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni ont, eux, décidé de stopper toutes les importations chinoises issues de ce travail forcé.

Le collectif Collages féminicides Paris dénonce la répression des Ouïghours soumis au travail forcé.
Le collectif Collages féminicides Paris dénonce la répression des Ouïghours soumis au travail forcé. (FIORA GARENZI / HANS LUCAS VIA AFP)