Équinoxe, Parti Pirate, Changer l'Europe... Ces "petits" partis qui se présentent aux élections européennes

De nombreux partis postuleront aux européennes de 2024, avec moins de moyens que les partis traditionnels.
Article rédigé par Marion Ferrere
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Un bénévole du parti Équinoxe lors d'un tractage à Paris, le 23 avril 2024. (JULES JOLIVOT / EQUINOXE)

"Est-ce que vous votez aux prochaines élections européennes ?", demande, dans la rue, un bénévole du petit parti Équinoxe. Dans les sondages, il est toujours question des mêmes partis : RN, Renaissance, PS, LR, EELV, LFI. Mais le 9 juin, date du scrutin des élections européennes en France, ils ne seront pas les seuls à présenter 81 candidats pour Bruxelles. Les partis ont du 6 au 17 mai pour déposer leur candidature. Lors des précédentes élections, il y avait au total 34 listes. Et en 2024, encore une fois, les Français auront le choix entre une multitude de possibilités. Et ces "petits" partis suscitent l'intérêt des électeurs.

Un intérêt que l'on constate sur le terrain avec le jeune parti Équinoxe, au cours d'un exercice incontournable : le tractage. Une vingtaine de bénévoles quadrille les sorties du métro près de l'Hôtel de Ville de Paris. Ils arrêtent les passants, la méthode est bien connue mais semble fonctionner. "Ça s'appelle Équinoxe. On est un jeune parti. On ne se reconnaît plus dans les partis politiques traditionnels, on veut parler environnement, on veut parler démocratie", expliquent les bénévoles aux passants. "Ça change des partis traditionnels", réagit une dame. "Je pense que les gens ont envie un peu aussi de renouveau. J'étais intéressée de savoir ce qui était proposé. J'ai un compte Instagram donc j'ai regardé", explique-t-elle.

Climat, précarité et territoires pour se démarquer des partis traditionnels

Courtisé par d'autres listes, plus expérimentées, Équinoxe a décliné les offres de ralliement. Créé il y a trois ans, le parti est bien conscient que les 5% nécessaires pour obtenir un siège à Bruxelles seront difficiles à atteindre, mais qu'importe pour la tête de liste Marine Cholley. "Notre objectif, c'est avant tout de faire parler des limites planétaires. Avant toute, faire parler de sobriété, d'engagement, de convivialité. Ce sera déjà une réussite", explique-t-elle.

Jean-Christophe Fromantin, le maire divers droite de Neuilly-sur-Seine, s'est lui aussi lancé dans la course aux côtés du sénateur du Tarn Philippe Folliot. Pour eux et leur liste Le Centre 2024, les débats actuels ne parlent pas assez des territoires et n'expliquent pas assez aux électeurs des enjeux de l'Europe. "On y va sans les grands partis, mais finalement on est désemparé par l'offre politique", explique-t-il. "Entre le souverainisme sous toutes ses formes, y compris très populiste, et un centre droit qui n'est pas du tout décentralisateur, qui ne répond pas à cette idée de repartir des territoires. On s'est dit il faut y aller, on ne perd pas notre temps à transmettre des idées", poursuit Jean-Christophe Fromantin.

Les députés européens, pourtant élus avec des partis traditionnels, sont aussi tentés par plus de liberté, comme Pierre Larouturou. En 2019, son parti Nouvelle Donne est associé au PS et Place Publique, il remporte un siège à Bruxelles. Mais cinq ans plus tard, il décide d'y retourner seul avec le collectif Changer l'Europe. "On trouve qu'il n'y a aujourd'hui aucune autre liste qui fait des propositions concrètes pour faire baisser les loyers, faire reculer la précarité, capable de mettre 300 milliards sur la rénovation thermique, sur les transports en commun, sur le climat", détaille Pierre Larouturou. "On voit plein de gens qui disent : 'Je ne pensais pas aller voter', en particulier des jeunes, 'et ce que vous dites ça m'intéresse vraiment. Je vais aller voter et je vais même vous aider à faire campagne'", assure-t-il. Les bénévoles représentent d'ailleurs une aide importante, car les moyens ne sont évidemment pas les mêmes pour les petits partis.

Une campagne à moindre budget via les réseaux sociaux 

À la tête de Changer l'Europe, Pierre Larrouturou le reconnaît : les moyens ne sont pas les mêmes sans l'appui d'un gros parti, plus médiatique. Alors il faut innover, il multiplie par exemple les cafés citoyens, les projections et investit les réseaux sociaux. "J'ai fait un tweet sur la semaine de quatre jours qui a fait 4 800 000 vues", dit-il.

Facebook, X, Twitch : les canaux de diffusion sont nombreux. Chez Équinoxe, les militants l'ont bien compris. "Sur Instagram, désormais, on a plus de 21 000 personnes qui nous suivent. C'est plus que des partis historiques comme le PS, Europe Écologie Les Verts ou le Parti communiste français", s'enthousiasme une militante. "Et c'est une partie de notre stratégie. À défaut de passer dans les médias, vous pouvez nous retrouver sur les réseaux sociaux", explique-t-elle.

Des réseaux sociaux sur lesquels Jean-Christophe Fromantin feuilletonne sa campagne, qu'il a décidé de faire à vélo, en traversant la France de Nantes à Strasbourg. Il s'agit, explique-t-il, de "faire vraiment la France à 20 kilomètres heure, avoir le temps d'écouter, passer des moments dans des cafés, rencontrer les élus le soir dans leur mairie, voir des agriculteurs, rentrer dans les entreprises".

Les bulletins, un coût non négligeable pour les petits partis

Au Parti pirate, la décision de se présenter seul a été actée par le vote des militants. Mais la liberté de ton impose des choix, reconnaît sa tête de liste Caroline Zorn. "Nous avons aujourd'hui les moyens de mettre des bulletins dans six départements", explique-t-elle. C'est en effet à la charge de chaque liste de fournir ses bulletins. Rien que pour ces six départements, le Parti pirate devra débourser 50 000 euros. "Donc on appelle effectivement les électeurs, électrices à se munir du bulletin de vote Parti pirate que l'on mettra sur le site Internet et de se rendre dans leur bureau de vote pour voter pirate. Ainsi, on n'a pas d'autre choix actuellement", poursuite Caroline Zorn.

Les bulletins votes représente un coût pour les petits partis, le Parti pirate appelle aux dons pour pouvoir en imprimer. (Capture d'écran Parti pirate)

"On imagine aisément les budgets colossaux que déploient les partis qui sont plus médiatisés que nous, ceux qui sont quasi-certain d'atteindre les 3 % qui leur permettront d'avoir un remboursement des frais. Et donc ça nous oblige à une sobriété certaine", explique Caroline Zorn. D'autres ont sorti les calculettes pour ne pas imprimer trop de bulletins. Ils ont pris par exemple en compte l'abstention, puisqu'en 2019 un Français sur deux ne s'était pas rendu aux urnes pour les européennes.

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